Cette fois-ci, le Vau­dois en est sûr, il peut en­fin ga­gner

Le Matin Dimanche - - ACTEURS - DO­MI­NIQUE BOTTI

Pas­cal Des­sauges, can­di­dat UDC à la com­plé­men­taire au Conseil d’état vau­dois, a sou­vent per­du une élec­tion, mais il n’a ja­mais aban­don­né. Après deux échecs à l’in­ves­ti­ture de son par­ti, il peut en­fin ten­ter sa chance. C’est peut-être la der­nière. «Si j’avais en­core 20 ans, j’au­rais mal pris les choses. Mais à mon âge, je les prends avec sa­gesse» Pas­cal Des­sauges, can­di­dat UDC au Conseil d’état vau­dois

Pas­cal Des­sauges a des am­bi­tions, mais il a peu de réus­site. Le can­di­dat UDC à la com­plé­men­taire au Conseil d’état vau­dois a sou­vent per­du. Le na­tif du Gros-de-vaud n’a ja­mais été élu dans un par­le­ment can­to­nal et na­tio­nal. En 2007, il a même échoué aux portes de ces deux as­sem­blées, alors qu’il bé­né­fi­ciait de l’avan­tage d’être le pré­sident can­to­nal de son par­ti. Et ce n’est pas tout. L’agra­rien a dû di­gé­rer un pre­mier re­fus avant d’être nom­mé pré­fet. En­fin il a dû s’y prendre à trois fois avant d’être choi­si par les siens en jan­vier der­nier pour de­ve­nir le can­di­dat UDC au Conseil d’état.

Pas­cal Des­sauges est bon per­dant. D’autres au­raient je­té l’éponge. Lui, pas. Te­nace, il ne s’est ja­mais dé­cou­ra­gé. «Si j’avais en­core 20 ans, j’au­rais mal pris les choses. Mais à mon âge (ndlr: 54 ans), je les prends avec sa­gesse», ex­plique-t-il. Le pré­ten­dant UDC ajoute qu’il n’a ja­mais été «dé­çu». «J’ai tou­jours es­ti­mé que c’étaient de jo­lies ex­pé­riences. Il y a du bon à prendre par­tout. On ap­prend de ses échecs: à mieux s’en­tou­rer, à mieux se pré­pa­rer.» Au­tant de so­lu­tions qu’il compte ap­pli­quer dans sa cam­pagne.

Et puis ce fils de pay­san re­ven­dique des réus­sites. Au ni­veau po­li­tique, il sou­ligne avoir été membre de la consti­tuante au dé­but des an­nées 2000. Il a aus­si été mu­ni­ci­pal, puis syn­dic pen­dant cinq ans, de la pe­tite com­mune de Naz (VD) qui comp­tait alors moins de 100 ha­bi­tants avant la fu­sion. Sur le plan mi­li­taire, le pré­ten­dant agra­rien est fier de son par­cours chez les chauf­feurs ar­tilleurs. Il at­teint le grade de co­lo­nel en 2011, avant de rac­cro­cher.

Un gage de cré­di­bi­li­té

Ces ex­pé­riences sont, certes, riches et va­riées. Mais ne sont-elles pas trop mo­destes pour un pré­ten­dant à un gou­ver­ne­ment can­to­nal? «Pas du tout.» Se­lon l’in­té­res­sé, un mu­ni­ci­pal sait tout faire: «C’était une étape in­té­res­sante. J’ai eu beau­coup du plai­sir.» L’an­cien gra­dé rap­pelle que l’ar­mée ap­prend à dé­ci­der: «À un mo­ment don­né de ma car­rière, j’avais 850 sol­dats sous mes ordres. C’était une grande res­pon­sa­bi­li­té.» Se­lon lui, son poste ac­tuel de pré­fet du Gros-de-vaud est un gage de cré­di­bi­li­té: «Si­non l’état ne m’au­rait ja­mais nom­mé.»

Ce père d’une fa­mille de trois en­fants reste lu­cide. Il croit en ses chances, mais il sait qu’il ne pour­ra ja­mais ga­gner seul cette com­plé­men­taire. Son par­ti ne pèse pas as­sez dans une élec­tion ma­jo­ri­taire. Pour vaincre, il a be­soin de ras­sem­bler à droite, le plus lar­ge­ment pos­sible. «Je suis le can­di­dat du centre droit», as­sène-t-il dans tous les dé­bats. Il l’a en­core ré­pé­té sur les ondes de Ra­dio Lac ven­dre­di der­nier. Le PLR Vaud, qui ne pré­sente pas de can­di­dat pour suc­cé­der au con­seiller d’état par­tant Pierre-yves Maillard (PS), le sou­tient of­fi­ciel­le­ment pour ten­ter de re­prendre la ma­jo­ri­té au Conseil d’état. Seul Axel Ma­rion (PDC) conteste cette main­mise sur le centre droit. À gauche, Re­bec­ca Ruiz (PS) est fa­vo­rite. Anaïs Ti­mofte (POP) et Jean-mi­chel Do­li­vo (EÀG) jouent les outsiders.

Pas­cal Des­sauges, un cen­triste? Il af­fiche cette pos­ture jus­qu’à la cou­leur de sa cra­vate. Il en por­tait une bleu pâle lors de la séance pho­tos du «Ma­tin Di­manche», jeu­di der­nier à Morges. Il a choi­si la même cou­leur pour ses af­fiches élec­to­rales, alors que L’UDC ar­bore le vert. Ke­vin Crau­saz, se­cré­taire gé­né­ral de L’UDC Vaud, ex­plique: «Plu­sieurs cra­vates ont été tes­tées pour le vi­suel et c’est cette teinte qui le met­tait le mieux en va­leur. Cette cou­leur n’est ni le vert UDC, ni le Bleu PLR mais quelque chose de neutre. Le bleu est la cou­leur de la sé­ré­ni­té, comme l’image que notre can­di­dat sou­haite ren­voyer. C’est le can­di­dat de la droite, le but est donc de par­ler à tous.»

Pas­cal Des­sauges se veut cen­triste. Mais il n’a au­jourd’hui rien d’un PLR, en­core moins d’un PDC et d’un Vert’li­bé­ral. Tout son par­cours po­li­tique le ra­mène à sa terre ori­gi­nelle: L’UDC. Le can­di­dat est un pur pro­duit agra­rien. Et il ne s’en cache pas: «Je n’ai ja­mais re­gret­té mon af­fi­lia­tion à ce par­ti.»

L’homme a un «par­cours aty­pique», ra­conte Rose-ma­rie De­gua­ra, an­cienne syn­dique de Naz: «Il s’est tou­jours en­ga­gé à droite, à gauche.» C’est-à-dire au ha­sard. Le fils de pay­san s’im­plique dans les gi­rons de jeu­nesse, les so­cié­tés de tir et de chant. Mais il met du temps à en­trer en po­li­tique. Pen­dant long­temps, son coeur ba­lance entre le PLR et L’UDC.

L’ami Mer­moud

Une ren­contre va tout chan­ger. Celle avec Jean-claude Mer­moud, le der­nier con­seiller d’état agra­rien à avoir sié­gé au Châ­teau, de 1998 à 2011. Pas­cal Des­sauges ra­conte que le ma­gis­trat n’était pas «un proche», mais «un ami». Ils vi­vaient dans le même dis­trict du Gros-de-vaud, à 10 ki­lo­mètres de dis­tance. «Un jour, il m’a pro­po­sé de m’ins­crire sur la liste de son par­ti pour la Consti­tuante. J’ai ac­cep­té.» Le pro­mu ne quitte plus son pyg­ma­lion jus­qu’au dé­cès de l’an­cien con­seiller d’état, le 6 sep­tembre 2011.

Une fois sur le ba­teau de L’UDC, l’agri­cul­teur de Naz est un fi­dèle, tout en ten­tant de gar­der une li­ber­té de pen­sée. Lors de la consti­tuante, il lutte jus­qu’au der­nier souffle contre la re­con­nais­sance de la com­mu­nau­té is­raé­lite dans la Cons­ti­tu­tion. «Je dé­fen­dais la po­si­tion de mon groupe. Je pré­cise que je n’ai rien contre cette com­mu­nau­té», jus­ti­fie-t-il au­jourd’hui. Il a si­gné le ré­fé­ren­dum contre la loi sur les armes. Au risque de frois­ser l’union eu­ro­péenne? «Il est nor­mal que le peuple dé­cide sur cette ques­tion des armes se­mi-au­to­ma­tiques», ré­pond-il.

Au dé­but des an­nées 2000, le na­tif de Naz en­tre­tient les ac­ti­vi­tés fa­mi­liales: un do­maine agri­cole et Des­sauges Lo­gis­tique qui tra­vaille pour la mul­ti­na­tio­nale du trans­port de co­lis DPD. L’en­tre­pre­neur est tou­jours proche de L’UDC. En 2004, il dele vient le pré­sident de la sec­tion can­to­nale, pour une du­rée de deux ans. En 2006, il est en­ga­gé comme en­sei­gnant à temps par­tiel à l’école pu­blique d’agri­cul­ture à Mar­ce­lin (lire ci-des­sous) qui dé­pend du Dé­par­te­ment de Jean-claude Mer­moud. En 2009, le Ser­vice de l’agri­cul­ture, qui dé­pend tou­jours du même con­seiller d’état UDC, le dé­signe pour or­ga­ni­ser la pré­sence vau­doise au Mar­ché-concours de Sai­gne­lé­gier en 2010. Une an­née plus tard, il entre dans la pré­fec­ture et aban­donne le tra­vail dans les champs et le trans­port de co­lis. «Je suis le seul pré­fet UDC», pré­cise ce­lui qui jouit ac­tuel­le­ment d’un congé sans solde pour faire cam­pagne.

Pas­cal Des­sauges a sou­vent per­du. Pour­quoi ga­gne­rait-il en 2019? «Mon par­ti est la troi­sième force du can­ton. Nous avons un droit lé­gi­time à un siège au Conseil d’état. Ce qui per­met­trait à la droite de re­prendre la ma­jo­ri­té. Ce se­rait lo­gique et co­hé­rent. La droite a dé­jà la ma­jo­ri­té au Grand Conseil», ar­gu­mente le mi­li­tant. Ce der­nier est sûr de son coup. Comme il l’a tou­jours été. Il n’y a que le ré­sul­tat dans les urnes qui peut lui don­ner tort. À force d’in­sis­ter, il se dit que ce­la va pas­ser. Il croise les doigts. Il sait que le par­ti risque de ne pas ac­cep­ter une nou­velle dé­faite, de ne pas lui don­ner une autre chance. Le pre­mier tour est pré­vu le 17 mars. Le deuxième, le 7 avril.

Yvain Ge­ne­vay

Pas­cal Des­sauges s’af­fiche comme un cen­triste. Mais il n’a rien d’un PLR, en­core moins d’un PDC et d’un Vert’li­bé­ral.

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