Union de Bê­tise Suisse

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES -

De­puis 2008, et le sau­ve­tage par la Banque na­tio­nale D’UBS, of­fi­cine qui al­lait s’en­glou­tis­sant dans les fo­lies du scan­dale amé­ri­cain des sub­primes, la naï­ve­té pou­vait conduire à ima­gi­ner une UBS va­gue­ment «re­de­vable». Qui au­rait – comment dire? – «com­pris la le­çon». Après, tout, c’est ce pays et son gou­ver­ne­ment qui ont alors évi­té sa faillite, et la mise en dan­ger de notre éco­no­mie, ce­la en re­pre­nant à leur compte 40 mil­liards de dol­lars de titres pour­ris.

Mais UBS ne s’est pas com­por­tée ain­si. La banque n’a même pas dit mer­ci, ce qui n’au­rait pour­tant pas coû­té cher. Elle a conti­nué à faire preuve d’une ar­ro­gance qui confine à la simple bê­tise lorsque l’on re­garde la fa­çon dont elle s’est com­por­tée en France, où elle vient d’éco­per d’une amende re­cord d’un to­tal de 4,2 mil­liards de francs, ce­la pour «blan­chi­ment ag­gra­vé de fraude fis­cale» et «dé­mar­chage ban­caire illé­gal», grâce à une «or­ga­ni­sa­tion in­té­grée, ver­ti­cale et sys­té­mique». Le plus dé­li­rant dans cette his­toire est de n’avoir pas ima­gi­né de tran­si­ger – ce­la au­rait coû­té quatre fois moins – avec ceux qui, vus de­puis Zu­rich, ne sont après tout que de très stu­pides Fran­çais. Car lorsque l’on constate le sys­tème de dé­fense des avo­cats D’UBS à Pa­ris, ce qui frappe, c’est ce som­met d’eth­no­cen­trisme ve­nu de la Bahn­hof­strasse. En gros, il fau­drait que les Fran­çais ap­pliquent le droit suisse, ce se­rait tel­le­ment plus co­ol, il ne condamne ja­mais un ban­quier: on s’éton­ne­rait presque que L’UDC n’en ait pas en­core lan­cé l’ini­tia­tive.

Ça n’a pas mar­ché, c’est bien fait. L’af­faire de 2008 avait eu comme co­rol­laire de faire de tous les ci­toyens suisses des com­pères mal­gré eux de l’ar­ran­ge­ment de l’époque. Conseillers fé­dé­raux, pontes de l’éco­no­mie, qui­dams, il y avait ac­cord de cir­cons­tance pour ef­fa­cer le pas­sé. Cette so­li­da­ri­té est morte à Pa­ris. Car le plus as­sour­dis­sant, de­puis mer­cre­di, n’est pas le mon­tant as­tro­no­mique d’une amende QU’UBS n’au­ra au­cun pro­blème à payer, c’est le qua­si-si­lence du monde éco­no­mique et po­li­tique suisse, quels que soient par­tis ou obé­diences. Il fau­drait QU’UBS sache in­ter­pré­ter ce si­lence, qui n’a rien de com­plice ni d’in­dif­fé­rent: per­sonne, en Suisse, ne croit une se­conde que la banque n’est pas ar­chi­cou­pable de ce dont on l’ac­cuse en France. Il fau­drait que quel­qu’un le glisse à l’oreille des avo­cats D’UBS, avant qu’ils ne s’em­barquent dans mille re­cours in­utiles.

Ch­ris­tophe Pas­ser

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