Le Cir­cus Royal est le der­nier cirque suisse à pré­sen­ter un nu­mé­ro de fauves

Avec son nou­veau pro­gramme, le Cir­cus Royal est le der­nier cirque suisse à pré­sen­ter un nu­mé­ro de dres­sage de fauves. L’ini­tia­tive est dé­criée par les as­so­cia­tions de pro­tec­tion des ani­maux.

Le Matin Dimanche - - LA UNE - TEXTE: VIR­GI­NIE MA­RET PHO­TOS: PAS­CAL MORA

Pour son nou­veau pro­gramme, le Cir­cus Royal s’est pro­cu­ré trois lions. L’ini­tia­tive est dé­criée par les as­so­cia­tions de pro­tec­tion des ani­maux. Le di­rec­teur du cirque dé­fend son choix.

«Faut-il aus­si ré­pri­man­der les gens qui dressent leurs chats pour qu’ils fassent leurs be­soins dans une caisse?» Oli­ver Skrei­nig, di­rec­teur du Cir­cus Royal

«Nous ne fai­sons rien d’illé­gal», s’ex­clame Oli­ver Skrei­nig au té­lé­phone. Face à la po­lé­mique qui sur­vient juste avant le dé­but de la tour­née, le di­rec­teur du Cir­cus Royal s’agace: «Ces lions existent et nous dé­mon­trons qu’il est pos­sible pour eux d’avoir une belle vie avec nous. Ce que nous re­prochent les dé­fen­seurs des ani­maux vaut pour tous les pro­prié­taires de bêtes: faut-il aus­si ré­pri­man­der les gens qui dressent leurs chats pour qu’ils fassent leurs be­soins dans une caisse?»

Des chats do­mes­tiques, c’est jus­te­ment ce par quoi le cirque so­leu­rois Gas­ser Olym­pia, re­nom­mé Cir­cus Res­tau­rant GO, a rem­pla­cé ses gros fauves de­puis l’an der­nier. Quant au mas­to­donte Knie, il a re­non­cé aux spec­tacles avec des lions ou des tigres en 2004 dé­jà. Et a re­ti­ré de son pro­gramme ses cé­lèbres élé­phants, chers à Fran­co, en 2015. Le Cir­cus Royal est donc le der­nier cirque suisse à se pro­duire avec ces ani­maux sau­vages. Une pra­tique qui ne plaît pas aux or­ga­ni­sa­tions de dé­fense des ani­maux, qui se sont em­pres­sées de le faire sa­voir. «Dans les cages tem­po­raires, gé­né­ra­le­ment très pe­tites et peu amé­na­gées, les lions ne peuvent pas ex­pri­mer le com­por­te­ment ty­pique de leur es­pèce», ré­agit Sa­muel Fur­rer au nom de la Pro­tec­tion suisse des ani­maux. Sen­sibles à la lu­mière et au bruit, ces bêtes se­raient sous pres­sion lors des nu­mé­ros dans les­quels elles sont pré­sen­tées et dres­sées. Pour mettre un terme à ces pra­tiques, une pé­ti­tion ap­pe­lée «Non aux ani­maux sau­vages dans les cirques» a été dé­po­sée par les as­so­cia­tions Quatre Pattes, Pro­tier et Stif­tung für das Tier im Recht en mars 2018. Elle a réuni plus de 70 000 si­gna­tures et de­vrait être exa­mi­née par le Con­seil fé­dé­ral cette an­née.

Dé­ten­tion aux normes

Ce n’est pour­tant pas la pre­mière fois que le Cir­cus Royal a re­cours à des fauves. Il y a deux ans, il pré­sen­tait un nu­mé­ro avec un groupe de cinq tigres du Ben­gale. «En 2017, nous avons ren­con­tré les membres de Pro­tier ain­si que l’of­fice fé­dé­ral des af­faires vé­té­ri­naires. Un ex­pert a ob­ser­vé nos ani­maux pen­dant quatre mois et a conclu que nous les trai­tions très bien», af­firme Skrei­nig. Quant aux trois nou­veaux lions, «deux em­ployés qua­li­fiés s’en oc­cupent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ils bé­né­fi­cient d’as­sez d’es­pace», as­sure en­core le di­rec­teur.

Se­lon la loi, les amé­na­ge­ments ex­té­rieurs et in­té­rieurs doivent me­su­rer res­pec­ti­ve­ment au mi­ni­mum 100 et 45 m2 pour que les trois pré­da­teurs soient à leur aise. Le Cir­cus Royal dis­po­se­rait de 60 à 80 m2 à l’in­té­rieur et jus­qu’à 1000 m2 à l’ex­té­rieur se­lon les en­droits où il plante son cha­pi­teau. De ce fait, il se­rait tout à fait dans les normes lé­gales.

L’an der­nier, on ap­pre­nait que l’en­tre­prise Cir­cus Royal Be­triebs Gmbh était en faillite. Mais le cirque n’a pas in­ter­rom­pu ses ac­ti­vi­tés, Oli­ver Skrei­nig ayant fon­dé une nou­velle so­cié­té d’ex­ploi­ta­tion pour que le bu­si­ness conti­nue après la mort de Pe­ter Gas­ser. Se­lon le jour­nal «Blick», il au­rait dis­tri­bué des di­zaines de mil­liers d’en­trées pour rem­plir ses tri­bunes à moi­tié vides.

Dif­fi­cul­tés fi­nan­cières

Le nu­mé­ro de dres­sage de lions, une ten­ta­tive pour faire re­ve­nir le pu­blic en masse sous son cha­pi­teau en 2019? «Ce n’est pas une tech­nique de sé­duc­tion, se dé­fend le di­rec­teur, c’est juste un nu­mé­ro que les gens ap­pré­cient beau­coup, et il est pri­mor­dial pour nous que le pu­blic s’amuse dans le res­pect des ani­maux.» Il re­con­naît tou­te­fois que faire tour­ner un cirque de­mande beau­coup d’ef­forts, en­vi­ron 25 000 francs par jour se­lon ses dires, et que la si­tua­tion éco­no­mique est dif­fi­cile, car son en­tre­prise ne bé­né­fi­cie d’au­cune aide de l’état. Sans comp­ter les mi­li­tants «ani­ma­listes» qui dis­tri­buent des flyers de­vant son cha- pi­teau pour in­ci­ter les vi­si­teurs à boy­cot­ter le spec­tacle du soir, pro­vo­quant ain­si un sé­rieux dé­gât d’image au Cir­cus Royal.

Aux pro­blèmes fi­nan­ciers s’ajou­te­raient des conflits in­ternes. Par­mi les quelque 80 per­sonnes que le cirque em­ploie­rait, l’an­cien cou­reur cy­cliste Beat Breu a ex­pri­mé son mé­con­ten­te­ment. Avec son épouse, Hei­di, il a te­nu le ca­fé du cirque pen­dant un an, réa­li­sant un rêve d’en­fant, avant de rendre son ta­blier cette se­maine. «Avec notre bonne ré­pu­ta­tion, nous ne pou­vons et ne vou­lons plus por­ter la dé­fense de cette en­tre­prise en dif­fi­cul­té», a dé­cla­ré le double vain­queur du Tour de Suisse au «Blick».

C’est pour­tant en hom­mage à Pe­ter Gas­ser, son an­cien pa­tron dé­cé­dé en août der- nier, que le Cir­cus Royal a conçu son nou­veau spec­tacle. In­ti­tu­lé «Wir Sind Cir­cus», en ré­fé­rence à un fa­meux dic­ton de Gas­ser, le pro­gramme du cirque thur­go­vien in­tègre cette an­née tous les nu­mé­ros qu’il ap­pré­ciait le plus, dont le fa­meux dres­sage de fauves. Pour ce faire, le Cir­cus Royal a em­prun­té trois lions au cirque Krone, en Al­le­magne. «Pe­ter était un grand ama­teur de fé­lins et il es­ti­mait beau­coup Mar­tin La­cey, le dres­seur et spé­cia­liste qui col­la­bore avec nous», se sou­vient Oli­ver Skrei­nig, qui est aus­si l’an­cien com­pa­gnon de Gas­ser. Deuxième plus gros cirque du pays, le Cir­cus Royal ne tourne qu’outre-sa­rine. En 2019, près de 480 re­pré­sen­ta­tions sont agen­dées en Suisse, en Au­triche et au Liech­ten­stein.

Que ce soit pour le domp­teur de lions Tho­mas La­cey (ci-des­sus) ou pour le di­rec­teur du Cir­cus Royal Oli­ver Skrei­nig (à dr.), le fait de dres­ser des fauves n’em­pêche pas le res­pect de l’ani­mal.

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