Fe­de­rer ren­force son im­mor­telle lé­gende en de­ve­nant «cen­te­naire»

Le Bâ­lois a rem­por­té le cen­tième titre de sa car­rière pro­fes­sion­nelle. En dix-huit ans, sa do­mi­na­tion a tra­ver­sé quatre gé­né­ra­tions de ten­nis­men, l’in­ven­tion de l’iphone et la cap­ture de Kadha­fi.

Le Matin Dimanche - - LA UNE - MA­THIEU AESCHMANN

Ro­ger Fe­de­rer a ins­crit une nou­velle ligne de pres­tige à son pro­di­gieux pal­ma­rès. En do­mi­nant le Grec Ste­fa­nos Tsit­si­pas en fi­nale du tour­noi de Du­baï, le Bâ­lois a dé­cro­ché le 100e titre de sa longue et pro­li­fique car­rière. Il est le deuxième joueur de l’ère mo­derne à at­teindre cette my­thique barre, après Jim­my Con­nors qui a éta­bli le re­cord à 109 titres.

Alors qu’il res­tait sur une frus­trante dé­faite contre Tsit­si­pas en hui­tièmes de fi­nale à l’open d’aus­tra­lie en jan­vier der­nier, Fe­de­rer a rap­pe­lé hier qui était le maître en s’im­po­sant sans trop de pro­blèmes 6-4 6-4.

Ce n’est qu’un chiffre, même pas un re­cord: Jim­my Con­nors est en­core loin (109). Mais puisque le nombre est rond, qu’il berce notre ima­gi­naire, pour­quoi ne pas re­mon­ter le temps et par­tir en ba­lade. Ro­ger Fe­de­rer ne se­ra ja­mais un pal­ma­rès. Alors pre­nons le temps de flâ­ner, de s’éga­rer entre les tro­phées, pour y per­ce­voir des rythmes, des ha­bi­tudes et es­quis­ser une car­to­gra­phie de sa do­mi­na­tion.

Même de­ve­nu grand voya­geur, Ro­ger Fe­de­rer est un ani­mal d’ha­bi­tudes. Il gagne où il se sent bien et em­prunte presque tou­cue­vas). jours les mêmes iti­né­raires pour re­trou­ver ses «lieux de mé­moire» au mieux de sa forme. Sans sur­prise, c’est donc «chez lui» qu’il triomphe le plus sou­vent: à ses do­mi­ciles (Bâle et Du­baï) ou sur les courts qui ont construit sa lé­gende (Halle et Wim­ble­don). Or cette «prime au co­con» semble ve­nir de loin. En ef­fet, neuf de ses dix pre­miers titres ont été conquis en Eu­rope, cinq dans des villes ger­ma­no­phones (Ham­bourg, Vienne 2 fois, Mu­nich, Halle). Sans doute faut-il y lire un rap­pel: avant de de­ve­nir une ter­reur glo­bale, le Bâ­lois fut un cham­pion sen­sible dont le ta­lent fra­gile avait be­soin de re­pères.

Le reste de l’exa­men géo­gra­phique ré­vèle des af­fi­ni­tés de sur­face et de ti­ming. Plus ra­pide, moins ven­teux, In­dian Wells (5) a tou­jours mieux mis en va­leur son jeu de pré­ci­sion que Mia­mi (3). Et des deux Mas­ters 1000 es­ti­vaux, le Ca­na­da ar­rive trop près des va­cances (2) alors que Cin­cin­na­ti étale son dur ra­pide pile dans le bon ti­ming (7). Il sou­ligne aus­si les deux seuls vrais manques: Monte-car­lo et Rome, terres de re­grets sans doute éter­nels (4 fi­nales cha­cun) et trace la courte liste des clas­siques ou­bliés: Bue­nos Aires, Aca­pul­co et sur­tout le Queen’s (mal­gré un match en 1999).

Mais dix-huit ans de tro­phées, ce sont sur­tout des ren­contres. Des ad­ver­saires éter­nels: Na­dal (23 fi­nales, 9 suc­cès), Djo­ko­vic (14/5), des bat­tus d’avance (Rod­dick), des fi­na­listes ou­bliés (Che­la, Fal­la, On y voit les gé­né­ra­tions dé­fi­ler (28 ans sé­parent Agas­si de Tsit­si­pas) et chaque ter­reur du mo­ment se faire ma­ter. Ain­si «coach Lju­bi­cic» ra­con­te­ra un jour qu’il a joué son meilleur ten­nis en 2005… lors­qu’il per­dit trois fi­nales en six se­maines contre son fu­tur pro­té­gé. Un re­cord.

En­fin, l’ins­tan­ta­né per­met de rem­bo­bi­ner les rythmes d’une car­rière qu’il ne faut pas croire li­néaire. Au temps de l’hé­gé­mo­nie (2004-2007, 42 titres) suc­cède du grand dé­fi tri­an­gu­laire (2008-2012, 17 titres). Puis viennent les an­nées de ré­sis­tance (20142015, 11) et la fa­bu­leuse re­nais­sance de 2017, por­tée par un re­tour aux élans of­fen­sifs des dé­buts. Hier, c’est en­core cette convic­tion de pou­voir ar­rê­ter le temps en jouant en­core plus vite qui a étouf­fé Ste­fa­nos Tsit­si­pas (6-4, 6-4). «De­puis mon titre de cham­pion du monde ju­nior, j’ai ap­pré­cié chaque mi­nute de ce long et ma­gni­fique voyage, s’est re­tour­né le cen­te­naire. Nous vi­vons dans un monde qui veut battre tous les re­cords. Mais je ne pense pas comme ça. Je suis juste heu­reux de pou­voir jouer en­core.» Le voyage conti­nue.

«De­puis mon titre de cham­pion du monde ju­nior, j’ai ap­pré­cié chaque mi­nute de ce long et ma­gni­fique voyage» Ro­ger Fe­de­rer

Amin Mo­ham­mad Ja­ma­li/get­ty

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