Le pre­mier ca­bi­net mé­di­cal pour vé­ganes ouvre ses portes à Zu­rich

Le Matin Dimanche - - MONDE - GA­BRIEL SASSOON

Un centre des­ti­né aux vé­gé­ta­liens et vé­gé­ta­riens ouvre en avril. Ces pa­tients au­raient trop sou­vent à su­bir des idées re­çues liées à leur ré­gime ali­men­taire. Les res­pon­sables dé­taillent leur pro­jet in­édit.

Les pre­mières consul­ta­tions sont dé­jà agen­dées. Ac­ti­viste de la cause ani­male et mé­de­cin dans le can­ton de Saint-gall, Re­na­to Wernd­li est connu pour le flot de cour­riers de lec­teur qu’il adresse à la presse lo­cale ain­si que pour avoir lan­cé l’ini­tia­tive contre les ex­pé­ri­men­ta­tions ani­males. Il ajoute une ligne à son CV: gé­né­ra­liste dans un ca­bi­net pour vé­gé­ta­liens et vé­gé­ta­riens. Lorsque ce centre ou­vri­ra, en avril, en ville de Zu­rich, il s’agi­ra très pro­ba­ble­ment du pre­mier en Suisse. L’équipe mul­ti­dis­ci­pli­naire se com­pose de huit per­sonnes – mé­de­cins, psy­cho­logue, nu­tri­tion­niste no­tam­ment. Toutes suivent un ré­gime vé­gé­ta­lien ou vé­gé­ta­rien.

En 2017, un son­dage man­da­té par l’as­so­cia­tion Swiss­veg es­ti­mait que 11% de la po­pu­la­tion suisse était vé­gé­ta­rienne et 3% vé­gé­ta­lienne. Le pro­fil type vit dans des centres ur­bains, en par­ti­cu­lier alé­ma­niques. Re­na­to Wernd­li est per­sua­dé que le ca­bi­net qu’il lance avec le Dr Alexan­der Walz ré­pond à une de­mande. Non pas parce que les per­sonnes ayant ban­ni de leur as­siette tout pro­duit d’ori­gine ani­male né­ces­sitent des soins spé­ci­fiques, dit-il. «Il faut certes veiller à ce qu’ils ne pré­sentent pas de ca­rences en vi­ta­mine B12 ou en fer. Rien de très com­pli­qué.»

Là où l’offre pren­drait tout son sens, en re­vanche, c’est en rai­son des pré­ju­gés que ce type de pa­tients ra­conte su­bir. «Ils sont nom­breux à ne pas se sen­tir com­pris en con­sul­ta­tion. Il ar­rive fré­quem­ment qu’un mé­de­cin at­tri­bue tous leurs maux à leur ali­men­ta­tion, sans cher­cher plus loin. Mal­heu­reu­se­ment, beau­coup de mes confrères pensent que le vé­gé­ta­lisme n’est pas bon pour la san­té. Ils ne s’y connaissent pas as­sez dans le do­maine nu­tri­tion­nel, tan­dis que l’in­dus­trie du lait et de la viande pro­page des in­for­ma­tions à son avan­tage.»

Le mé­de­cin a beau être un vé­gane convain­cu, les portes de son ca­bi­net sont aus­si ou­vertes aux man­geurs de viande. «Je ne fe­rai pas de re­marque sur leur mode ali­men­taire, à moins que ce­la se jus­ti­fie pour des ques­tions de san­té.»

An­cien res­pon­sable du centre de mé­de­cine in­terne de l’hô­pi­tal can­to­nal d’ob­wald, son col­lègue Alexan­der Walz s’est dé­jà illus­tré dans le mi­lieu vé­gane par le lan­ce­ment de Veg­me­di­zin, en 2017. Ce ser­vice de té­lé­mé­de­cine conseille vé­gé­ta­liens et vé­gé­ta­riens. Il constate les dif­fi­cul­tés que ces der­niers peuvent ren­con­trer. Comme le cas d’une pa­tiente pré­sen­tant une in­suf­fi­sance en fer mise sur le compte de son ali­men­ta­tion, alors qu’une tu­meur in­tes­ti­nale bé­nigne en était la cause. Swiss­veg évoque elle aus­si ce genre de té­moi­gnage et sa­lue de ce fait la créa­tion du ca­bi­net. «Ce­lui-ci ré­pond à une de­mande. On nous de­mande sou­vent le nom de mé­de­cins for­més en nu­tri­tion vé­gé­tale», rap­porte l’as­so­cia­tion. Spé­cia­li­sée en nu­tri­tion vé­gé­tale, la Dr Lau­rence Froi­de­vaux est elle aus­si en­thou­siaste. «Il y a en Suisse de vraies la­cunes, com­pa­ré aux États-unis par exemple. Un mé­de­cin doit vrai­ment cher­cher à s’in­for­mer pour se mettre à jour.»

Dans le corps mé­di­cal, les ré­ac­tions sont am­bi­va­lentes. Vice-pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des mé­de­cins suisses (FMH), Mi­chel Mat­ter voit dans cette nou­velle offre un «coup de manche mar­ke­ting». Pro­fes­seur en nu­tri­tion aux Hô­pi­taux uni­ver­si­taires de Ge­nève, Claude Pi­chard ac­cueille, lui, fa­vo­ra­ble­ment l’ini­tia­tive. «De­ve­nir vé­gé­ta­lien n’est pas ai­sé et doit se faire pro­gres­si­ve­ment. Of­frir un con­seil spé­cia­li­sé en fonc­tion d’une de­mande spé­ci­fique a du sens.»

Le pro­blème des mé­di­ca­ments

S’il n’a pas été ai­sé de for­mer une équipe de spé­cia­listes ayant ti­ré un trait sur la viande, Alexan­der Walz juge cette exi­gence es­sen­tielle: le per­son­nel soi­gnant doit sa­voir de quoi il parle. «Quel­qu’un qui mange de la sau­cisse au pe­tit-dé­jeu­ner, du steak au dî­ner et des grillades au sou­per ne com­pren­dra pas les consi­dé­ra­tions éthiques d’un vé­gé­ta­lien ou son ali­men­ta­tion. On ne va pas chez le char­pen­tier lorsque la ma­chine à la­ver est cas­sée.» Com­ment le ca­bi­net va-t-il donc «ré­pa­rer» ses pa­tients? Les mé­di­ca­ments pres­crits se­ront-ils vé­gé­ta­liens? «C’est un gros pro­blème, concède Re­na­to Wernd­li. Ils contiennent sou­vent des traces de lac­tose ou, pour les cap­sules, de la gé­la­tine ani­male.» Pour l’heure, après avoir pris contact avec des en­tre­prises phar­ma­ceu­tiques, il confirme qu’un tiers des trai­te­ments seule­ment sont vé­gé­ta­liens. «Je pro­pose des pro­duits sans trace ani­male au­tant que pos­sible. Mais s’il n’y a pas d’al­ter­na­tive, comme pour un vac­cin, on est obli­gé de faire des ex­cep­tions.» Et les mé­di­ca­ments non tes­tés sur des ani­maux? «Ce n’est pas pos­sible. Ils le sont qua­si tous.»

Ralph Ri­bi/st. Gal­ler­tag­blatt

Mi­li­tant de la cause ani­male, le Dr Re­na­to Wernd­li inau­gu­re­ra en avril un centre mé­di­cal des­ti­né aux pa­tients ayant ban­ni les pro­duits d’ori­gine ani­male de leur as­siette.

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