Le mensonge, au coeur des ad­dic­tions

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE -

Les vé­ri­tés ap­proxi­ma­tives et le mensonge peuvent se glis­ser dans n’im­porte quelle consul­ta­tion mé­di­cale. La pro­blé­ma­tique des ad­dic­tions pose tou­te­fois des en­jeux sup­plé­men­taires. Pour­quoi? «Parce que les pa­tients ne consultent pas tou­jours de leur plein gré. Cer­tains sont en­voyés par un juge, leur em­ployeur ou un proche. Ce­la fausse la donne d’em­blée», in­dique le Dr Thier­ry Fa­vrod-coune, mé­de­cin ad­joint au Ser­vice de mé­de­cine de pre­miers re­cours des HUG. Le spé­cia­liste rap­pelle que la bien­veillance, l’ab­sence de ju­ge­ment et le ca­rac­tère confi­den­tiel des échanges sont au centre de la re­la­tion d’aide. Il arrive que des pa­tients (une mi­no­ri­té) souf­frant de dé­pen­dance mi­ni­misent, dans cer­taines cir­cons­tances, leur consom­ma­tion ou la nient, ce qui ne fa­ci­lite pas les choses. «Ce­la fait par­tie de la ma­la­die. La plu­part du temps, c’est in­cons­cient et in- vo­lon­taire», sou­ligne le spé­cia­liste. L’in­to­lé­rance à l’égard de ce qu’ils vivent fait naître ce mé­ca­nisme de dé­fense. La pres­sion de l’en­tou­rage peut aus­si gé­né­rer des men­songes cou­rants tels que: «On a dû mettre quelque chose dans mon verre.» Il faut dire que les sub­stances elles-mêmes, y com­pris l’al­cool, ont par­fois un ef­fet amné­siant qui ex­plique pour­quoi un pa­tient peut être convain­cu de n’avoir bu «que deux verres» alors que son taux d’al­cool est de 2 grammes pour mille. Néan­moins, as­sure la Pre Bar­ba­ra Broers,

«des études montrent que les pa­tients dé­pen­dants ne mentent pas plus que les autres s’ils se sentent en confiance avec leur mé­de­cin et si leur com­por­te­ment n’a pas d’im­pact sur la suite de la prise en charge.» Et si le bon mé­de­cin était tout sim­ple­ment ce­lui qui réus­sit à sus­ci­ter la confiance de son pa­tient?

NBC / Get­ty Images

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