L’al­ter­na­tive suisse à Whatsapp sé­duit même les em­ployés fé­dé­raux

Le Matin Dimanche - - ECONOMIE - GA­BRIEL SASSOON

L’ap­pli­ca­tion schwyt­zoise Th­ree­ma compte des mil­lions de clients dans le monde. Elle vient d’ajou­ter la Con­fé­dé­ra­tion à son ta­bleau de chasse. Quelle est sa re­cette? Ren­contre avec le trio fon­da­teur.

Un flip­per, un grand pouf rouge et du pop art dé­corent la salle d’en­trée. À Pfäf­fi­kon, dans le can­ton de Schwytz, les bu­reaux de Th­ree­ma re­prennent les codes de la start-up «tech» à la mode ca­li­for­nienne. «Nous sommes l’an­ti­thèse de la Si­li­con Val­ley», pré­vient pour­tant Mar­tin Blat­ter. Le co­fon­da­teur du ser­vice de mes­sa­ge­rie payant – avec Ma­nuel Kas­per et Sil­van En­ge­ler – pose le cadre dès les pre­miers ins­tants de la ren­contre dans leur QG, d’ha­bi­tude peu en­clin à ou­vrir ses portes aux mé­dias.

Une dis­cré­tion qui colle à l’image d’une en­tre­prise ayant fait du res­pect de la sphère pri­vée son prin­ci­pal ar­gu­ment de vente. Lan­cée il y a près de six ans dans le but d’of­frir un moyen de com­mu­ni­ca­tion sé­cu­ri­sé, Th­ree­ma se pose en al­ter­na­tive au ca­li­for­nien Whatsapp. La so­cié­té s’en­or­gueillit de ne pas ré­col­ter de mé­ta­don­nées, ces in­for­ma­tions à même d’être re­ven­dues sur les com­por­te­ments des uti­li­sa­teurs, par exemple le lieu d’en­voi d’un mes­sage. Seul un «mi­ni­mum» de don­nées se trouve sto­cké sur des ser­veurs ba­sés à Zu­rich. Pour ga­ran­tir son in­dé­pen­dance, elle ne fait ap­pel à au­cun in­ves­tis­seur tiers. Le fi­nan­ce­ment re­pose sur les paie­ments des clients. Voi­là pour la phi­lo­so­phie d’en­tre­prise.

La non-gra­tui­té? Gage d’in­dé­pen­dance

Ce mo­dèle d’af­faires sé­duit un nombre crois­sant de per­sonnes dans un contexte mar­qué par les scan­dales de pro­tec­tion de don­nées. Th­ree­ma re­ven­dique 5,5 mil­lions d’uti­li­sa­teurs dans le monde, soit un mil­lion de plus qu’il y a un an.

S’y ajoutent près de 21 000 clients ins­ti­tu­tion­nels dont les 3 mil­lions de col­la­bo­ra­teurs uti­lisent la ver­sion «Work» de l’ou­til, conçue pour les com­mu­ni­ca­tions pro­fes­sion­nelles. Les so­cié­tés Daim­ler ou Bosch en font par­tie.

Tout comme de nom­breuses écoles suisses, où elle a pris la place de Whatsapp pour les com­mu­ni­ca­tions entre pro­fes­seurs et élèves: si un rè­gle­ment eu­ro­péen a re­le­vé à seize ans la li­mite d’âge des uti­li­sa­teurs de l’ap­pli­ca­tion amé­ri­caine – dans un sou­ci de pro­tec­tion de don­nées des plus jeunes – Th­ree­ma ne connaît pas de telle res­tric­tion. En fé­vrier, le ser­vice suisse a convain­cu un autre client de choix: la Con­fé­dé­ra­tion. L’of­fice fé­dé­ral de l’in­for­ma­tique a dé­ci­dé de mettre l’ap­pli­ca­tion à dis­po­si­tion de tous les em­ployés fé­dé­raux qui le sou­hai­taient.

«Nous avons le bon pro­duit au bon mo­ment. Et l’en­vie de ne pas ré­pé­ter toutes les er­reurs de nos concur­rents», juge Mar­tin Blat­ter. Le pro­duit, c’est le Zurichois Ma­nuel Kas­per qui en a eu l’idée en 2012, lors­qu’il avait 29 ans. Il tra­vaillait alors comme in­for­ma­ti­cien in­dé­pen­dant. «Je sa­vais à quel point il était fa­cile, pour qui avait les com­pé­tences, d’ac­cé­der aux com­mu­ni­ca­tions sur Whatsapp (ndlr: l’app amé­ri­caine chiffre les com­mu­ni­ca­tions de­puis 2016). Je ne trou­vais pas ça nor­mal.»

Ma­nuel Kas­per s’est mis en tête de dé­ve­lop­per une mes­sa­ge­rie ar­mée contre les re­gards ex­ternes. La pre­mière ver­sion pour iphone, il la par­tage et l’uti­lise avec son en­tou­rage. L’ac­cueil est en­thou­siaste et l’en­cou­rage à voir plus loin. Il de­mande à ses deux amis, in­for­ma­ti­ciens pour le groupe Ta­me­dia, de mettre

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