«Le nombre d’ex­po­sants a en­core re­cu­lé, mais Ba­sel­world se ré­in­vente»

Le Matin Dimanche - - ECONOMIE - IVAN RAD­JA

Mi­chel Lo­ris­me­li­koff pro­met une édi­tion qui mar­que­ra une re­nais­sance. Le nou­veau di­rec­teur, qui a re­pris les rênes du sa­lon en pleine crise, mise sur un fo­rum plus ou­vert.

Mi­chel Lo­ris-me­li­koff, dans quel état d’es­prit êtes-vous à deux jours de votre pre­mier Ba­sel­world? L’évé­ne­ment, qui a es­suyé nombre de cri­tiques l’an der­nier, a dû com­po­ser avec le dé­part des 18 marques du Swatch Group, de Co­rum ou de Ray­mond Weil…

Les pre­mières fois sont tou­jours par­ti­cu­lières, mais je me ré­jouis. Je suis bien en­tou­ré, le mon­tage des stands est fait, on est de­dans. C’est l’ins­tant de vé­ri­té. Mon­ter cette édi­tion n’a pas été simple, car je suis ar­ri­vé le 1er juillet et j’ai été d’abord ab­sor­bé par trois mois de ges­tion de crise. Je me suis beau­coup dé­pla­cé en Eu­rope, en Chine, au Ja­pon, aux États-unis, et par­tout j’ai eu le même re­tour de la part des re­ven­deurs: Ba­sel­world reste la ré­fé­rence en la ma­tière, à condi­tion d’être mo­der­ni­sée.

Nick Hayek a ré­pé­té cette se­maine que le Swatch Group n’avait pas be­soin de Ba­sel­world car il ren­contre ses dé­taillants di­rec­te­ment sur le ter­rain. Toutes les marques n’ont pas cette li­ber­té…

C’est exact, les pe­tites et moyennes so­cié­tés ne peuvent s’ap­puyer sur un ré­seau de bou­tiques en propre ou faire elles-mêmes tous les dé­pla­ce­ments vers leurs points de vente, ré­par­tis dans des mar­chés très éloi­gnés. Un lieu comme Ba­sel­world est ca­pi­tal pour ces ex­po­sants. Aban­don­ner ces ren­dez-vous crée­rait une hor­lo­ge­rie à deux vi­tesses. Un ex­po­sant a en moyenne 20 à 30 ren­dez-vous par jour du­rant le sa­lon. Ima­gi­nez s’il de­vait se dé­pla­cer à cha- que fois! Ce­la vaut aus­si en sens in­verses: les grandes marques peuvent or­ga­ni­ser des lan­ce­ments pri­vés, mais s’il y en a trop, dis­per­sés dans l’es­pace et dans le temps, qui va pou­voir s’y rendre? Les dé­taillants doivent aus­si tra­vailler, vendre des montres. Que l’on soit un grand groupe ou une pe­tite marque, je cite vo­lon­tiers Jean-claude Bi­ver (ndlr: an­cien pa­tron du pôle hor­lo­ger de LVMH), qui sou­te­nait que Ba­sel­world, comme d’autres ren­dez-vous, per­met de faire se ren­con­trer, phy­si­que­ment, à un en­droit et un mo­ment don­né, les prin­ci­paux ac­teurs d’une branche.

Ba­sel­world ac­cueillait 1300 ex­po­sants en 2017, 650 l’an pas­sé. Com­bien pour ce millé­sime?

Nous avons plus de 500 ex­po­sants, mais on est loin des 600. Évi­dem­ment, nous sommes dé­çus que ce nombre ait en­core re­cu­lé, mais nous ne sommes pas sur­pris. Le dé­part du Swatch Group a en­traî­né ce­lui d’autres marques, pour des rai­sons di­verses, no­tam­ment bud­gé­taires. Mais je suis convain­cu que nous avons at­teint le fond de la pis­cine, pro­pice à un coup de ta­lons sa­lu­taire. D’ailleurs beau­coup d’ex­po­sants as­surent qu’ils pro­jettent de re­ve­nir en 2020, s’ils sont convain­cus que de réelles mo­di­fi­ca­tions sont en­tre­prises. Ils vien­dront se faire une idée.

Quelles sont les pre­mières mo­di­fi­ca­tions que vous avez ap­por­tées?

Tout d’abord, une com­mu­ni­ca­tion re­nou­ve­lée, tour­née vers le di­gi­tal. Nous lan­çons no­tam­ment un chat­bot, qui est une sorte de Mes­sen­ger ou­vert à tous les par­ti­ci­pants, dé­taillants, ex­po­sants, mé­dias ou grand pu­blic. C’est une ré­vo­lu­tion: au­pa­ra­vant, la com­mu­ni­ca­tion était dis­til­lée par l’or­ga­ni­sa­teur seul. Je veux dé­sor­mais une pla­te­forme de com­mu­ni­ca­tion ou­verte et in­te­rac­tive. Je sou­haite faire de Ba­sel­world un fo­rum ou­vert à toute la com­mu­nau­té qui gra­vite au­tour de l’hor­lo­ge­rie, les marques, dé­taillants, jour­na­listes, blo­gueurs, or­ga­ni­sa­teurs et consom- ma­teurs. En­suite, nous avons re­pla­cé le Centre de Presse, plus grand, au coeur de l’évé­ne­ment, dans la Halle 1, et dis­po­sé dif­fé­rents blog­spots pour les blo­gueurs et in­fluen­ceurs.

Qu’en est-il des prix des stands et de l’hô­tel­le­rie?

Concer­nant la lo­ca­tion des es­paces, il n’y a pas d’aug­men­ta­tion cette an­née, et j’ai de­man­dé une ré­vi­sion com­plète du sys­tème de prix pour 2020. S’agis­sant de l’ac­cueil, il doit être au centre de notre at­ten­tion. C’est l’une des pre­mières choses que j’ai dites à mes col­la­bo­ra­teurs: qui paie nos sa­laires? Les ex­po­sants. Sa­chons donc les re­ce­voir. Pour les nui­tées, nous avons fixé un ta­rif maxi­mum pour une chambre double stan­dard avec 75% de la ca­pa­ci­té en lits de Bâle, et pas­sé un ac­cord avec une tren­taine de res­tau­rants au­tour du site, dont les prix étaient vrai­ment exa­gé­rés du­rant la foire. Nous soi­gnons éga­le­ment la res­tau­ra­tion et tra­vaillons en col­la­bo­ra­tion avec l’école hô­te­lière de Glion (VD) et quelques Meilleurs Ou­vriers de France. Ce­la va du sand­wich frais, pré­pa­ré de­vant vous, jus­qu’à la haute gas­tro­no­mie, en pas­sant par les sa­lades bios. À l’ave­nir, j’ima­gine aus­si un par­te­na­riat avec un grand chef.

Com­ment avez-vous com­blé les trous lais­sés par le Swatch Group dans la Halle 1 et dans vos fi­nances?

Le rez-de-chaus­sée ac­cueille­ra les marques qui étaient pré­sentes dans les Ate­liers. Ce­la montre que les in­dé­pen­dantes peuvent aus­si être au ni­veau des grandes marques comme Hu­blot, Ro­lex, TAG Heuer ou Pa­tek Phi­lippe. Elles gagnent en vi­si­bi­li­té, comme tout le sec­teur de la joaille­rie-bi­jou­te­rie, ra­pa­trié au 2e étage, qui abri­te­ra aus­si une zone évé­ne­men­tielle avec une scène, soit pour des dé­fi­lés de mode, soit pour des confé­rences. Mais ces nou­veau­tés se­ront da­van­tage dé­ve­lop­pées l’an­née pro­chaine, et j’en dé­voi­le­rai les grandes lignes en pré­sen­tant le «Concept 2020» en clô­ture de ce sa­lon. Quant au manque à ga­gner cau­sé par le dé­part du Swatch Group, il n’est pas de 50 mil­lions de francs comme on a pu le lire. Il s’agit du to­tal de leurs dé­penses, mais la part qui re­ve­nait à Ba­sel­world est heu­reu­se­ment bien moindre.

En 2020 jus­te­ment, Ba­sel­world se tien­dra en avril, juste après le Sa­lon in­ter­na­tio­nal de la haute hor­lo­ge­rie (SIHH). Com­ment avez-vous re­noué le dia­logue avec la con­cur­rence?

J’ai un style de com­mu­ni­ca­tion dif­fé­rent de ce qui se fai­sait au­pa­ra­vant. Après avoir pris contact avec Fa­bienne Lu­po (ndlr: la di­rec­trice du SIHH ge­ne­vois), nous avons vite conve­nu que nos in­té­rêts et nos dé­fis étaient les mêmes. Les deux sa­lons ne sont pas concur­rents, mais com­plé­men­taires. Ba­sel­world re­pré­sente plu­sieurs in­dus­tries, les marques horlogères, mais aus­si la joaille­rie, les sous-trai­tants et les branches an­nexes. Re­grou­per les deux ren­dez-vous en avril est un plus pour tout le monde. Nombre de dé­taillants, col­lec­tion­neurs ou jour­na­listes en Asie, aux États-unis, en Rus­sie, se plai­gnaient, à juste titre, de de­voir faire deux fois le voyage en Suisse à quelques se­maines d’in­ter­valle.

Vous avez di­ri­gé le MCH Beau­lieu, dont la ma­ni­fes­ta­tion phare, le Comp­toir Suisse, a mis la clé sous la porte.

Quel en­sei­gne­ment en ti­rez-vous?

On ne peut com­pa­rer. Le Comp­toir était une foire gé­né­ra­liste, une très an­cienne ins­ti­tu­tion qui ne ré­pon­dait plus vrai­ment aux be­soins de 2019. Ce n’est pas le cas de Ba­sel­world, qui doit certes s’adap­ter, mais qui a tou­jours été et reste un évé­ne­ment spé­cia­li­sé.

Un évé­ne­ment qui ten­dra à nou­veau la main aux jeunes pousses?

Oui, nous ins­tau­rons un nou­vel es­pace, le Watch In­cu­ba­tor, qui offre une vi­si­bi­li­té à de nou­velles marques et start-up. Les vingt places à dis­po­si­tion ont été prises en quelques jours, ce qui prouve que Ba­sel­world de­meure une vi­trine de choix.

A. del­la Valle/keystone

Nom­mé le 1er juillet 2018 à la di­rec­tion de Ba­sel­world, Mi­chel Lo­ris-me­li­koff a en­tre­pris la mu­ta­tion de l’évé­ne­ment en pla­te­forme de com­mu­ni­ca­tion ou­verte, di­gi­tale et in­te­rac­tive.

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