«Ma­lone» a mor­du à mort l’épa­gneul nain

Le Matin Dimanche - - LA UNE - BEN­JA­MIN PILLARD

La vi­déo de «Ro­cky», mor­du à mort sous les yeux de sa jeune pro­prié­taire de 9 ans par «Ma­lone», un am­staff de 27 ki­los, a fait le tour des ré­seaux so­ciaux. Le ré­cit des té­moins.

«Nous avons dé­po­sé une plainte pé­nale contre la voi­sine qui a fil­mé la scène: non seule­ment une en­fant mi­neure ap­pa­raît sur la sé­quence, mais sur­tout cette vi­déo a été lar­ge­ment dif­fu­sée sur les ré­seaux so­ciaux.» Dé­pu­té sup­pléant au Grand Con­seil ge­ne­vois sous la ban­nière du MCG, Flo­rian Gan­der est scan­da­li­sé. En dé­but de se­maine, ce film ma­cabre de 40 se­condes mon­trant l’ago­nie de Ro­cky – le pe­tit chien de sa belle-fille de 9 ans, «cro­qué» quelques mi­nutes plus tôt par Ma­lone, un ame­ri­can staf­ford­shire ter­rier (am­staff) – a été par­ta­gé mas­si­ve­ment. Mer­cre­di, nos confrères de «20 mi­nutes» en ont pu­blié une ver­sion muette et flou­tée. Re­tour sur une agres­sion ca­nine rare qui re­monte au 5 mars der­nier.

Écu­blens (VD), dans l’ouest lau­san­nois. Il était en­vi­ron 13 h, en ce mar­di en­so­leillé souf­flé par la bise, lorsque la fillette te­nait en laisse élas­tique son épa­gneul nain conti­nen­tal pa­pillon, de­vant son im­meuble si­tué en face d’un bos­quet. Sa grand-mère ma­ter­nelle, qui la gar­dait, était res­tée dans l’ap­par­te­ment. «Aler­tée par les cris de la pe­tite, elle s’est in­ter­po­sée et a fi­ni avec 17 points de su­ture au bras gauche, et 5 à sa main droite», re­prend Flo­rian Gan­der. «Quant à ma bel­le­fille, elle fait en­core des cau­che­mars; trau­ma­ti­sée d’avoir as­sis­té au mas­sacre de son ani­mal, Ro­cky, qui était un membre de la fa­mille. C’est dra­ma­tique. Toutes deux sont sui­vies psy­cho­lo­gi­que­ment.» In­for­ma­ti­cien, le Ge­ne­vois est aus­si dres­seur de chien pro­fes­sion­nel: «Je ne dis pas que les mo­los­soïdes sont mé­chants, mais ils ne sont pas des­ti­nés à tout le monde: si l’am­staff avait été bien édu­qué dès le dé­part – «cas­sé» dans sa men­ta­li­té de do­mi­nant –, il n’au­rait pas été ten­té de mordre ou d’aboyer à la vue de cet épa­gneul nain.» Et l’élu d’ajou­ter que, «à la dif­fé­rence d’un ber­ger al­le­mand qui va mordre, re­lâ­cher et mordre à nou­veau», les mo­losses «ont une mâ­choire ain­si faite qu’ils ne vont ja­mais lâ­cher».

L’ame­ri­can staf­ford­shire ter­rier est l’une des trois races qua­li­fiées de «po­ten­tiel­le­ment dan­ge­reuses» par le Con­seil d’état vau­dois, au même titre que les rott­wei­lers et les ame­ri­can pit­bull ter­rier, mais dont la dé­ten­tion est au­to­ri­sée (contrai­re­ment à des can­tons comme Ge­nève ou le Va­lais), moyen­nant test et cours d’édu­ca­tion ca­nine. En trois ans, les co­dé­ten­trices de Ma­lone – une mère quin­qua­gé­naire et sa fille d’une ving­taine d’an­nées, do­mi­ci­liées de­puis juin der­nier dans un im­meuble voi­sin de ce­lui de la com­pagne de Flo­rian Gan­der – n’avaient ef­fec­tué que la moi­tié des 30 heures dé­ci­dées par le Ser­vice can­to­nal des af­faires vé­té­ri­naires.

«Un nou­nours, pas un chien de com­bat»

«Même si j’avais ac­com­pli cette for­ma­tion, je suis sûre que notre chien au­rait ré­agi de la même ma­nière à la vue de cet épa­gneul nain», nous confie la plus âgée des deux Vau­doises, qui pro­me­nait Ma­lone le jour de l’agres­sion mor­telle. «C’est un ado­rable nou­nours, pas un ani­mal de com­bat. Le jour même, il s’était amu­sé avec un autre chien sans pro­blème. Au­cun in­ci­dent non plus ces trois der­nières an­nées, du­rant les­quelles il a gran­di avec deux chats et mon pe­tit-fils qui au­ra bien­tôt 2 ans. Cet hi­ver, des en­fants du quar­tier ont joué à lui lan­cer des boules de neige, et il leur cou­rait après – te­nu en laisse… Pour moi, c’est la fa­ta­li­té.»

La quin­qua­gé­naire est for­melle: lors­qu’elle est sor­tie du bos­quet, son am­staff s’est d’abord as­sis à la vue du pe­tit Ro­cky. C’est ce der­nier qui se se­rait ap­pro­ché du mo­losse en aboyant. «J’ai dit à l’en­fant à au moins trois re­prises de s’en al­ler avec son épa­gneul, en lui pré­ci­sant que Ma­lone n’aime pas les pe­tits chiens.» La Vau­doise tire alors la laisse de son ca­ni­dé pour re­tour­ner sur ses pas. Quand sou­dain l’ani­mal par­vient à s’ex­traire de son har­nais. «La fillette criait et pleu­rait: j’ai tout lâ­ché et j’ai cou­ru vers mon chien, mais il avait dé­jà cro­qué le pe­tit… pour moi, il a été tué sur le coup. Ce n’est que plu­sieurs mi­nutes plus tard que la grand-mère est ar­ri­vée, et s’est sai­sie de la dé­pouille. C’est à ce mo­ment-là que Ma­lone est re­ve­nu cher­cher sa proie et a mor­du cette dame…»

À sa der­nière pe­sée, l’am­staff af­fi­chait 27 kg. Sa pro­me­neuse, à peine le double. Fai­sait-elle le poids? «Je dé­fie qui­conque de maî­tri­ser un ani­mal de ce type en pleine ex­ci­ta­tion ou coup de fo­lie», conclut-elle.

Sé­ques­tré de­puis deux se­maines et de­mie, Ma­lone fait ac­tuel­le­ment l’ob­jet d’une éva­lua­tion com­por­te­men­tale. L’eu­tha­na­sie est l’ul­ti­ma ra­tio.

Un ame­ri­can staf­ford­shire ter­rier, l’une des trois races de ca­ni­dés consi­dé­rées comme po­ten­tiel­le­ment dan­ge­reuses par les au­to­ri­tés vau­doises, n’a fait qu’une bou­chée d’un pe­tit congé­nère qui aboyait à Écu­blens (VD). Té­moi­gnages. «Ma belle-mère a fi­ni avec 17 points de su­ture au bras gauche et 5 à sa main droite» Flo­rian Gan­der, maître-chien pro­fes­sion­nel et dé­pu­té sup­pléant (MCG) au Grand Con­seil ge­ne­vois

Istock­pho­to, Dom Smaz

C’est un pe­tit chien de ce type qui a été mor­tel­le­ment «cro­qué» par le mo­losse, dont les co­dé­ten­trices – mère et fille – montrent une pho­to sur leur té­lé­phone (en haut à dr.). L’am­staff a été sé­ques­tré par la bri­gade ca­nine et sa dan­ge­ro­si­té est en cours d’éva­lua­tion.

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