Peu de casse à l’acte XIX des «gi­lets jaunes». Le calme avant d’autres tem­pêtes?

Le Matin Dimanche - - MONDE - JEAN-NOËL CUÉNOD, PA­RIS

Les sa­me­dis jaunes se suivent mais ne se res­semblent pas à Pa­ris. La se­maine pas­sée, les Champs-ély­sées furent dé­vas­tés lors de la ma­nif heb­do­ma­daire des «gi­lets jaunes». Hier, les dé­fi­lés se sont dé­rou­lés dans une at­mo­sphère dé­con­trac­tée, même si les ha­bi­tuelles ten­sions de fin de dé­fi­lé n’ont pas man­qué d’écla­ter bou­le­vard de Stras­bourg et, sur­tout, place de la Ré­pu­blique où des échanges mus­clés ont op­po­sé les forces de l’ordre aux mi­li­tants les plus dé­ter­mi­nés.

Tou­te­fois, l’acte XIX n’a rien à voir avec le pré­cé­dent et ses dé­bor­de­ments mas­sifs. La mo­bi­li­sa­tion ac­cuse une lé­gère hausse, même si les chiffres pré­sen­tés par le Mi­nis­tère de l’in­té­rieur (40 500 dans tout le pays dont 5000 à Pa­ris) et les «gi­lets jaunes» (127 212 dans l’hexa­gone) re­lèvent plus de la pro­pa­gande que de la comp­ta­bi­li­té.

Le test que de­vaient su­bir le nou­veau pré­fet de po­lice Da­niel Lal­le­ment et le mi­nistre de l’in­té­rieur Ch­ris­tophe Cas­ta­ner – très af­fai­bli après sa ges­tion ca­tas­tro­phique de l’acte XVIII – se ré­vèle donc po­si­tif. Une nou­velle jour­née d’émeute au­rait sans doute coû­té sa place au mi­nistre. Il faut dire que les au­to­ri­tés ont mis le pa­quet: in­ter­dic­tion de toute ma­ni­fes­ta­tion sur les Champs-ély­sées et mo­bi­li­sa­tion mas­sive de gen­darmes sur les quatre lieux de pro­tes­ta­tion de la ca­pi­tale. Le nou­veau pré­fet de po­lice a éga­le­ment ren­for­cé les contrôles pré­ven­tifs; la po­lice en an­nonce pas moins de 6825 qui ont abou­ti à 70 in­ter­pel­la­tions.

En pro­vince, cet acte XIX s’est éga­le­ment conclu sans heurts ma­jeurs, si ce n’est à Nice où une sep­tua­gé­naire a été lé­gè­re­ment bles­sée lors d’une charge de CRS.

Ver­sion fé­mi­nine

Le sit-in du Tro­ca­dé­ro a mon­tré un vi­sage par­ti­cu­liè­re­ment pa­ci­fique du mou­ve­ment. Par­mi la cen­taine de ma­ni­fes­tants, les femmes do­minent en nombre. Le jour­na­liste y est ai­ma­ble­ment ac­cueilli. Le pro­pos se veut dé­ter­mi­né sans être violent. Mais le pré­sident Ma­cron reste l’ob­jet d’une dé­tes­ta­tion gé­né­rale, pro­fonde et, de toute évi­dence, du­rable. Tous les in­ter­lo­cu­teurs le per­çoivent comme l’em­blème «de cette oli­gar­chie qui gou­verne la France contre les Fran­çais de­puis des an­nées», pour re­prendre l’ex­pres­sion d’une ma­ni­fes­tante. Mais alors, qui mettre à la place de l’ac­tuel pré­sident? Le gé­né­ral Pierre de Villiers, comme le ré­cla­mait un porte-pa­role du mou­ve­ment, Ch­ris­tophe Cha­len­çon? «Ah non, sur­tout pas!» s’ex­clame une autre mi­li­tante, em­ployée dans le ter­tiaire. «Vous sa­vez, notre mou­ve­ment va du­rer long­temps. Nous avons connu de fortes mo­bi­li­sa­tions, puis de plus faibles. Mais nous sommes tou­jours là. Et chez les «gi­lets jaunes», ce sont les femmes qui sont sou­vent en tête. Nous sa­vons être pa­tientes. Au fil du temps émer­ge­ront des per­son­na­li­tés qui se­ront ca­pables de nous dé­bar­ras­ser de l’oli­gar­chie.» «Mon­sieur Re­né», l’un des or­ga­ni­sa­teurs des ma­nifs pa­ri­siennes, l’ap­prouve: «J’ai 62 ans et suis prof. Je vis plu­tôt bien. Mais je vois tous les jours des gens qui doivent se res­treindre sur la nour­ri­ture pour sur­vivre. Et ça, ce n’est pas to­lé­rable dans un pays riche!»

Bon­net phry­gien

Les ré­sul­tats d’un ré­cent son­dage IFOP montrent que les Fran­çais gardent la tête près du bon­net phry­gien: 39% es­timent que la ré­vo­lu­tion est le meilleur moyen de chan­ger leur si­tua­tion. Com­pa­rée à d’autres pays (20% en Al­le­magne, 13% en Es­pagne), la France est le seul à pré­sen­ter au­tant de «ré­vo­lu­tion­naires», qui se re­crutent sur­tout au Ras­sem­ble­ment na­tio­nal de Ma­rine Le Pen (71%) et à la France In­sou­mise de Jean-luc Mé­len­chon (67%).

Cette dis­po­si­tion d’es­prit par­ti­cu­lière de­vrait convaincre les di­ri­geants fran­çais que la sé­quence «gi­lets jaunes» est sans doute loin de connaître son clap de fin.

Les cor­tèges bon en­fant d’hier ont suc­cé­dé aux vio­lences de la se­maine pas­sée. Mais quatre Fran­çais sur dix sou­haitent la ré­vo­lu­tion.

Fran­cois Guillot/afp

A Pa­ris, les dé­fi­lés du week-end se sont dé­rou­lés dans le calme.

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