Pe­ter Bra­beck res­sus­cite une montre de la Vienne im­pé­riale

Le Matin Dimanche - - MONDE - IVAN RADJA

L’homme d’af­faires est à Ba­sel­world pour ac­com­pa­gner les montres Carl Su­chy & Söhne. Une marque née sous l’em­pire, qui a sé­duit l’an­cien CEO de Nest­lé, fi­dèle à ses ori­gines au­tri­chiennes.

Il est ve­nu en hé­li­co­ptère, pas en PC-27, le jet de Pi­la­tus qu’il s’est of­fert l’an pas­sé, mais dans les deux cas, lors­qu’il pi­lote, c’est avec une Breit­ling au poi­gnet. Pe­ter Bra­beck pos­sède aus­si, entre autres, une Jae­ger-le­coultre, une Pa­tek Phi­lippe, une Tis­sot aus­si, mais c’est avec son propre garde-temps qu’il a fait, cette an­née, le dé­pla­ce­ment de Ba­sel­world. Une marque his­to­rique, Carl Su­chy & Söhne, qui plonge ses ra­cines au coeur de l’em­pire d’au­triche. «Il y a les montres que l’on porte pour leurs fonc­tions, d’autres que l’on sou­tient pour leur in­no­va­tion tech­no­lo­gique, et celles que l’on choi­sit pour des rai­sons émo­tion­nelles», confie l’ex-ceo et pré­sident de Nest­lé.

Une montre lé­gen­daire

Au­tri­chien d’ori­gine, au­tri­chien de coeur, il n’a ja­mais pris une autre na­tio­na­li­té. Et s’est tout de suite mon­tré in­té­res­sé lorsque Ro­bert Pun­ken­ho­fer, spé­cia­liste de l’art et du de­si­gn de re­nom­mée in­ter­na­tio­nale, ba­sé à Vienne, lui pro­pose d’in­ves­tir dans cette marque qu’il a ra­che­tée en 2017. Pe­ter Bra­beck, prin­ci­pal ac­tion­naire, ré­agit aus­si en pro­fes­sion­nel: «En tant qu’homme de marque et de mar­ke­ting, j’ai tout de suite vu l’in­té­rêt de ra­me­ner à la vie une griffe au­then­tique, qui n’est pas is­sue de nulle part, et qui, en son temps, était en po­si­tion de lea­der­ship mon­dial.» Créée en 1822 par Carl Su­chy, elle compte dans son «por­te­feuille» des clients très pres­ti­gieux, tels que Sig­mund Freud, l’em­pe­reur Fran­çois-jo­seph et sa femme, l’im­pé­ra­trice Éli­sa­beth. «J’aime bien Sis­si, sou­rit Pe­ter Bra­beck. Et si je dois choi­sir une sta­tue, je penche da­van­tage pour celle de Ter­ri­tet, qui cor­res­pond à une pé­riode heu­reuse de sa vie, plu­tôt que celle de Ge­nève, liée à sa fin tra­gique.»

«Le châ­teau de Schön­brunn est l’un des sites les plus vi­si­tés au monde, no­tam­ment par les Asia­tiques, ama­teurs de belle hor­lo­ge­rie»

Fa­bri­ca­tion suisse

Les mo­dèles ac­tuels de Carl Su­chy & Söhne ont, il tient à le sou­li­gner, un lien avec la Suisse, puisque en­tiè­re­ment conçus et as­sem­blées ici, avec des mou­ve­ments de la Ma­nu­fac­ture Vau­cher, de Fleu­rier (NE). Un pont, à nou­veau, entre pas­sé et pré­sent: au temps de sa splen­deur, la marque était ba­sée à Vienne, Prague et La Chaux-de-fonds, où un ate­lier est ou­vert dès 1852. Elle de­vait s’éteindre avec la fin de l’au­triche-hon­grie, il y a un siècle, mais aus­si, dit l’his­toire plus of­fi­cieuse, en rai­son de l’ad­dic­tion au jeu de la des­cen­dante de Carl Su­chy. Le monde d’hier, cher à Ste­fan Zweig, se dis­sout comme un sucre dans l’ab­sinthe trou­blée de ce dé­but du XXE siècle, où la Vienne ar­tis­tique jette ses der­niers feux. L’ac­tuel mo­dèle, la Waltz N° 1, se veut le re­flet aus­si bien du ba­roque im­pé­rial que des avant-gardes des an­nées 1900. «Voyez l’or, qui rap­pelle la mo­nar­chie et l’époque Bie­der­meier, mais aus­si ces mo­tifs en fond de ca­dran, qui évoquent la pa­lette de Klimt», dé­taille Pe­ter Bra­beck. Ro­bert Pun­ken­ho­fer ren­ché­rit: «Cette montre est aus­si un hom­mage au père de l’ar­chi­tec­ture mo­derne, l’au­tri­chien Adolf Loos, maître du dé­pouille­ment!»

Pour ama­teurs éclai­rés

Carl Su­chy & Söhne ne sort qu’une cin­quan­taine de pièces par an­née, et la Waltz N° 1, dont la ver­sion sque­lette est pré­sen­tée en pre­mière à Ba­sel­world, est af­faire de col­lec­tion­neurs. À l’agen­da, plus de 80 ren­dez­vous avec des dé­taillants et des col­lec­tion­neurs, sé­duits par l’au­ra his­to­rique de la marque. Un simple stand mi­nia­ture dans l’en­ceinte du Swiss Crea­tive Lab, dans l’hô­tel Hy­pé­rion, à deux pas de la halle de Ba­sel­world, suf­fit am­ple­ment. «La plu­part des Au­tri­chiens sont fiers de l’em­pire, cette Eu­rope avant l’heure, mais la ré­fé­rence à la Vienne im­pé­riale fas­cine tou­jours au-de­là des fron­tières, glisse Pe­ter Bra­beck. Le châ­teau de Schön­brunn est l’un des sites les plus vi­si­tés au monde, no­tam­ment par les Asia­tiques, par ailleurs ama­teurs de belle hor­lo­ge­rie.»

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Une an­cienne montre à gous­set de Carl Su­chy & Söhne (XIXE siècle).

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La Waltz N° 1, ver­sion sque­lette, en or: 38 500 eu­ros.

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