Mon pe­tit pous­sin

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES -

Cou­leur de fond, ca­drage, mou­lures du bois, le brave Hel­vète en nous re­père im­mé­dia­te­ment l’at­mo­sphère fé­dé­rale. On est, bien sûr, au Con­seil na­tio­nal, avec le genre d’images qu’on voit de­puis plu­sieurs dé­cen­nies et qui pour­raient nous plon­ger dans un lé­ger co­ma d’en­nui si ce n’était une pe­tite dif­fé­rence: ici, la po­li­ti­cienne s’est mu­nie d’un ac­ces­soire. Jaune, mi­gnon, gour­mand, bec brun et plu­mage do­ré, une vo­laille cho­co­la­tée. À l’es­pé­rance de vie li­mi­tée: quelques se­condes plus tard, Isa­belle Che­val­ley (VL/ VD) va la bri­ser de sa main de fer. Crac. Fi­gu­rant ain­si le broyage des pous­sins mâles vi­vants contre le­quel elle se bat.

Car le sort du pous­sin mas­cu­lin est cruel: per­sonne n’en veut. Il ne pond pas d’oeuf et on ne le mange pas. La Suisse en tue 3 mil­lions par an­née et il semble la moindre des choses, en ef­fet, d’in­ter­dire dé­sor­mais de le faire en les broyant vi­vants.

Le dé­bat de cette se­maine a fait plon­ger dans l’uni­vers de la pro­duc­tion de pou­lets au point de conver­tir dé­fi­ni­ti­ve­ment au vé­ga­nisme. Des chiffres d’abat­tage par mil­lions, notre in­ca­pa­ci­té à ad­mettre d’autres goûts ou d’autres prix, les es­sais pour sé­lec­tion­ner le sexe dans l’oeuf. Un monde ver­ti­gi­neux. Qui n’a pas fi­ni de nous im­po­ser ses pa­ra­doxes: certes, ga­zer les pous­sins les fe­ra moins souf­frir que les broyer, mais c’est plus pol­luant. Le res­pect de la vie contre l’en­vi­ron­ne­ment. Dé­ci­dé­ment, l’époque court après la lo­gique comme une poule sans tête.

RTS

Tri­bune du Con­seil na­tio­nal, 21 mars, la Verte li­bé­rale vau­doise Isa­belle Che­val­ley s’ex­prime contre le broyage des pous­sins mâles vi­vants.

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