Cli­mat: la science n’est pas une dé­mo­cra­tie

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES - Fran­çois Schal­ler

Quelle cor­vée de de­voir épi­lo­guer sur le phé­no­mène Gre­ta Thun­berg, l’ado­les­cente un peu au­tiste qui fait tel­le­ment pen­ser au no­na­gé­naire Sté­phane Hes­sel et à ses in­di­gnés du dé­but de dé­cen­nie. Des pro­pos tout en aplomb, en sim­pli­ci­té, de grands ras­sem­ble­ments li­mite New Age sur le thème du propre en ordre. Une sorte de car­na­val in­ver­sé, où les niai­se­ries les plus plates de­viennent aus­si­tôt une ques­tion de vie ou de mort.

On ne va pas s’api­toyer, en re­vanche, sur les ré­gi­ments de cher­cheurs et de scien­ti­fiques qui ont sai­si cette oc­ca­sion d’exis­ter au-de­là de leurs pe­tites spé­cia­li­tés abs­conses et sub­ven­tion­nées. L’ef­fet de masse semble être la seule chose qu’ils aient à faire va­loir dans cette af­faire, mais est-ce bien né­ces­saire de se sen­tir ma­jo­ri­taire pour convaincre de la cau­sa­li­té an­thro­pique des chan­ge­ments cli­ma­tiques? La science n’est pas une dé­mo­cra­tie. Cer­tains se sont même plaints d’être mal­trai­tés sur les ré­seaux so­ciaux. Bien­ve­nue dans la vraie vie, a-t-on en­vie de leur dire.

Quand on ne fait pas la dif­fé­rence entre un mo­dèle mé­téo­ro­lo­gique et une contrainte po­li­tique, il ne faut pas s’at­tendre à ne re­ce­voir que des mes­sages de sym­pa­thie.

Les chan­ge­ments at­mo­sphé­riques sont de­ve­nus pré­textes à toutes sortes de pe­tits et grands dé­lires de fin de monde, mais tout n’est cer­tai­ne­ment pas à je­ter dans ce fa­tras sen­ten­cieux. Les pro­cé­dures ju­di­ciaires ou­vertes un peu par­tout dans le monde ne le per­met­traient pas. Il y en a près d’un mil­lier contre des en­tre­prises, des

États amé­ri­cains et les États-unis eux-mêmes, pour­tant loin d’être in­ac­tifs dans les ré­duc­tions d’émis­sions de gaz à ef­fet de serre.

Va­li­dé par la Cour su­prême, le cé­lèbre cas Ju­lia­na ver­sus USA est tou­jours en at­tente de ju­ge­ment après plu­sieurs ten­ta­tives d’obs­truc­tion des ad­mi­nis­tra­tions Oba­ma et Trump. L’an der­nier, la ville de New York a, de son cô­té, échoué dans sa vo­lon­té de faire payer à des com­pa­gnies pé­tro­lières cer­tains dé­gâts dus au ré­chauf­fe­ment.

Les Pays-bas ont été condam­nés en pre­mière ins­tance à ré­duire leurs émis­sions de 25% sur la pé­riode 1990 à 2025. Le ju­ge­ment a été confir­mé ré­cem­ment par la Cour in­ter­na­tio­nale de Jus­tice de La Haye. Le Pa­kis­tan ou en­core la Co­lom­bie ont aus­si été re­con­nus cou­pables de vio­la­tion de cer­tains droits fon­da­men­taux: à la vie, à la san­té, à la pro­prié­té.

Toutes ces pro­cé­dures ren­voient, d’une ma­nière ou d’une autre, à la Con­ven­tion-cadre des Na­tions Unies sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques (1992). Cet acte a, en fait, créé un droit cli­ma­ti- que in­ter­na­tio­nal au­quel se ré­fère l’ac­cord de Pa­ris (2016). Il n’est même plus né­ces­saire pour un État de s’en­ga­ger sur des ob­jec­tifs pour être for­mel­le­ment ac­cu­sé de ne pas s’y confor­mer.

Nul ne sait où mè­ne­ront ces étranges évo­lu­tions. La cli­ma­to­ma­nia thun­ber­guienne n’es­telle qu’une ma­nière de meu­bler un vide po­li­tique et mé­dia­tique après Fu­ku­shi­ma et la vague de ter­ro­risme is­la­mique? En at­ten­dant l’émer­gence d’un pro­chain grand dan­ger sus­cep­tible de faire vrai­ment peur dans les chau­mières?

C’est l’im­pres­sion qu’elle donne à ce stade, mais il y au­ra tou­jours un doute. Et s’il ne reste rien de cette bulle cli­ma­tique dans quelques an­nées, la jus­tice au­ra au moins bé­né­fi­cié d’une bonne oc­ca­sion de tes­ter ses li­mites et sa propre ré­si­lience. Parce qu’à force de bras­ser et de tout mé­lan­ger, on en vient à se de­man­der si sa len­teur ne se­rait pas de­ve­nue, elle aus­si, un obs­tacle à la sur­vie de l’es­pèce.

Cette chro­nique est as­su­rée en al­ter­nance par Lio­nel Baier, Claude-in­ga Bar­bey, Ch­ris­tophe Gal­laz, Alain Re­be­tez et Fran­çois Schal­ler

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