Al­lu­més

Le Matin Dimanche - - MÉTÉO -

Donc, les «sup­por­ters» qui ont mis le feu à une tri­bune de Tour­billon sont des vic­times… In­té­res­sante conclu­sion d’un groupe de sym­pa­thi­sants épars, dont cer­tains ont osé l’ana­lo­gie avec les gi­lets jaunes – au risque de confondre un brave smi­card et un pauvre connard. Des vic­times, donc… Vic­times d’un club qui ne les écoute pas; mais qu’ont-ils de si in­té­res­sant à dire sur la ges­tion de cin­quante em­ployés, eux qui ne gèrent même pas leurs émo­tions? Vic­times d’une équipe qui ne se bouge pas le po­po­tin, quand le leur, à voir la pho­to, semble prô­ner la sta­bi­li­té. Vic­times d’un pré­sident qui se dore la pi­lule pen­dant un match ca­pi­tal, tan­dis qu’eux­mêmes tra­versent la Suisse dans un car qui pue la bière bon mar­ché et le vo­mi de mau­vaise fac­ture (co­chons de payants). Amu­sante, d’ailleurs, cette fa­çon de consi­dé­rer qu’un sup­por­ter boive fa­ta­le­ment de la mau­vaise bière sur un siège râ­pé, avec des pos­tures de Co­sette en sur­vêt’, comme s’il n’y avait pas moyen de faire au­tre­ment.

Rap­pe­lons aus­si qu’en mai de l’an­née der­nière, ces mêmes «sup­por­ters» de GC (qui ve­naient pour­tant de ga­gner à Lau­sanne en pré­sence d’un pré­sident plu­tôt pâle) avaient dé­mo­li plu­sieurs wa­gons CFF, en avaient même chas­sé le per­son­nel à coups de ca­nettes dé­gou­pillées et de bor­bo­rygmes rus­tiques, avant que le train hors de contrôle ne soit stop­pé en gare de Cha­vor­nay par une haie de po­li­ciers har­na­chés.

On peut se ra­con­ter plein d’his­toires, s’in­ven­ter plein de cou­pables à pu­nai­ser sur son mur des la­men­ta­tions, la réa­li­té est que les van­dales ne sont pas de vrais sup­por­ters, comme on vou­drait nous les pré­sen­ter avec une sorte de ro­man­tisme bou­gon-bo­hème. Ce n’est là qu’un choeur de braillards, chan­teurs à la gueule de bois, plan­qués der­rière des slo­gans fa­ciles et des fripes uni­formes; tous pa­reils, à faire pas­ser leur vo­mi pour un re­jet de la so­cié­té et leur chef en ca­puche La­coste pour un des­cen­dant du Che, alors qu’il des­cend seule­ment du singe – s’il ne re­monte pas un peu.

Des vrais sup­por­ters, ailleurs, ont or­ga­ni­sé des boy­cotts durs et des dé­ni­gre­ments ha­biles, des ré­pres­sions éco­no­miques ou mé­dia­tiques, ont re­pris le club ou en ont créé un autre, ont fait chan­ger des lo­gos ou des lignes en­tières, ont exer­cé une vraie pres­sion, pen­sée, or­ches­trée, achar­née. C’est ce qu’on ap­pelle un mou­ve­ment d’op­po­si­tion.

Ceux qui mettent le feu à des tri­bunes ne sont ja­mais que des al­lu­més, et la mé­dia­ti­sa­tion du foot­ball les met en lu­mière avec une in­ten­si­té que leur propre éclat, sou­vent, ne sau­rait leur of­frir. C’est un ego trip: si les lo­tos étaient re­trans­mis à la té­lé­vi­sion, ils iraient brû­ler des car­tons. Pour cette seule rai­son, ces­sons de croire que la ba­garre gé­né­rale et l’iras­ci­bi­li­té de masse sont une ré­ponse à l’in­com­pé­tence. Elles sont l’in­com­pé­tence.

«Tous pa­reils, à faire pas­ser leur vo­mi pour un re­jet de la so­cié­té et leur chef en ca­puche La­coste pour un des­cen­dant du Che»

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