Le 2e pi­lier pé­na­lise trop les femmes

RE­TRAITES De nom­breuses femmes qui ont tra­vaillé à temps par­tiel connaissent des dif­fi­cul­tés à la re­traite. La conseillère na­tio­nale Va­lé­rie Piller Car­rard ap­pelle le Conseil fé­dé­ral à agir.

Le Matin Dimanche - - SUISSE - CA­RO­LINE ZUERCHER

Ma­dame X, la qua­ran­taine, tra­vaille à 40% et gagne 30 000 francs par an. À la re­traite, elle de­vrait tou­cher chaque mois une rente du 2e pi­lier de… 97 francs. Cet exemple est four­ni par Alain Sa­la­min, char­gé de cours à l’uni­ver­si­té de Lau­sanne et à L’IMD. Il illustre un pro­blème: les femmes ont sou­vent un par­cours pro­fes­sion­nel moins ré­gu­lier que les hommes et elles le paient lour­de­ment après 64 ans. Le 19 mai, les Suisses vo­te­ront sur un fi­nan­ce­ment ad­di­tion­nel de L’AVS. Des so­lu­tions se des­sinent pour le 1er pi­lier, mais les choses stag­nent pour le 2e. Pour la conseillère na­tio­nale Va­lé­rie Piller Car­rard (PS/FR), il y a ur­gence. Elle vient de dé­po­ser un pos­tu­lat.

Les femmes sont moins nom­breuses à tou­cher un 2e ou un 3e pi­lier. En 2015, 31,5% des re­trai­tées per­ce­vaient uni­que­ment L’AVS, contre 17% des re­trai­tés. «La rente AVS la plus éle­vée est de 2370 francs par mois pour une per­sonne seule, sou­ligne Ju­dith Bu­cher, porte-pa­role de Pro Se­nec­tute Suisse. Même avec ce montant maxi­mal, on ne peut pas vivre et on doit re­cou­rir aux pres­ta­tions com­plé­men­taires.» En outre, la rente an­nuelle de pré­voyance pro­fes­sion­nelle des re­trai­tées s’éle­vait en moyenne à 18 627 francs en 2016, contre 35 917 francs pour les hommes.

Ces dif­fé­rences sont liées au fait que les femmes gagnent moins d’ar­gent du­rant leur car­rière – parce qu’elles sont à temps par­tiel, ont des par­cours en­tre­cou­pés ou touchent des sa­laires moins éle­vés. Or l’écart s’élar­git à la re­traite, re­le­vait ré­cem­ment Alain Sa­la­min dans «Le Temps». En 2016, les femmes ga­gnaient 19,6% de moins que les hommes dans le sec­teur pri­vé, 16,7% de moins dans le pu­blic. Pour le 2e pi­lier, la dif­fé­rence était pra­ti­que­ment de 50%. La si­tua­tion change d’une gé­né­ra­tion à l’autre, mais les règles de la pré­voyance pro­fes­sion­nelle pé­na­lisent aus­si les temps par­tiels. Ain­si, seules les per­sonnes qui touchent d’un même pa­tron au moins 21 330 francs par an sont sou­mises aux co­ti­sa­tions du 2e pi­lier. Et chaque em­ployeur peut dé­duire 24 885 francs du sa­laire sou­mis aux co­ti­sa­tions (c’est la dé­duc­tion de coor­di­na­tion, lire ci-contre).

«Notre sys­tème de pré­voyance pro­fes­sion­nelle fonc­tionne pour celles et ceux qui ont un revenu stable et assez éle­vé du­rant toute leur car­rière pro­fes­sion­nelle, com­mente Sébastien Mer­cier, se­cré­taire gé­né­ral de Dettes conseils Suisse, la faî­tière des ser­vices de désen­det­te­ment à but non lu­cra­tif. Il ne tient pas compte de la réa­li­té so­ciale ac­tuelle.» Va­lé­rie Piller Car­rard juge, elle aus­si, que les règles sont dé­pas­sées. Le pro­jet Pré­voyance vieillesse 2020, qui avait été adop­té par le par­le­ment, en­vi­sa­geait des me­sures pour aug­men­ter les mon­tants épar­gnés par les faibles re­ve­nus. Mais le pa­quet, qui pré­co­ni­sait aus­si d’aug­men­ter l’âge de la re­traite des femmes, a été re­je­té par 52,7% des vo­tants en sep­tembre 2017.

«De­puis ce re­fus, rien ne bouge sur le plan de la pré­voyance pro­fes­sion­nelle», re­grette la conseillère na­tio­nale. Dans son pos­tu­lat, elle de­mande un rap­port et avance plu­sieurs pistes pour amé­lio­rer la si­tua­tion des femmes. Elle pro­pose une plus forte par­ti­ci­pa­tion des em­ployeurs à la pré­voyance pro­fes­sion­nelle, un abais­se­ment du revenu mi­ni­mal don­nant ac­cès au 2e pi­lier ou une ré­duc­tion du montant de coor­di­na­tion. Elle sug­gère aus­si d’in­tro­duire des bo­ni­fi­ca­tions pour les tâches édu­ca­tives et d’as­sis­tance. «D’autres me­sures peuvent être prises. Je laisse au Conseil fé­dé­ral le soin d’exa­mi­ner la si­tua­tion et de re­gar­der quelles sont les so­lu­tions pos­sibles.»

L’an der­nier, le Conseil na­tio­nal a don­né suite à une ini­tia­tive parlementaire de Ch­ris­ta Mark­wal­der (PLR/BE), de­man­dant de mo­di­fier le sys­tème. Le but est no­tam­ment que les per­sonnes qui cu­mulent plu­sieurs temps par­tiels paient des co­ti­sa­tions du 2e pi­lier. «Il y a un cer­tain consen­sus au par­le­ment sur le fait qu’il faut agir, conclut Va­lé­rie Piller Car­rard. Mais main­te­nant, il faut pas­ser aux actes!»

«Il y a un cer­tain consen­sus au par­le­ment sur le fait qu’il faut agir. Mais main­te­nant, il faut pas­ser aux actes!» Va­lé­rie Piller Car­rard, conseillère na­tio­nale (PS/FR)

Va­lé­rie Piller Car­rard (PS/FR) juge le sys­tème ac­tuel dé­pas­sé. Elle de­mande au Conseil fé­dé­ral d’étu­dier les so­lu­tions pos­sibles.

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