Des Andes à la’ ma­zo­nie

Le Matin Dimanche - - VOYAGES -

À cheval sur les deux hé­mi­sphères, l’équa­teur pa­nache ar­chi­tec­ture co­lo­niale, culture an­dine, cimes épous­tou­flantes et moi­teur ama­zo­nienne, sous le signe de l’au­then­ti­ci­té in­dienne. Un conden­sé des pay­sages et des am­biances de l’amé­rique la­tine, la quié­tude en plus.

TEXTES: JEAN-BER­NARD CARILLET PHO­TOS: STA­NIS­LAS FAUTRÉ

La­ti­tude 0° 0’ 0”. Tout voyage en Équa­teur fait étape au mo­nu­ment de la Mi­tad del Mun­do («moi­tié du monde»), le site of­fi­ciel qui marque la ligne équi­noxiale sé­pa­rant le globe ter­restre en deux moi­tiés ri­gou­reu­se­ment égales. Cam­pés de part et d’autre de cette dé­mar­ca­tion ima­gi­naire, un pied dans l’hé­mi­sphère Nord, l’autre dans l’hé­mi­sphère Sud, les vi­si­teurs sa­cri­fient au ri­tuel du sel­fie.

Cette pe­tite gri­se­rie sym­bo­lique as­sou­vie, cap sur Qui­to, la ca­pi­tale, à moins

d’une de­mi-heure de route. Si les mé­ga­poles sud-amé­ri­caines sus­citent sou­vent une cer­taine dé­fiance, Qui­to pro­voque l’ef­fet in­verse. Il émane d’elle des éner­gies bien­veillantes et une im­pres­sion de tran­quilli­té char­meuse. Cette at­mo­sphère apaisante tranche avec son cadre na­tu­rel, très ac­ci­den­té. Prise en te­nailles entre deux chaînes vol­ca­niques, la ville se dé­vide, ser­pen­tine, sur plus de 50 ki­lo­mètres du nord au sud sur un haut pla­teau, à plus de 2800 mètres d’al­ti­tude. Comme as­pi­rée vers le ciel. Aux beaux jours, de­puis le bel­vé­dère de la Vierge ai­lée, à

3000 mètres, on vi­sua­lise le long ru­ban urbain bos­se­lé, do­mi­né par le co­los­sal vol­pa­ra­doxa­le­ment, can Gua­gua Pi­chin­cha et écla­bous­sé par la puissante lu­mière équa­to­riale. En contre­bas s’étale le coeur historique de Qui­to, cou­pé comme à la serpe par les dia­go­nales des ave­ni­das.

C’est l’un des plus beaux quar­tiers co­lo­niaux de toute l’amé­rique la­tine, ce qui lui a d’ailleurs va­lu le titre de pre­mier site cultu­rel (avec Cra­co­vie) ins­crit au Pa­tri­moine mon­dial de l’unes­co, en 1978. Nous pous­sons la porte de l’igle­sia de la Com­pañía de Jesús, joyau de l’art ba­roque, à une en­ca­blure de notre hô­tel. La fée­rie dé­co­ra­tive qui agré­mente l’in­té­rieur de cette église ache­vée au XVIIIE siècle est in­ouïe. Le re­gard s’af­fole, sa­tu­ré par le ruis­sel­le­ment des feuilles d’or qui re­couvrent les co­lonnes, les au­tels, les murs, les portes, tous re­haus­sés de mo­tifs flo­raux et géo­mé­triques. Non loin de là s’élève le couvent Saint-françois, une autre perle ar­chi­tec­tu­rale, qui toise une im­mense place pa­vée et pié­tonne. Pas­sé la lourde porte, un fray (frère) nous fait tra­ver­ser le vaste cloître qui en­serre un jar­din lu­mi­neux jus­qu’à l’église. Là en­core, l’or­ne­men­ta­tion dé­bri­dée et le dé­fer­le­ment des do­rures nous laissent sans voix.

mal­gré ses tré­sors ar­chi­tec­tu­raux, cette ville d’art et d’his­toire reste re­la­ti­ve­ment mé­con­nue. «Qui­to est une perle en­core confi­den­tielle, pour la­quelle nous devons réa­li­ser de gros ef­forts de pro­mo­tion», re­con­naît Saa­dia Sán­chez Ve­gas, la re­pré­sen­tante lo­cale de l’unes­co. Pour l’heure, au­cun risque de sur­tou­risme. Qui s’en plain­dra? Cer­tai­ne­ment pas les vi­si­teurs, qui dé­couvrent, éba­his, le fas­tueux pas­sé de la «Flo­rence des Andes», d’églises en ca­thé­drales, de cou­vents en mo­nas­tères et de places en pa­lais. Pour au­tant, rien n’est fi­gé dans ce mu­sée à ciel ou­vert; la vraie vie ir­rigue chaque coin de rue dans cet en­semble ar

La terrasse de l’hô­tel Ca­sa Gan­go­te­na offre une vue im­pre­nable sur la place et le couvent Saint-françois, dans le coeur historique de Qui­to, ca­pi­tale de l’équa­teur.

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