Pas si em­po­tées, les po­tées!

Le Matin Dimanche - - NATURE - GI­SÈLE VOEGELI

Le jar­di­nage en pots ou en bacs sur un mi­ni­bal­con ou une vaste terrasse per­met toutes les fan­tai­sies. À com­men­cer par la forme, la cou­leur et le ma­té­riau des conte­nants.

Il y a celle conviée pour un été, celle ins­tal­lée de­puis belle lu­rette, celle qui com­mence sa car­rière, celle qui semble morte et res­sus­cite mi­ra­cu­leu­se­ment, celle que l’on es­père ar­dem­ment, celle que l’on s’est pro­mis de sau­ver et celle que l’on n’at­ten­dait plus… Bref nos plantes en pots nous en font voir des vertes et des pas mûres, mais que fe­rait-on sans elles? Mettre les mains dans la terre tout en ha­bi­tant en ville, cultiver sur son bal­con si pe­tit soit-il et mal­gré un em­ploi du temps char­gé, voi­ci une autre ma­nière de jar­di­ner et de jar­di­ner sans re­te­nue ni préjugés avec beau­coup de créa­ti­vi­té.

La pra­tique, loin d’être un da­da éphé­mère de plus, che­mine au fil des nou­velles formes d’ha­bi­tat, des ten­dances es­thé­tiques et cu­li­naires. Du temps de ma grand­mère dé­jà, ren­trer les pots et sor­tir les pots re­pré­sen­tait pour moi, deux fois l’an, une affaire tout ce qu’il y a de plus sé­rieuse. On ne gas­pillait pas, et les po­tées vi­vaient des an­nées. À chaque fa­mille de plantes ses be­soins: les gé­ra­niums, ou plu­tôt les pé­lar­go­niums, som­no­laient en cave dès la Toussaint; les aro­ma­tiques pro­té­gées ré­sis­taient sur le bal­con le plus en­so­leillé; les an­nuelles li­bé­raient leurs graines pour les se­mis à ve­nir; quant aux fuch­sias, pom­miers d’amour et autres fri­leuses, ils cou­laient des jours heu­reux de no­vembre aux saints de glace dans nos chambres lu­mi­neuses mais non chauf­fées.

Au­jourd’hui, avec l’étrange évo­lu­tion tant des pra­tiques que du cli­mat, les étapes semblent plus dif­fi­ciles à dé­fi­nir. Des pi­voines en fleurs cô­toient les hor­ten­sias, les sauges fleu­rissent en pa­ral­lèle des mus­ca­ris, quant aux re­non­cules et an­co­lies, elles volent qua­si la vedette aux pri­me­vères! Cô­té mé­téo, ce n’est guère mieux, saint Bar­na­bé et toute sa confré­rie en ont bri­sé leurs ba­ro­mètres. Der­nière va­leur sûre: nos re­li­quats de lo­gique ter­rienne, et peu im­porte que son ori­gine soit ci­ta­dine ou ru­rale, car plus on la convoque, plus elle s’af­fine.

La mise en scène

Même peu re­gar­dantes, les plantes ont leurs exi­gences, que ce soit en termes d’ex­po­si­tion, de type de sub­strat ou de rus­ti­ci­té. Une fois ces dé­ter­mi­nants éta­blis pour le vé­gé­tal, le jar­di­nier peut dé­plier sa mise en scène toute per­son­nelle en fonc­tion du ou des es­paces à in­ves­tir, bal­con, bord de fe­nêtre ou terrasse: quelques pots épars, en­semble co­or­don­né ou mé­li-mé­lo, sur un pa­ra­pet, des bords de marches ou un mu­ret, dans un pa­tio, sur la pe­louse ou dans la cou­rette. Quel que soit l’en­droit, sou­haits et en­vies peuvent s’ex­pri­mer. Des­si­ner un ta­bleau vi­vant uni­que­ment dé­dié aux yeux, édi­fier un cache-mi­sère ou convier un souffle vé­gé­tal, créer un es­pace es­ti­val de vie ex­té­rieure, ac­cueillir oi­seaux et in­sectes de pas­sage, cultiver de pe­tites plantes po­ta­gères à gri­gno­ter sur le pouce, privilégier des dé­cors aux cou­leurs sai­son­nières, tout est ou­vert.

Pour que fé­li­ci­té rime avec sa­tis­fac­tion, vient en­suite le dilemme de la dis­po­ni­bi­li­té vi­sant à as­su­rer, au-delà de l’ins­tal­la­tion, le sui­vi an­nuel de ces doux édens. La ques­tion du plai­sir croise celle du temps libre: seul, en fa­mille, avec les en­fants, un mo­ment «bien-être» chaque jour, pas plus d’une fois par se­maine et

Jose An­to­nio Mo­re­no/get­ty Images

Aux pots et bacs en plastique, pré­fé­rer des conte­nants en ma­tières na­tu­relles, bois ou terre cuite, qui laissent res­pi­rer les vé­gé­taux.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.