Trois pe­tites Suis­sesses sont prises dans l’en­fer d’un camp sy­rien

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Une Ge­ne­voise qui était par­tie re­joindre Daech en 2016 est coin­cée avec ses trois filles dans un camp de 73 000 per­sonnes. Quel est son par­cours? Que va faire la Suisse pour les fillettes?

KURT PELDA ET TITUS PLATTNER Trois pe­tites Ge­ne­voises sont coin­cées dans l’en­fer boueux du camp d’in­ter­ne­ment d’al-hol, dans le nord-est de la Sy­rie. Elles ont 13, 7 et 1 ans. Se­lon les propres termes du CICR, qui ap­pro­vi­sionne la zone, près de 73 000 per­sonnes, dont 67 000 femmes et en­fants, «s’y en­tassent dans des condi­tions ex­trê­me­ment pré­caires».

Leur mère, Sa­hi­la F.*, née à Ge­nève et ori­gi­naire d’une pe­tite com­mune vau­doise au­des­sus de Morges, a re­joint l’or­ga­ni­sa­tion État is­la­mique (EI) en 2016. En jan­vier, elle a fait par­tie des der­nières étran­gères qui ont fui la bour­gade de Ba­ghouz, l’ul­time bas­tion du ca­li­fat dji­ha­diste tom­bé il y a quinze jours. Ses trois filles Ma­li­ka*, Ka­mar* et leur pe­tite soeur Fa­ria* sont de na­tio­na­li­té suisse. Les deux plus grandes sont nées et ont gran­di à Ge­nève. La Con­fé­dé­ra­tion et les au­to­ri­tés can­to­nales ana­lysent la si­tua­tion pour voir s’il est pos­sible de les ra­pa­trier, sa­chant que Ma­li­ka, l’aî­née, a été bles­sée à la jambe par un éclat d’obus.

Ces der­nières se­maines, des di­zaines d’en­fants sont morts de froid ou en rai­son des condi­tions dé­plo­rables qui pré­valent à Al-hol. Les filles de Sa­hi­la F. sont, elles aus­si, en dan­ger. Comment en est-elle ar­ri­vée-là? Pour­quoi, il y a deux ans, cette femme ré­ser­vée et dis­crète, au dire de son en­tou­rage, a-t-elle dé­ci­dé de quit­ter Ge­nève pour re­joindre Daech? Nous avons par­lé à une ving­taine de proches, d’amis ou de per­sonnes in­for­mées de la pro­cé­dure en Suisse et en Sy­rie, et avons eu ac­cès à de nom­breux do­cu­ments de l’en­quête. Voi­ci son his­toire.

Une Ge­ne­voise a quit­té la Suisse pour re­joindre Daech en août 2016. Elle est au­jourd’hui coin­cée avec ses trois filles dans un camp in­sa­lubre où s’en­tassent 73 000 per­sonnes, dont 90% sont des femmes et des en­fants. Comment en est-elle ar­ri­vée là? Et que fait la Suisse pour les fillettes?

Une en­fance entre deux eaux

Sa­hi­la F. voit le jour aux Hô­pi­taux uni­ver­si­taires de Ge­nève au prin­temps 1989 – un sa­me­di. Sa mère, Fran­çoise*, a gran­di entre Nyon, Morges et Ge­nève, et a vé­cu quelques an­nées en ré­gion pa­ri­sienne. Le père, Tu­ni­sien, tra­vaille dans un ate­lier d’hor­lo­ge­rie à Ge­nève. Un an et de­mi après la nais­sance de Sa­hi­la, un pe­tit frère vient agran­dir la fa­mille.

Le père est de confes­sion mu­sul­mane, mais il ne prie pas vrai­ment et ne va pas à la mos­quée. «La seule chose qu’il fai­sait, c’était le ra­ma­dan. Mais tout seul, dans son coin, dit au­jourd’hui Fran­çoise. Les en­fants, eux, n’ont ja­mais mis les pieds dans une église ou une mos­quée.»

Quand les en­fants ont 9 et 7 ans, les pa­rents se sé­parent. Le père boit un peu trop, connaît des pro­blèmes de san­té. Les en­fants vont le voir un week-end sur deux. Mais Sa­hi­la dit qu’elle le pré­fère à sa mère. À 11 ans, elle part vivre en France chez sa grand-mère ma­ter­nelle tan­dis que son pe­tit frère reste à Ge­nève. À son re­tour, âgée de 13 ans, Sa­hi­la in­tègre une classe pour

Ma­li­ka*, 13 ans, à g. sur la chaise rou­lante, et Ka­mar*, 7 ans, ont quit­té Ge­nève en 2016, en­le­vées par leur mère, Sa­hi­la F.* (à dr.). Dans les bras de cette der­nière, leur pe­tite soeur née en Sy­rie. La pho­to est un as­sem­blage ti­ré d’une vi­déo cir­cu­lant sur Fa­ce­book où l’on voit les quatre Suis­sesses le 30 ou le 31 jan­vier, quelques heures après qu’elles ont fui Ba­ghouz.

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