La ca­co­pho­nie des té­nors de L’UDC fait va­ciller le par­ti

À six mois des élec­tions fé­dé­rales d’oc­tobre, la pre­mière force po­li­tique du pays ac­cu­mule les dé­faites et se dé­chire sur sa stra­té­gie.

Le Matin Dimanche - - SUISSE - FLORENT QUIQUEREZ

Y a-t-il en­core un pi­lote à la tête de L’UDC? Le par­ti court de dé­faite en dé­faite. En trois se­maines, il a échoué dans sa re­con­quête d’un siège au Con­seil d’état vau­dois, su­bi une dé­cu­lot­tée aux élec­tions zu­ri­choises (ce qui a sus­ci­té le cour­roux de Ch­ris­toph Blo­cher, qui a exi­gé la tête de la pré­si­dence can­to­nale) et ac­cu­sé de lourdes pertes à Lu­cerne et à Bâle-cam­pagne. À six mois des fé­dé­rales, L’UDC est dos au mur. Ses cadres avancent à tâ­tons sur la stra­té­gie à adop­ter, quitte à se contre­dire. C’est sur le thème du cli­mat que la ca­co­pho­nie est la plus as­sour­dis­sante. Ré­agis­sant aux der­nières dé­faites, le pré­sident du par­ti, Al­bert Rös­ti (BE), a ac­cu­sé l’«hys­té­rie» cli­ma­tique am­biante. Res­pon­sable de cam­pagne pour la Suisse ro­mande, Os­kar Frey­sin­ger (VS) y voit car­ré­ment «une in­ven­tion des mé­dias». Quant à Ro­ger Köp­pel (ZH), maître à pen­ser du par­ti, il flirte avec les cli­ma­tos­cep­tiques, en af­fir­mant: «Le cli­mat change. C’est la na­ture.»

Les po­si­tions sont tran­chées, c’est sûr. Le pro­blème, c’est qu’elles ne sont pas par­ta­gées, no­tam­ment par la frange agra­rienne du par­ti. «On ne peut pas nier le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique et les pro­blèmes qui se­ront en­gen­drés, ré­torque Jean-pierre Grin (VD). En tant qu’agri­cul­teur je le vis chaque jour. Le par­ti ne peut pas dire: «Cir­cu­lez, il n’y a rien à voir.» Il doit se po­si­tion­ner avec des pro­po­si­tions po­si­tives pour des éco­no­mies d’éner­gie en évi­tant la sur­con­som­ma­tion gé­né­rale et en met­tant moins de ki­lo­mètres dans l’as­siette.» Vi­ce­pré­si­dente du par­ti, Cé­line Amau­druz (GE) ajoute: «Dire que le cli­mat c’est une hys­té­rie, ce n’est pas la ré­ponse que l’on doit don­ner aux gens qui s’in­quiètent lé­gi­ti­me­ment. Ça re­vient à re­fu­ser le dia­logue.»

«Ce sont les mé­dias qui montent en épingle l’an­goisse cli­ma­tique. Ils cherchent à glo­ba­li­ser les consciences» Os­kar Frey­sin­ger, chef de cam­pagne «La cam­pagne doit se concen­trer sur les thèmes tra­di­tion­nels de L’UDC, comme L’UE, les étran­gers et la fis­ca­li­té» Al­bert Rös­ti, pré­sident «En tant qu’agri­cul­teur, je res­sens le chan­ge­ment cli­ma­tique tous les jours. On ne peut pas le nier» Jean-pierre Grin, conseiller na­tio­nal «Il faut don­ner des ré­ponses aux pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures du peuple, comme le cli­mat et les primes ma­la­die» Cé­line Amau­druz, vice-pré­si­dente

«L’UDC n’a pas l’ha­bi­tude de perdre»

Pro­fon­dé­ment divisés sur la ques­tion cli­ma­tique, les cadres de L’UDC ne sont pas non plus sur la même lon­gueur d’onde concer­nant la stra­té­gie à mettre en place pour la cam­pagne en vue des fé­dé­rales. Os­kar Frey­sin­ger mise à fond sur la sou­ve­rai­ne­té avec l’ac­cord-cadre en ligne de mire. «Un pa­ri ris­qué, pré­vient Cé­line Amau­druz. La po­pu­la­tion a trois pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures. Sur la pre­mière, l’eu­rope, nous sommes clai­re­ment pro­fi­lés. Mais si on est un par­ti qui dé­fend le peuple, alors il faut aus­si don­ner des ré­ponses à ses deux autres in­quié­tudes: le cli­mat et les primes ma­la­die.» Pour elle, ce­la ne re­vient pas à re­tour­ner sa veste. «L’UDC a des so­lu­tions. Elles passent par la res­pon­sa­bi­li­té in­di­vi­duelle, alors que celles de la gauche ne sont que hausses de taxes ou d’im­pôts.»

Di­vi­sée, L’UDC se­rait-elle en crise? Cé­line Amau­druz re­fuse ce terme. «Il y a sim­ple­ment des vi­sions dif­fé­rentes.» Pour­tant, sous cou­vert d’ano­ny­mat, cer­tains té­nors sont très re­mon­tés. «L’UDC est en train de perdre toute sym­pa­thie au sein de la po­pu­la­tion, glisse un an­cien cadre. Nous sommes de­ve­nus le par­ti qui dit non à tout, et ne pro­pose rien. Si nous conti­nuons ain­si, on court à la ca­tas­trophe.» Et de ta­cler au pas­sage Ch­ris­toph Blo­cher: «Le coup de sac zu­ri­chois était né­ces­saire, mais le par­ti at-il en­core be­soin d’un roi tout-puis­sant?»

Ac­cu­lé, Al­bert Rös­ti ré­plique. «Nous de­vons mieux com­mu­ni­quer, c’est vrai. Il faut ex­pli­quer les consé­quences d’un ac­cord-cadre ou d’une po­li­tique cli­ma­tique ima­gi­née par les Verts. Le pre­mier se­rait dé­sas­treux pour l’in­dé­pen­dance du pays; la deuxième pé­na­li­se­rait lour­de­ment les mé­nages. L’UDC a une ligne claire: UE, fis­ca­li­té et étran­gers, et elle est par­ta­gée par l’écra­sante ma­jo­ri­té du par­ti. Mais il est évident que dans la si­tua­tion ac­tuelle, vous al­lez trou­ver des avis di­ver­gents.»

Reste que ces cri­tiques sur­prennent, dans un par­ti où la de­vise est plu­tôt «ali­gné cou­vert». «L’UDC n’a pas l’ha­bi­tude de perdre, ana­lyse le po­li­to­logue Pas­cal Scia­ri­ni. Ce­la fait vingt-cinq ans qu’elle dicte l’agen­da po­li­tique. Dès que la ma­chine se grippe, les voix dis­cor­dantes émergent.» Pour lui, L’UDC est face à un di­lemme. Soit gar­der le cap sur la ligne an­ti-im­mi­gra­tion et an­ti-eu­rope, afin de li­mi­ter les dé­gâts sur son socle élec­to­ral; soit sur­fer sur la vague du cli­mat pour élar­gir son po­ten­tiel, tout en sa­chant qu’elle n’au­ra ja­mais la cré­di­bi­li­té des éco­lo­gistes sur ce thème.

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