Clau­dine, 100 ans: «Je ne suis ja­mais ma­lade!»

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE -

Clau­dine ha­bite au 3e étage d’un co­quet im­meuble lau­san­nois. Au­tre­fois en­sei­gnante, cette fille de cen­te­naire (son père a vé­cu jus­qu’à 106 ans!) qui n’a eu ni ma­ri ni en­fant, nous dé­voile les se­crets de son mode de vie, pas­sé et pré­sent.

«Je me ré­veille chaque jour en es­sayant d’ac­cueillir la jour­née. Je com­mence par une heure de mé­di­ta­tion, puis je m’oc­cupe de mon mé­nage. Je traite mon cour­rier, je dé­jeune en mu­sique, je me fais à man­ger, avec moi tout prend deux fois plus de temps! Je m’adonne à la lec­ture, je joue par­fois du pia­no et je re­çois des vi­sites et des té­lé­phones. J’en­tre­tiens les re­la­tions que j’ai. Je sais écrire des SMS, mais c’est ma seule per­for­mance tech­nique! J’ai une vie quo­ti­dienne très ré­glée, mais il y a tou­jours des pe­tites choses in­at­ten­dues qui me ré­jouissent. Il m’ar­rive d’al­ler au mar­ché avec mon aide de mé­nage, au ci­né­ma, au concert ou au théâtre, avec qui veut bien m’ac­com­pa­gner. J’ai même ma place pour la Fête des vi­gne­rons! Toutes les deux se­maines, je vais man­ger dans une ca­fé­té­ria de quar­tier avec d’autres per­sonnes âgées. Au dé­but, les conver­sa­tions étaient rares, mais j’avais la convic­tion que je de­vais y re­tour­ner. Au fil du temps, j’ai éta­bli des liens. Je vais aus­si à la pa­roisse. Seule, je me dé­place uni­que­ment en taxi, et j’en pro­fite pour échan­ger quelques mots avec le chauf­feur, s’il en a en­vie.

J’ai eu plu­sieurs ac­ci­dents du­rant ma vie, je suis toute rac­com­mo­dée. Une fois, je suis al­lée à l’hô­pi­tal pour une bles­sure à la tête. Les mé­de­cins vou­laient me faire faire un scan­ner, mais je n’ai pas vou­lu. Si je n’ai pas pris la bonne dé­ci­sion et que je meurs, à mon âge, ce n’est pas une ca­tas­trophe! Je ne suis ja­mais ma­lade. Je prends très peu de mé­di­ca­ments, à part pour ma pres­sion qui est trop haute, ain­si que du cal­cium et des com­plé­ments ali­men­taires pour me ren­for­cer en hi­ver et au prin­temps. De­puis plu­sieurs an­nées, j’ai des dou­leurs ici et là. Mon mé­de­cin m’a conseillé de voir un neu­ro­logue, mais j’ai re­fu­sé. Il y a des bons et des mau­vais jours. Le corps a sa propre vie, il faut sa­voir l’écou­ter. J’ai re­mar­qué que je me sen­tais mieux lorsque je sor­tais de chez moi. Dès que je des­cends les es­ca­liers, tout va bien. Je les ap­pelle mes es­ca­liers thé­ra­peu­tiques. Je mange très sim­ple­ment, ja­mais de conserves ni de plats pré­pa­rés, et je ne fais au­cun ex­cès. Je ne bois ja­mais d’al­cool, ayant gran­di dans une fa­mille où on ne bu­vait pas. J’ai es­sayé la ci­ga­rette à 20 ans, mais j’ai très vite ar­rê­té.

Avec mon père, nous fai­sions beau­coup de marche. Je l’ai ini­tié au ski de fond lors­qu’il avait 80 ans. J’en ai fait moi-même jus­qu’à 95 ans, après j’avais peur des des­centes. Au­jourd’hui, je sai­sis toutes les oc­ca­sions pour mar­cher. Je ne dé­tiens pas le se­cret de ma lon­gé­vi­té, car vivre long­temps n’a ja­mais été le but de ma vie. Je vis un jour après l’autre en don­nant une va­leur et du sens à ce jour. Voir le verre à moi­tié plein, c’est aus­si une dé­ci­sion que j’ai prise. Le soir, avant de m’en­dor­mir, je dis mer­ci pour les belles choses de la jour­née.»

Yvain Ge­ne­vay

Fille de cen­te­naire, cette an­cienne en­sei­gnante va tou­jours au ci­né­ma, au théâtre... «J’ai même ma place pour la Fête des vi­gne­rons!»

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