Les charmes de la veste verte

Cette nuit, le vain­queur du Mas­ters d’au­gus­ta en­fi­le­ra pour la 71e fois la my­thique «Green Ja­cket». Voi­ci l’his­toire du vê­te­ment le plus ico­nique du sport mo­derne.

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES - MA­THIEU AE­SCH­MANN

SON ORI­GINE SA CONFEC­TION

Comme sou­vent avec le golf, tout com­mence par un voyage trans­at­lan­tique. Ce­lui de Bob­by Jones, le pre­mier monstre sa­cré des greens, sur la route de son Grand Che­lem en 1930. À quelques jours du Bri­tish Open, l’amé­ri­cain dîne au Royal Li­ver­pool Club de Hoy­lake et s’étonne de voir plu­sieurs de ses voi­sins porter des bla­zers rouges. «Jones était as­sis à cô­té de Ken­neth Sto­ker, l’un des ca­pi­taines du club, et il po­sa des ques­tions sur cette veste, ex­plique l’his­to­rien du golf Joe Pin­ning­ton à CNN. Alors Sto­ker lui fit cette pro­messe: si vous ga­gnez le tour­noi, je vous offre mon bla­zer.» Re­trai­té à son apo­gée, Bob­by Jones dessine en­suite le fa­bu­leux par­cours d’au­gus­ta (1933) tout en sug­gé­rant à son pre­mier pré­sident, Clif­ford Ro­berts, l’idée d’une te­nue dis­tinc­tive. Dès 1937, chaque membre du très sé­lect Au­gus­ta Na­tio­nal Golf Club re­çoit donc sa «Green Ja­cket», taillée chez Brooks Bro­thers à New York. Mal ac­cueillie par les ha­bi­tués trop chaude, trop verte – elle sert à dis­tin­guer sur le par­cours les membres du club des riches pro­prié­taires in­vi­tés, puis aide les ser­veurs à iden­ti­fier ce­lui qui paie­ra l’ad­di­tion. Il faut at­tendre 1949 pour que le vain­queur du Mas­ters la re­çoive en tro­phée. Pour réa­li­ser cette my­thique veste droite à trois bou­tons, il faut en­vi­ron 2,30 m de laine tro­pi­cale – mieux adap­tée au prin­temps en Géor­gie – teinte en vert Pan­tone 342 C. Sur son coût et la mai­son en charge de sa confec­tion, le club re­fuse de com­mu­ni­quer. Mais se­lon Ryan Ca­rey, peu­têtre le plus fin connais­seur de l’ob­jet, «plus de 90% des vestes taillées de­puis les an­nées 60 viennent de Hamilton Tai­lo­ring à Cin­cin­na­ti», qui la livre pour

250 dol­lars, mais après un mois d’at­tente. Comment l’an­cien vain­queur fait-il alors pour re­mettre une veste au nou­veau lau­réat juste après sa vic­toire, d’abord dans l’in­ti­mi­té de la «But­ler Ca­bin», puis face aux ca­mé­ras du monde en­tier? En réa­li­té, la «Green Ja­cket» de la cé­ré­mo­nie n’est qu’un em­prunt. Au ma­tin du der­nier tour, le co­mi­té es­time la taille des joueurs les mieux clas­sés et puise dans sa col­lec­tion (les membres laissent leur veste au club). Face aux flashes qui cré­pitent, le champion en titre balade la veste d’un autre. Il pro­cé­de­ra un mois plus tard à l’échange tant at­ten­du; pour en­fin en­fi­ler sa «Green Ja­cket» sur me­sure. Celle qui le fe­ra en­trer dé­fi­ni­ti­ve­ment dans l’his­toire de son sport.

Ro­bert Beck/get­ty images

La veste verte est re­mise au vain­queur du Mas­ters d’au­gus­ta, qui est seul au­to­ri­sé à la sor­tir du club pen­dant un an.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.