Mes soeurs

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES -

Au­jourd’hui, j’ai choi­si d’évo­quer une part im­por­tante de ma vie de femme et d’ath­lète: mes trois soeurs. Il y a quelque chose de très spé­cial entre nous. En fait, on est plus que des soeurs, on est vrai­ment des co­pines. On sort en­semble, on part en­semble en va­cances, on a tout le temps des pro­jets.

Il y a pas mal de dif­fé­rence d’âge entre l’aî­née Ka­luan­da, 28 ans, et la ca­dette Di­ta­ji, qui en au­ra 17 le mois pro­chain – entre les deux, il y a moi, 26 ans, et Mus­wa­ma, 23. Nous, les trois plus grandes, avons tou­jours tout fait pour ne pas ex­clure la «pe­tite der­nière», quitte à lui dire de fer­mer les yeux quand les sé­ries de­ve­naient un peu trop vio­lentes ou sexy. Mus­wa­ma vient de s’ins­tal­ler à Londres, mais elle a tou­jours sa chambre chez nos pa­rents, à Berne. J’ha­bite à quelques mi­nutes en voi­ture de chez eux. J’étais en co­lo­ca­tion avec Ka­luan­da jus­qu’en août pas­sé, mais elle vient de s’ins­tal­ler avec son co­pain… à cinq mi­nutes à pied de chez moi. On peut dire que nous sommes très proches, géo­gra­phi­que­ment aus­si.

Mes soeurs, je sais qu’elles se­ront tou­jours là, que je peux leur faire 100% confiance. Je peux leur par­ler de n’im­porte quel su­jet, même si je me ré­pète dix fois, je sais qu’elles m’écou­te­ront. Nous sommes très hon­nêtes, très di­rectes les unes en­vers les autres. Si on trouve que l’une d’entre nous a fait quelque chose de stu­pide, nous le lui di­rons.

Quand je suis de­ve­nue connue pra­ti­que­ment du jour au len­de­main, aux Eu­ro­péens de Zu­rich en 2014, le re­gard des gens a chan­gé, mais pas à la mai­son. C’était un sou­la­ge­ment. Je pense qu’il n’y a pas trop de risque en ce sens mais, si un jour je de­vais com­men­cer à me prendre la tête ou à de­ve­nir ar­ro­gante, elles se mo­que­raient tout de suite de moi. Elles se­raient là pour me re­ca­drer. Il n’y a pas d’in­té­res­se­ment, ni de ja­lou­sie. Je ne sais pas si c’est spé­cial ou nor­mal, mais chez nous, c’est comme ça. On a tou­jours ap­pris de nos pa­rents qu’il fal­lait par­ta­ger. Ka­luan­da, par exemple, quand je suis de­ve­nue plus ra­pide qu’elle à 14 ans, en était heu­reuse pour moi.

Par­mi les choses qui nous unissent, bien sûr, il y a la course, le sprint. Ka­luan­da a cou­ru jusque vers 16 ans, puis elle a ar­rê­té. Mus­wa­ma était moins ra­pide que moi, elle s’est dé­ve­lop­pée du­rant la pu­ber­té et, à par­tir de là, elle était tou­jours par­mi les meilleures de sa ca­té­go­rie d’âge. Mais elle n’a pas eu de chance, avec les bles­sures. Di­ta­ji, qui me res­semble beau­coup cor­po­rel­le­ment, est plus ra­pide que moi à 16 ans. Ça me fait plai­sir. La bonne nou­velle, en plus, c’est qu’elle est très forte sur les haies – en choi­sis­sant cette dis­ci­pline, elle se­ra moins com­pa­rée à moi, je pense que ce se­ra plus fa­cile pour elle.

Au ni­veau de l’ath­lé­tisme, j’ai un peu mon rôle d’exemple. Di­ta­ji sait qu’elle peut me po­ser des ques­tions, je lui donne des conseils, je par­tage mon ex­pé­rience. Mais je pense que cha­cun doit suivre son che­min. Alors je n’ai ja­mais trop vou­lu être celle qui dit comment il faut faire, qui donne des le­çons. Main­te­nant qu’on est plus âgées, on voit mieux les ca­rac­tères. Mus­wa­ma est la plus ri­go­lote, un peu folle, elle aime bien sor­tir, il faut tout le temps que ça bouge avec elle. Pour Di­ta­ji, c’est en­core dif­fi­cile de com­pa­rer. Mais elle a aus­si beau­coup d’éner­gie et sa tête bien à elle. Dans son style, sa fa­çon de s’ha­biller, ça nous change un peu. Ka­luan­da, qui est pro­fes­seur de sport et de fran­çais au gymnase, c’est la grande soeur ty­pique. Pe­tites, quand les pa­rents n’étaient pas là, c’était elle la cheffe. Pas dans le sens où elle di­ri­geait, mais elle pre­nait les res­pon­sa­bi­li­tés. C’est res­té. Elle veille tou­jours à ce que cha­cune de nous aille bien, elle or­ga­nise les choses, à com­men­cer par les cadeaux d’an­ni­ver­saire. En fait, c’est la plus gentille de nous quatre et c’est la seule à re­ce­voir son ca­deau en re­tard, vu qu’elle n’est pas là pour s’en oc­cu­per!

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