Cette Amé­rique or­phe­line de ses cham­pions

Il faut res­pec­ter l’his­toire, mais il ne faut pas vivre dans le pas­sé. À Austin, néan­moins, on re­joue «Il était une fois en Amé­rique»…

Le Matin Dimanche - - HOCKEY SUR GLACE -

Il y a une sorte de gran­deur pa­thé­tique qui plane sur le pad­dock, au­tour de cette piste qui est l’une des plus belles du monde, mais qui ne ga­ran­tit plus une sé­cu­ri­té nor­male aux pi­lotes tant les bosses, les vagues, sont nom­breuses, tou­jours plus pro­non­cées. Même sur la longue ligne droite, il y a dan­ger: «Deux fois, j’ai failli me re­trou­ver à terre. Il faut ra­pi­de­ment que quelque chose soit fait», confes­sait ain­si Tom Lü­thi ven­dre­di soir.

Le rêve amé­ri­cain? Le cau­che­mar, oui. Il y a vingt-cinq ans, les pi­lotes yan­kees se suc­cé­daient au pal­ma­rès. On cher­chait à per­cer leurs se­crets. «King Ken­ny», Mon­sieur Ro­berts, raillaient les Eu­ro­péens, ra­con­tait avec dé­lec­ta­tion qu’il avait en réserve une bonne ving­taine de jeunes es­poirs plus ra­pides que le meilleur des Con­ti­nen­taux. Il ne reste rien de ce­la. L’évé­ne­ment du week-end, c’est l’hom­mage gé­né­ral don­né à Nicky Hay­den, le der­nier Amé­ri­cain champion du monde, fau­ché il y a deux ans alors qu’il par­tait s’en­traî­ner à bi­cy­clette, en Ita­lie.

Hier, on a même res­sor­ti King Ken­ny, his­toire de pré­sen­ter une nou­velle paire de bottes à ses couleurs. Wayne Rai­ney, de­ve­nu pro­mo­teur du cham­pion­nat na­tio­nal, se dé­mène et sou­rit, ins­tal­lé dans sa chaise rou­lante. Ke­vin Sch­wantz? Le Texan ri­gole en mon­trant son ventre, bien­tôt aus­si gé­né­reux que le nôtre. Ils fai­saient rê­ver les fans, mais comme ils ne sont que des hommes, ils ont vieilli, comme tous, ou­bliant peut-être qu’ils n’étaient pas éter­nels. Ou­bliant que leur mo­dèle était de­ve­nu ob­so­lète.

Il y a certes eu des ten­ta­tives, mais la plu­part ont tour­né à l’échec. Et les Amé­ri­cains sont re­ve­nus chez eux, roulent entre eux, sur des cir­cuits qui in­ter­pellent les Eu­ro­péens qui viennent s’y mesurer, comme l’es­pa­gnol To­ni Elias, pre­mier champion du monde Mo­to2 de l’his­toire (2010).

En GP, il n’en reste qu’un, Joe Ro­berts – au­cun lien de pa­ren­té avec la fa­meuse fa­mille! Son ma­na­ger per­son­nel, Ethan But­bul, a ré­cu­pé­ré ce qu’il y avait de bon – une équipe tech­nique de très grande qua­li­té – dans les restes de la «dream team suisse» trans­for­mée en ma­chine à ne pas payer ses fac­tures par le Fri­bour­geois Fred Cor­min­boeuf. Seul problème, d’im­por­tance: per­sonne ne sait qui sont les par­te­naires fi­nan­ciers du nou­veau pa­tron. Et cette im­pres­sion, dé­jà, que l’his­toire n’est qu’un éternel re­com­men­ce­ment. Oui, il y a une sorte de gran­deur pa­thé­tique. Pas seule­ment dans le pad­dock. Pas seule­ment sur la piste. Mais bien dans le monde de la vi­tesse amé­ri­caine… JEAN-CLAUDE SCHERTENLEIB, AUSTIN

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