Quand la pen­sée fait pen­cher la balance

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE - FA­BIENNE ROSSET

On connaît le pou­voir de la pen­sée sur la gué­ri­son de cer­taines ma­la­dies. En ma­tière de surpoids, et à condi­tion de la ca­na­li­ser, elle peut aus­si ai­der.

Plon­ger gou­lû­ment sa cuillère à ré­pé­ti­tion dans un bac de glace un soir de so­li­tude ou se ruer sur un pa­quet de chips en ren­trant du bou­lot pour dé­com­pres­ser. Bonne nou­velle: ce n’est pas grave. Mieux, c’est même nor­mal. «Se pro­té­ger de ses émo­tions en man­geant n’est pas un com­por­te­ment anor­mal, nous le faisons tous. La nour­ri­ture peut ser­vir d’amor­tis­seur émo­tion­nel, de ré­gu­la­teur», confirme le Dr Gérard Ap­fel­dor­fer, psy­chiatre spé­cia­li­sé dans les troubles ali­men­taires. Le problème, c’est quand ce ré­con­fort de­vient un au­to­ma­tisme, le genre de geste qu’on fait à chaque frus­tra­tion sans même se rendre compte de l’aliment sur le­quel on jette son dé­vo­lu pour se re­mon­ter le mo­ral ou pour cal­mer une an­goisse. D’autres pré­fèrent cou­rir ou se faire une pe­tite séance de mé­di­ta­tion. Une tac­tique d’évi­te­ment du garde-man­ger qui se­lon le Dr Ap­fel­dor­fer, n’équi­vaut qu’à re­cu­ler pour mieux sau­ter. «On ne fait que re­pous­ser son en­vie avec toutes ces mé­thodes. Il faut plu­tôt ap­prendre à man­ger de sorte à se ré­con­for­ter avec de la nour­ri­ture sans bas­cu­ler dans des ex­cès com­pul­sifs.»

Car, au fi­nal, c’est plus sou­vent la main dans un pa­quet de bis­cuits ou la tête dans le fri­go que les émo­tions per­tur­ba­trices se calment. Le tout est de trou­ver le juste équi­libre pour que cette re­cherche d’apai­se­ment ne vire pas à l’ad­dic­tion. «Quand ça de­vient un au­to­ma­tisme, on peut dire que l’ali­men­ta­tion nous bouffe vrai­ment la vie. On ne pense même plus qu’on peut faire au­tre­ment», sou­ligne Ga­briel­la Ta­mas, thé­ra­peute ali­men­taire.

Je suis frus­tré, je pense cho­co­lat

«En­fant, à chaque fois que mes pa­rents me fai­saient une re­marque né­ga­tive, je me ruais sur le cho­co­lat. Au­jourd’hui, je re­pro­duis le même sché­ma quand mon chef me lance une critique. Je pense que je ne suis pas à la hau­teur, je me trouve nulle et toute la plaque y passe», confie San­drine, 46 ans, dans un de­mi-sou­rire cou­pable. Car oui, qui dit ex­cès, dit culpa­bi­li­té.

«Tous les ali­ments ne sont pas ef­fi­caces du point de vue de la ré­gu­la­tion des émo­tions, ex­plique le Dr Ap­fel­dor­fer. Ce sont es­sen­tiel­le­ment ceux qui ont une haute den­si­té éner­gé­tique, c’est-à-dire conte­nant du gras et du sucre, qui vont avoir un ef­fet cal­mant. Mais comme on nous se­rine qu’il faut man­ger moins gras et moins su­cré pour res­ter en bonne san­té et ne pas gros­sir, on fi­nit par se sen­tir cou­pable.» Et de ré­con­for­tantes, ces frin­gales de­viennent in­ef­fi­caces. C’est là qu’il faut croire dans la force de sa pen­sée pour in­ver­ser la ten­dance et re­prendre le pou­voir sur sa balance. «Il va fal­loir tra­vailler sur ses pen­sées, par exemple celles qui gé­nèrent du stress ou de l’anxiété, pour ar­ri­ver à mieux vivre ses émo­tions et les sup­por­ter sans les fuir», conti­nue le spé­cia­liste.

Les pen­sées qui font mai­grir

Mal­gré le lien de cause à ef­fet entre pen­sées, émo­tions né­ga­tives et ali­ments ré­con­for­tants, le pou­voir de la pen­sée dans la ges­tion du poids, et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans celle du surpoids, n’est pas en­core as­sez ex­ploi­té, se­lon les spé­cia­listes in­ter­ro­gés, à l’ins­tar d’eudes Sé­mé­ria, psy­cho­logue et psy­cho­thé­ra­peute: «Cette ap­proche est com­plè­te­ment né­gli­gée alors qu’on sait qu’il y a une in­fluence des pen­sées sur le corps. Et ça n’a rien à voir avec la mé­thode Coué! Les pen­sées – po­si­tives – sont ef­fi­caces si elles s’ac­cordent à des actes dans la vie réelle, en l’oc­cur­rence en ma­tière d’ali­men­ta­tion, ce­la si­gni­fie être res­pon­sable de ce que l’on mange, de l’achat à l’as­siette.»

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