Le dif­fi­cile «mé­tier» de mère

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE - Par Ro­sette Po­let­ti

«In­fir­mière spé­cia­li­sée en soins in­ten­sifs, j’ai trou­vé beau­coup de sa­tis­fac­tion dans mon mé­tier. Mais de­puis que je suis mère, je ne l’ap­pré­cie plus au­tant et je trouve dif­fi­cile ce rôle de ma­man que je vou­lais tant. Je suis stres­sée, ir­ri­tée. Je culpa­bi­lise de lais­ser mon pe­tit gar­çon à la crèche et n’ai pas de temps pour moi, entre les re­pas, les les­sives!»

Notre correspondante pré­cise dans son cour­rier qu’elle a ar­dem­ment dé­si­ré ce bé­bé: «Quand j’ai pas­sé la tren­taine, mon ma­ri et moi avons dé­ci­dé d’avoir un en­fant. Mal­gré une gros­sesse un peu dif­fi­cile, l’ac­cou­che­ment s’est bien pas­sé. Main­te­nant, je suis de­ve­nue «ma­man», j’ai pu avoir un temps par­tiel de 40% après mon congé ma­ter­ni­té, c’est une chance.» Mais, pour­suit-elle, «je suis fa­ti­guée, je me croyais «faite au feu», mon en­tou­rage aus­si, pour­tant, j’en ar­rive à re­gret­ter ma dé­ci­sion. (…) Mon ma­ri fait ce qu’il peut, mais il a un tra­vail très pre­nant. Je n’ose pas trop par­ler de tout ce­la à mon en­tou­rage, ils m’ont tou­jours vue comme une bat­tante et ne com­pren­draient pas.»

Une tem­pête émo­tion­nelle

Lors­qu’on en­vi­sage d’avoir un en­fant, on en voit en gé­né­ral le cô­té lu­mi­neux: te­nir un pe­tit être dans ses bras, en prendre soin, le voir gran­dir, s’émer­veiller de ses pro­grès, l’ima­gi­ner de­ve­nir un adulte heu­reux et, si pos­sible, qui réus­sit sa vie. On ou­blie l’autre face de la pièce: une gros­sesse ou un ac­cou­che­ment par­fois dif­fi­ciles, la so­li­tude qui suit, les nuits en­tre­cou­pées de pleurs, les craintes quand quelque chose ne semble pas «nor­mal». Les in­fir­mières, même ex­pertes comme l’est notre correspondante, ne sont pas épar­gnées.

De­ve­nir ma­man, c’est avoir une nou­velle iden­ti­té qui doit s’in­té­grer aux autres – pro­fes­sion­nelle, fille, épouse, soeur, amie, ci­toyenne… Et de couple, il faut de­ve­nir «une fa­mille». C’est vrai que c’est un pri­vi­lège que de continuer son tra­vail à 40%, mais on n’au­ra pas les mêmes res­pon­sa­bi­li­tés et on peut se sen­tir «dé­clas­sé».

Sou­vent, les pa­rents se rap­prochent des grands-pa­rents, heu­reux de la ve­nue de ce pe­tit-en­fant. Mais ceux-ci ont leurs idées et leurs prin­cipes, ils peuvent être ten­tés de conseiller le jeune couple alors qu’ils ne sont pas sol­li­ci­tés. C’est un nou­veau dé­fi que de leur po­ser, avec bien­veillance, les li­mites à leur in­ves­tis­se­ment.

La nou­velle ma­man a par­fois aus­si des pro­blèmes phy­siques: prise de poids qui ré­siste, dé­prime, in­con­ti­nence tem­po­raire, par exemple.

Comment bien vivre cette pé­riode?

Tout d’abord, développer la com­pas­sion pour soi-même. Des au­teures contem­po­raines, comme Kris­tin Neff ou Ta­ra Brach, in­sistent sur ce point. Il n’y a rien à prou­ver, de­ve­nir ma­man, c’est ma­gni­fique et dif­fi­cile. Cha­cun vit ce­la le mieux qu’il peut. Au lieu du dia­logue intérieur critique, du genre: «Tu vois, tu n’y ar­rives pas! Tu es nulle, ta co­pine a gé­ré ça sans problème!» il est né­ces­saire de se dire, de s’écrire des phrases po­si­tives et pleines de bien­veillance: «Tu fais le mieux que tu peux! Tu es une ma­man for­mi­dable! Fais-toi confiance! Tu es une bat­tante qui vit une nou­velle ex­pé­rience, tout va bien se pas­ser!»

Avoir de la com­pas­sion pour soi, c’est aus­si se don­ner du temps, de l’es­pace, prendre soin de soi. Comment, par­mi toutes les choses à faire? En osant dire ses be­soins, en fai­sant des choix. On peut décider de se pri­ver du su­per­flu pour payer une femme de mé­nage qui vien­dra une ou deux fois par se­maine ap­por­ter son aide – deux pa­quets de ci­ga­rettes équi­valent presque aux coûts d’une heure de femme de mé­nage, me di­sait un couple!

Écou­ter ses be­soins

Il existe la ten­ta­tion de ne rien faire pour soi, d’at­tendre, de se ré­si­gner par manque d’éner­gie. En fait, c’est un cercle vi­cieux. C’est, au contraire, en dé­ci­dant de faire quelque chose pour soi, avec ré­gu­la­ri­té, avec per­sis­tance, que les so­lu­tions apparaissent.

Se­lon ses moyens, ses as­su­rances com­plé­men­taires, la pré­sence de quel­qu’un qui peut gar­der l’en­fant, al­ler se faire faire un mas­sage re­donne de l’éner­gie et dé­tend, un mo­ment pour soi où l’on re­çoit, au lieu de don­ner. On peut ache­ter un livre avec un CD sur la mé­di­ta­tion et décider de s’ac­cor­der 10 à 20 mi­nutes par jour pour mé­di­ter. Ou s’ins­crire à un cours de yo­ga, de tai-chi, bons pour le corps et l’es­prit.

Les re­cherches en psy­cho­lo­gie nous ont mon­tré que les femmes trouvent beau­coup de sou­tien émo­tion­nel au­près de leurs amies. La pré­sence d’un bé­bé peut li­mi­ter les contacts qu’on avait l’ha­bi­tude d’avoir. C’est pour­tant très pré­cieux de continuer res­ter en contact avec ces pré­cieuses amies.

Ré­cem­ment, plu­sieurs ar­ticles de re­vues ont mis en évi­dence les bien­faits de te­nir un jour­nal quo­ti­dien, même quelques lignes, lors­qu’on de­vient mère, comme ça l’est lors d’autres tran­si­tions im­por­tantes, perte, deuil. Il s’agit sim­ple­ment de cou­cher sur le pa­pier des ré­flexions spon­ta­nées, sans se cen­su­rer ni cher­cher à faire de belles phrases. Ce­la per­met d’al­ler vers plus de tran­quilli­té in­té­rieure, de prendre conscience de ce que l’on vit jour après jour et des pro­grès ac­com­plis.

Le poète Ch­ris­tian Bo­bin écri­vait: «Lorsque les mots ne fran­chissent pas les lèvres, ils s’en vont hur­ler au fond de l’âme.» Il semble que l’on ob­tienne le même ré­con­fort en cou­chant ses mots sur pa­pier qu’en les pro­non­çant: on les em­pêche d’al­ler hur­ler au fond de l’âme!

À vous, chère correspondante, et à cha­cun de vous, amis lec­teurs, je sou­haite une ma­gni­fique se­maine.

Il est né­ces­saire de se dire des phrases po­si­tives et bien­veillantes telles «Tu fais le mieux que tu peux!»

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