L’obésité frappe tou­jours plus de se­niors

SAN­TÉ De plus en plus de Suisses souffrent de surpoids. Les per­sonnes âgées de plus de 75 ans sont par­ti­cu­liè­re­ment tou­chées.

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

L’obésité est une ma­la­die plus ré­pan­due chez nous qu’on ne veut bien le croire. Au­jourd’hui, 11,3% des Suisses de plus de 15 ans sont tou­chés. Ain­si, près de 800 000 per­sonnes ont un in­dice de masse cor­po­relle dé­pas­sant 30 points. En 1992, il n’y avait que 5,4% de patients en surpoids. Chaque an­née, quelque 5000 patients sont opé­rés contre l’obésité. Se­lon Ren­ward Hau­ser, chi­rur­gien spé­cia­liste de l’obésité et membre du conseil de la Fon­da­tion suisse de l’obésité, il pour­rait y en avoir net­te­ment plus; d’au­tant plus que les in­ter­ven­tions chi­rur­gi­cales sont sou­vent la seule ma­nière ef­fi­cace de trai­ter à long terme cette ma­la­die.

Entre opé­ra­tion, ré­gimes, jours man­qués au tra­vail, in­va­li­di­té et dé­cès pré­ma­tu­rés, les coûts gé­né­rés par cette épi­dé­mie dé­passent les 8 mil­liards de francs par an. C’est ce qui a dé­ter­mi­né l’of­fice fé­dé­ral de la san­té pu­blique à in­ter­ve­nir pré­ven­ti­ve­ment en fa­veur d’un équi­libre pon­dé­ral op­ti­mal. Dans un pre­mier temps, les jeunes furent ci­blés avec suc­cès: se­lon une étude de L’EPFZ le nombre d’en­fants entre 6 et 12 ans en sur­charge pon­dé­rale ou at­teints d’obésité a lé­gè­re­ment di­mi­nué.

Trop de su­cre­ries

La si­tua­tion est dif­fé­rente chez les per­sonnes âgées de plus de 75 ans: un se­nior sur huit est obèse. Il y a vingt-cinq ans, la pro­por­tion était de un sur quinze. Cette gé­né­ra­tion consomme plus d’al­cool de ma­nière ré­gu­lière et mange bien moins de fruits et lé­gumes que les autres.

«En ma­tière de su­cre­ries, ces se­niors sont aus­si en tête de pe­lo­ton», re­marque la nu­tri­tion­niste Béa­trice Con­rad. Plu­sieurs fac­teurs ex­pliquent pour­quoi les per­sonnes âgées mangent sou­vent de ma­nière peu équi­li­brée: «Une grande par­tie vivent seuls; ils sont moins mo­ti­vés à cuisiner un re­pas sain le soir.»

La nu­tri­tion­niste Con­rad souligne que «c’est dé­jà un suc­cès si on réus­sit à faire re­non­cer quel­qu’un aux bois­sons su­crées après des di­zaines d’an­nées de consom­ma­tion quo­ti­dienne».

Pre­nez comme exemple Hein­rich von Grü­ni­gen, 77 ans. An­cien di­rec­teur des pro­grammes de la radio alé­ma­nique DRS, il lutte de­puis des an­nées contre l’obésité. Il y a quatre ans, il a pas­sé de 180 kg à 100 kg, mais il a re­pris du poids de­puis. Ce n’est pas une ques­tion de vo­lon­té ou de dis­ci­pline. «Plus je vieillis, plus ce­la de­vient dif­fi­cile de main­te­nir un poids constant.» Il est loin d’être goinfre: il ne mange au pe­tit-dé­jeu­ner qu’une pomme ou un ki­wi, à mi­di, son as­siette ne contient que de la viande et des lé­gumes, et au sou­per, seule­ment des lé­gumes. Ce ré­gime pauvre en hy­drates de car­bones cou­plé avec de l’acu­punc­ture ne le pré­serve pour­tant pas du yo-yo sur la ba­lance, ex­pé­rience qu’il par­tage avec beau­coup d’obèses.

Re­com­man­da­tions ci­blées

Hein­rich von Grü­ni­gen pré­side la Fon­da­tion suisse de l’obésité. Il sait que cette ma­la­die «ne doit pas être ana­ly­sée en termes de dé­faillance ou d’échec». Il s’agit d’un trouble du mé­ta­bo­lisme. Il connaît les mul­tiples pièges de la ten­ta­tion: «Elle est par­tout.» Ain­si, à Pâques, lorsque les pe­tits-en­fants viennent cher­cher les oeufs, «on se dit: un tout pe­tit bout de gâteau n’est pas la fin du monde».

La Com­mis­sion fé­dé­rale de la nu­tri­tion va pu­blier en mai des re­com­man­da­tions concrètes des­ti­nées aux se­niors. L’es­sen­tiel est simple: vu la perte mus­cu­laire à par­tir de 50 ans, il faut man­ger plus de pro­téines et moins de ca­lo­ries. Re­to Kres­sig, di­rec­teur du Centre uni­ver­si­taire de gé­ria­trie Fe­lix Plat­ter, à Bâle, es­time que si la Con­fé­dé­ra­tion n’agit pas, la gé­né­ra­tion des ba­by-boo­mers va en­com­brer les ins­ti­tu­tions de patients en surpoids. Il parle de mil­liers de lits à créer. Des lits ren­for­cés qui plus est: les ma­lades obèses sont plus dif­fi­ciles à mobiliser, il faut sou­vent deux soi­gnants pour les chan­ger.

En aval, une fois dé­cé­dées, les per­sonnes en surpoids posent aus­si pro­blème: «Pour les sor­tir de chez eux, il faut par­fois six aides», pré­cise Hannes Sch­nei­der, pré­sident de l’union suisse de cré­ma­tion. «Et dans les cré­ma­toires, les portes des fours sont trop pe­tites, il faut alors em­me­ner le dé­funt à Bâle ou à Berne pour l’in­ci­né­rer.» Les en­ter­re­ments sont éga­le­ment pro­blé­ma­tiques: soit le cer­cueil est trop pe­tit, soit la tombe n’est pas adap­tée. FA­BIENNE RIKLIN, RO­LAND GAMP

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Alors que l’obésité des en­fants de 6 à 12 ans a lé­gè­re­ment di­mi­nué, le nombre de se­niors en surpoids a for­te­ment aug­men­té en vingt ans.

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