Le Matin Dimanche : 2019-04-21

MONDE : 13 : 13

MONDE

Monde 13 Le Matin Dimanche 21 avril 2019 des décences, après cet épisode le plus terrible de l’histoire du monument, est d’attendre le détail sur l’état de la cathédrale, d’obtenir une expertise des dégâts. Après cela seulement pourrons-nous commencer à imaginer quelque chose. Construire dans un délai de cinq ans me semble réaliste. Le Grand Palais de Paris a bien été bâti en deux ans. Le débat qui commence est très important, mais il ne peut pas se limiter à cette préoccupat­ion de reconstruc­tion à l’identique ou pas. À quelque chose malheur est bon: l’incendie nous fait ouvrir les yeux et l’esprit sur l’importance de protéger et régénérer le patrimoine. Un impératif qui ne doit pas s’arrêter à la cathédrale et qui doit s’étendre à l’ensemble de l’île de la Cité, une «îlemonumen­t» classée au Patrimoine mondial de l’unesco dont la cathédrale est certes le symbole le plus important mais pas le seul. En 2015, le président de l’époque, François Hollande, m’avait mandaté avec Philippe Belaval, président du Centre des monuments nationaux, pour une mission d’études visant à préfigurer l’avenir de ce lieu. Celui-ci a besoin d’être réactivé. J’espère que la reconstruc­tion de Notre-dame va permettre de le faire revivre. Il faut réussir à capter les 14 millions de personnes par an qui visitent la cathédrale, mais qui ne s’attardent pas dans le coin, car rien n’est pensé pour les y retenir. Ce drame est une Épiphanie, l’occasion d’engager une grande et belle réflexion sur l’ensemble de l’île. Il faut utiliser l’énergie unique de Notre-dame pour lui redonner une présence plus forte, une résonance plus large, le transforme­r en quelque chose d’autre, l’amplifier et la sublimer.» Le coq de la flèche, que l’on croyait perdu, a été retrouvé mardi au sol de la nef. Y a-t-il d’autres rescapés? Sans les notes de la gamme, il n’y a aucun intérêt à faire de la musique. En tout état de cause, et indépendam­ment de la matière ou de la façon dont elle sera faite, il est essentiel que la flèche reconstrui­te délivre un message vrai, capable de raconter toute son histoire, y compris le funeste incendie qui l’a détruite. Si nous parlons tant de cette pointe, c’est parce qu’elle était très belle. Il y a vingt-cinq ans, nous avons restauré pour l’état de Vaud la flèche que Viollet-le-duc avait réalisée entre 1872 et 1876 à la lanterne de la cathédrale de Lausanne. Nous y avons poussé la conservati­on et la reconstruc­tion aussi loin que possible mais avons également inclus dans la nouvelle flèche des éléments postérieur­s.»

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