«Cer­tains pa­rents donnent très peu de repères»

Le Matin Dimanche - - SUISSE - CES­LA AMA­RELLE Con­seillère d’état vau­doise, à la tête du Dé­par­te­ment de la for­ma­tion

Quand avez-vous pris conscience qu’il y avait de graves pro­blèmes de com­por­te­ments chez cer­tains élèves vau­dois? Lorsque je suis ar­ri­vée en juillet 2017, j’ai re­çu des lettres de plu­sieurs éta­blis­se­ments (Prilly, Entre-bois, Isabelle de Mon­to­lieu…) qui me di­saient tous: «Nous sommes confron­tés à des dif­fi­cul­tés qui ne sont pas celles du pas­sé, à des pro­blèmes de com­por­te­ments ré­cur­rents qui mettent à mal l’ac­ti­vi­té d’en­sei­gne­ment.» J’ai en­suite ef­fec­tué des di­zaines de visites de ter­rain qui m’ont per­sua­dée qu’il y a vrai­ment un pro­blème. Même si elles concernent une mi­no­ri­té d’en­fants, ces dif­fi­cul­tés de com­por­te­ment ont été poin­tées du doigt presque par­tout. Mais je ne suis pas cer­taine que le nombre d’élèves concer­nés aug­mente. C’est plu­tôt la gra­vi­té et l’in­ten­si­té de ces troubles qui s’ac­croît.

Vous dites que cer­taines visites dans des écoles vous ont «se­couée». Les­quelles?

Ne se­rait-ce qu’il y a deux se­maines, lors d’une séance, une en­sei­gnante a cra­qué de­vant moi en évo­quant ses dif­fi­cul­tés. Une par­tie des en­sei­gnants sont fa­ti­gués, ils ont l’im­pres­sion qu’on leur de­mande de mettre en place un sys­tème édu­ca­tif per­for­mant, de pro­duire des ré­sul­tats, mais que des pro­blèmes de com­por­te­ment de plus en plus graves y font obs­tacle. À l’école pri­maire, il existe des en­fants qui se mettent par terre, tapent dans tous les sens, qui en ar­ri­vant à l’école ne savent pas al­ler aux toi­lettes, qui ont des re­tards de langage… Les en­sei­gnants sont très pu­diques dans leur fa­çon de dé­crire ces pro­blèmes, mais j’ai com­pris qu’ils sont très pré­oc­cu­pés par l’ab­sence, voire l’aban­don de cer­tains pa­rents qui dé­lèguent quasi-en­tiè­re­ment leur mis­sion édu­ca­tive à l’école et qui donnent très peu de repères aux en­fants. Cette réa­li­té de­vrait ins­pi­rer, plus que par le pas­sé, des ré­ponses édu­ca­tives spé­ci­fiques, tant au sein de l’école qu’au sein des fa­milles.

Ces pro­blèmes de com­por­te­ment chez de très jeunes en­fants, c’est nou­veau pour vous?

Oui. Car avant d’en­trer en fonc­tion, j’avais l’im­pres­sion, la croyance peut-être un peu sté­réo­ty­pée que les pro­blèmes so­cio-édu­ca­tifs et psy­cho­so­ciaux étaient liés à l’ado­les­cence. Je me suis ren­du compte en al­lant sur le ter­rain que ce n’était pas le cas.

Vous avez pro­mis un ef­fort financier im­mé­diat pour af­fron­ter ces pro­blèmes. De quelles sommes parle-t-on?

Notre concept 360 pré­voit trois-quatre grandes mesures qui en­tre­ront pro­gres­si­ve­ment en vi­gueur dès la ren­trée 2019. Il y au­ra en­vi­ron un mil­lion de francs sup­plé­men­taires pré­vus pour le sou­tien à la pa­ren­ta­li­té, une en­ve­loppe pour des édu­ca­teurs so­ciaux dans les éta­blis­se­ments,

4,4 mil­lions pour les mesures MATAS (ndlr: placement tem­po­raire d’élèves dif­fi­ciles dans des classes spé­ciales) et en­vi­ron 5 mil­lions pour l’ac­cueil so­cio-édu­ca­tif de jour. L’idée est de créer dans toutes les ré­gions, dès 2020, des centres de com­pé­tences so­cioé­du­ca­tifs, qui iront cher­cher les pro­fes­sion­nels dont les écoles ont be­soin.

PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SY. B

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