La Suisse a convain­cu les tou­ristes mu­sul­mans

Le Matin Dimanche - - ECONOMIE -

Un classement pro­pulse notre pays par­mi les lieux de vil­lé­gia­ture les plus ap­pré­ciés des voya­geurs du monde is­la­mique.

Ari­sha trouve qu’il y a trop de fu­mée en Suisse. Ar­ri­vant de Ma­lai­sie, elle a été sur­prise: «On fume par­tout de­hors, nous et nos en­fants n’avons pas trou­vé ce­la très agréable.» Ce­la ne l’a pas em­pê­chée de trou­ver la vue au Jung­frau­joch «épous­tou­flante». Outre les mon­tagnes, c’est l’ac­cueil ré­ser­vé ici aux mu­sul­mans pra­ti­quants qui a pous­sé la jeune famille à choi­sir la Suisse: «Comme mu­sul­mane, j’ai trou­vé l’es­pagne et sur­tout la Ré­pu­blique tchèque moins agréables.»

La Suisse est tou­jours plus pri­sée des voya­geurs is­la­miques. De­puis 2013, les nuitées de voya­geurs des pays du Golfe ont aug­men­té de 52% pour to­ta­li­ser 950 000 sé­jours en hô­tel. Si l’on com­pare avec 2007, la crois­sance dé­passe les 160%.

Se­lon la der­nière en­quête du conseiller en voyage Cres­cent Ra­ting et de la so­cié­té de cartes de cré­dit Mas­tercard, la Suisse a ga­gné en at­trac­ti­vi­té auprès des visiteurs ve­nant des pays mu­sul­mans. Se­lon le Glo­bal Mus­lim Tra­vel In­dex de Cres­cent Ra­ting, sorte d’in­dice de sa­tis­fac­tion à l’usage des tou­ristes ma­ho­mé­tans, la Suisse ar­rive au 11e rang d’un classement com­pre­nant 82 pays. Pour les tou­ristes ha­lal (dé­no­mi­na­tion si­gnée Cres­cent Ra­ting), notre pays est plus ac­cueillant que les États-unis ou l’es­pagne. L’an der­nier, les États-unis sont sor­tis du top 20 de cet in­dex, alors que la Suisse fi­gu­rait plus bas.

Le saut en avant est prin­ci­pa­le­ment dû à un chan­ge­ment de mé­thode d’éva­lua­tion: on a ra­jou­té par exemple comme cri­tère l’in­fra­struc­ture des transports en com­mun. Les ana­lyses sont ba­sées sur des in­for­ma­tions des États, de L’ONU ou de por­tails de voyage comme Boo­king.com. L’in­dex note le cli­mat politique et so­cié­tal, la culture du ser­vice d’une destination.

Ge­nève se frotte les mains

Des villes telles Ge­nève, Zu­rich ou In­ter­la­ken sont bien vues car elles se sont pré­pa­rées à re­ce­voir des hôtes mu­sul­mans et ap­pris à ré­pondre à leurs at­tentes. «Presque tous les cinq-étoiles ge­ne­vois ont des em­ployés sa­chant l’arabe», dé­clare Lu­cie Ger­ber, porte-parole de Ge­nève Tou­risme. La ré­gion ge­ne­voise (250 000 nuitées) a été la destination la plus cou­rue des tou­ristes du Moyen-orient l’an der­nier.

La ré­gion de Zu­rich a éga­le­ment vu le nombre de tou­ristes mu­sul­mans dou­bler. On a ain­si pas­sé de 75 200 nuitées en 2010 à 167 300 en 2018. Zu­rich ta­lonne dès lors Ge­nève à l’in­dice de sa­tis­fac­tion. Les sé­jours à l’hô­tel des tou­ristes mu­sul­mans en pro­ve­nance d’in­do­né­sie s’ac­croissent aus­si vi­gou­reu­se­ment: mul­ti­pliés par sept de­puis 2010, on en a dé­nom­bré 41 000 l’an der­nier.

Pour at­ti­rer cette clien­tèle, prés ver­doyants, vaches et mar­mottes ne suf­fisent pas. Il faut connaître leurs ha­bi­tudes et pré­fé­rences. In­ter­la­ken a or­ga­ni­sé des sé­mi­naires in­ter­cul­tu­rels des­ti­nés aux hô­te­liers du cru. On a dis­pen­sé d’avi­sés con­seils: «Les hommes se sa­luent d’une lé­gère poi­gnée de main» alors qu’il faut at­tendre que les femmes donnent un signe in­di­quant si elles sont dis­po­sées ou non à ser­rer la main. Il vaut mieux dis­po­ser des dattes en guise de bienvenue dans un bol qu’un coeur en cho­co­lat, pré­voir un ta­pis de prière et sur­tout ne pas mettre le Co­ran dans un ti­roir, «mais le pla­cer sur un gué­ri­don à hau­teur de poi­trine».

Ces at­ten­tions sont mo­ti­vées par une sta­tis­tique élo­quente: un tou­riste du Golfe dé­pense en moyenne 420 francs par jour, contre 130 francs pour les Al­le­mands et 380 pour les Amé­ri­cains.

Pour­tant, il fau­dra en­core faire des ef­forts pour sa­tis­faire plei­ne­ment ces visiteurs si dé­pen­siers: «Les res­sor­tis­santes et res­sor­tis­sants des pays du Golfe sont ha­bi­tués à faire leurs achats du ma­tin jus­qu’à mi­nuit, même pen­dant les jours fé­riés et les di­manches, pré­cise le porte-parole de Suisse Tou­risme Mar­kus Ber­ger. Les heures d’ou­ver­ture des ma­ga­sins hel­vé­tiques, re­la­ti­ve­ment courtes, sont sou­vent cri­ti­quées.» Et les res­tau­rants ha­lal manquent trop sou­vent à l’ap­pel.

ERICH BÜRGLER

ET LAU­RA FROMMBERG

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