Pour avoir du suc­cès en vol­ley, faut-il en­ga­ger un coach étran­ger?

Le Matin Dimanche - - SPORTS - JU­LIEN CALOZ

Lau­sanne et Neu­châ­tel, sa­crés champions de Suisse cette se­maine, sont tous deux di­ri­gés par des mer­ce­naires. Les tech­ni­ciens suisses sont-ils trop mau­vais?

Les gar­çons de Lau­sanne (LUC) et les filles de Neu­châ­tel (NUC) ont trois points communs: ils sont champions de Suisse de­puis cette se­maine, ils sont for­mi­dables de­puis tou­jours, et ils sont di­ri­gés par des en­traî­neurs étran­gers. Les suc­cès de l’ita­lien Max Giac­car­di et de l’aus­tra­lienne Lau­ren Ber­to­lac­ci, vain­queurs du cham­pion­nat res­pec­ti­ve­ment contre Am­ris­wil et Aesch-pfef­fin­gen, in­ter­rogent for­cé­ment sur le ni­veau des tech­ni­ciens suisses: se­raient-ils donc trop mau­vais pour em­me­ner une équipe vers le titre?

La ques­tion est en­core plus lé­gi­time à la lecture des staffs tech­niques de toutes les équipes de pre­mière di­vi­sion mas­cu­line et fé­mi­nine en Suisse. Car sur seize for­ma­tions, quinze sont en­traî­nées par des mer­ce­naires. Le seul club à avoir mi­sé sur un tech­ni­cien hel­vète est Guin, où Da­rio Bet­tel­lo est en poste de­puis deux ans.

Quand on l’a contac­té jeudi pour par­ler avec lui de sa par­ti­cu­la­ri­té, il a tout de suite su de quoi il en re­tour­nait. «Le fait que je sois le seul suisse est un concours de cir­cons­tances. Il y en a eu d’autres les sai­sons pré­cé­dentes», a-t-il avan­cé pru­dem­ment, avant de concé­der, «car il faut être hon­nête», que les coachs étran­gers coû­taient moins cher aux clubs. «Parce qu’ils n’ont pas les mêmes pré­ten­tions sa­la­riales que les Suisses. C’est la réa­li­té. En Al­le­magne, en France ou en Ita­lie, un re­ve­nu correct se si­tue au­tour des 1500 eu­ros par mois. Si les coachs de ces pays viennent en Suisse, ils peuvent es­pé­rer ga­gner 2500 eu­ros men­suels sur une sai­son tout en étant nour­ris, lo­gés et blan­chis. C’est par­fait pour eux.» Im­pos­sible en re­vanche pour un Suisse de bien vivre avec moins de 3000 francs. Da­rio Bet­tel­lo ac­cepte-t-il donc d’être pauvre pour en­traî­ner? Pas du tout. «J’ai tou­jours trou­vé des clubs prêts à me ver­ser un sa­laire correct», avoue-t-il sans vou­loir dé­voi­ler le mon­tant de sa ré­mu­né­ra­tion. «Je ne de­vien­drai pas riche mais je vis ma vie tran­quille­ment.» «S’il n’a pas de grands be­soins fi­nan­ciers, un coach suisse peut ga­gner juste ce qu’il faut pour sub­sis­ter», estime pour sa part la pré­si­dente du NUC, Jo Gutk­necht.

De quoi décourager les car­rières nais­santes. Comme celle de Ju­lien Car­rel (ex­joueur du LUC). «Il pour­rait de­ve­nir un très grand en­traî­neur, mais je lui conseille de ne pas suivre cette voie car on ne peut pas en vivre», té­moigne son père, Georges-an­dré Car­rel, qui a long­temps cu­mu­lé deux bou­lots, sur le banc du LUC et sur le site de l’uni­ver­si­té de Lau­sanne.

Da­rio Bet­tel­lo, lui, conti­nue de culti­ver sa par­ti­cu­la­ri­té au plus haut ni­veau. Il vient de pro­lon­ger son contrat à Guin jus­qu’en 2022.

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