À Bakou, les pi­lotes ont tu­toyé les 400 km/h

Le Matin Dimanche - - FORMULE 1 - LUC DOMENJOZ

Cet après-mi­di, la plus longue ligne droite de la sai­son per­met les vi­tesses de pointe les plus ra­pides de l’his­toire de la Formule 1. Ac­cro­chez vos cein­tures.

Rou­ler vite. Tou­jours plus vite. Pour les pi­lotes de Formule 1, la vi­tesse pure pro­cède de la recherche ab­so­lue. De la se­conde na­ture. Presque de la rai­son de vivre.

L’ac­teur Paul Newman, qui tâ­tait du vo­lant à ses heures, af­fir­mait que «la vie, c’est la course. Tout le reste n’est qu’at­tente». Une phi­lo­so­phie que ne re­nie­raient pas la plu­part des vingt pi­lotes en­ga­gés cet après­mi­di au Grand Prix d’azer­baïd­jan.

Mis à part le tour de la vieille ville, le tra­cé de Bakou pro­pose aus­si, et sur­tout, la plus longue ligne droite de la sai­son: 2,189 ki­lo­mètres qui lancent les mo­no­places à fond dès la sor­tie du vi­rage 16 pour dé­va­ler «l’ave­nue des Pé­tro­liers» jus­qu’au pre­mier angle droit du cir­cuit.

Une ligne droite qui ne l’est d’ailleurs pas tant que ça, puis­qu’on y dé­nombre pas moins de quatre courbes, dont les pi­lotes frôlent les murs avant que la piste ne s’élar­gisse de­vant les stands. Mais si ces quatre courbes ont de quoi ef­frayer le té­lé­spec­ta­teur qui les voit dé­fi­ler en ca­mé­ras em­bar­quées, elles laissent in­sen­sibles les pi­lotes.

Plu­sieurs écoles

Avec plus de deux ki­lo­mètres, la ligne droite de Bakou s’avère donc nettement plus longue que celle de Mon­za. L’au­to­drome au­to­pro­cla­mé «temple de la vi­tesse» est donc bat­tu.

Pour­tant, lors­qu’on cherche à dé­fi­nir le re­cord de vi­tesse ab­so­lu en Formule 1, on s’em­mêle fa­ci­le­ment les sta­tis­tiques. Car entre les va­leurs me­su­rées of­fi­ciel­le­ment, celles des es­sais pri­vés, entre les mesures confi­den­tielles et celles dont per­sonne n’a été té­moin, la ba­taille des chiffres op­pose plu­sieurs écoles.

Pour cer­tains, le re­cord ab­so­lu a été éta­bli sur ce cir­cuit de Bakou en 2016, lorsque la Williams de Valt­te­ri Bot­tas a été me­su­rée à 378 km/h, grâce à l’ou­ver­ture de son DRS (pour «Drag Ré­duc­tion Sys­tem», le sys­tème qui per­met d’ou­vrir l’ai­le­ron ar­rière pour en ré­duire la traî­née) et à l’as­pi­ra­tion de la mo­no­place de Max Vers­tap­pen, qui rou­lait juste de­vant.

Ce re­cord a été éta­bli au cours des qua­li­fi­ca­tions, mais il a été re­ven­di­qué par un tweet de l’écu­rie Williams, qui avait pla­cé son ra­dar juste avant le point de frei­nage, soit 210 mètres plus loin que le point de me­sure of­fi­ciel de la FIA (la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale de l’au­to­mo­bile), si­tué, lui, avant que Valt­te­ri Bot­tas ne pro­fite de l’as­pi­ra­tion de Max Vers­tap­pen. Pour la fé­dé­ra­tion, le Fin­lan­dais n’est donc cré­di­té «que» de 366,1 km/h.

Bot­tas en 2016

Si l’on s’en tient aux mesures of­fi­cielles, le re­cord a long­temps été dé­te­nu par An­to­nio Piz­zo­nia, sur une William­sbmw, à Mon­za, en 2004, avec 369,6 km/h. Cette va­leur ne tient évi­dem­ment pas compte du re­cord of­fi­cieux re­ven­di­qué par Juan Pa­blo Mon­toya, sur une Mcla­ren, lors d’es­sais pri­vés à Mon­za en 2005 – an­non­cé à 372,6 km/h. Les es­sais pri­vés se jouant avec des mo­no­places non vé­ri­fiées, donc pas for­cé­ment ré­gle­men­taires, ce re­cord-là n’est pris en compte que par les in­con­di­tion­nels du lé­gen­daire pi­lote co­lom­bien.

Pour­tant, son re­cord of­fi­cieux a été ap­pro­ché de très près, à nou­veau par la Williams de Valt­te­ri Bot­tas, le 6 no­vembre 2016 lors du Grand Prix du Mexique, où la FIA a of­fi­ciel­le­ment me­su­ré le Fin­lan­dais a 372,5 km/h, va­leur dé­sor­mais ad­mise comme ré­fé­rence ab­so­lue – mais qui reste 0,1 km/en des­sous de la per­for­mance du Co­lom­bien!

De­puis les chan­ge­ments de rè­gle­ments in­ter­ve­nus en 2017, puis cette an­née, de telles vi­tesses ne peuvent plus être ap­pro­chées.

L’an der­nier, Daniel Ric­ciar­do avait été le plus ra­pide sur la ligne droite de Bakou, à 344,4 km/h, loin des va­leurs re­cords. Hier, Ro­main Gros­jean, le plus ra­pide en vi­tesse de pointe, a été me­su­ré à 346,1 km/h. Ce qui ne l’a guère ser­vi, puis­qu’il ne par­ti­ra que 16e cet après-mi­di, preuve que la vi­tesse de pointe n’est de loin pas ga­rante d’un tour ra­pide.

Pour­tant, les Formule 1 peuvent al­ler plus vite en­core. Le re­cord très of­fi­cieux ob­te­nu par une mo­no­place de F1 a été éta­bli à 413,205 km/h, le 4 no­vembre 2005 par un pi­lote Sud-afri­cain, Alan Van der Merwe, au cours d’es­sais pri­vés or­ga­ni­sés par l’écu­rie Ba­rhon­da sur la piste d’un aé­ro­port ca­li­for­nien.

Ai­le­rons re­ti­rés

À cette oc­ca­sion, l’écu­rie avait pra­ti­que­ment re­ti­ré les ai­le­rons de sa voi­ture pour vi­ser dé­li­bé­ré­ment ce re­cord ab­so­lu. Mais ce­lui-là, per­sonne n’en parle dans les pad­docks de F1. Les mo­no­places sont pen­sées pour être les plus ra­pides sur un tour de cir­cuit. Les pistes d’aé­ro­port ne pré­sentent donc au­cun intérêt pour les es­thètes de la vi­tesse, ceux qui veulent rou­ler vite. Tou­jours plus vite.

Ser­gei Grits/keys­tone

Sur le cir­cuit de Bakou, la vi­tesse de pointe de Ro­main Gros­jean a été me­su­rée hier à 346,1 km/h.

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