Des po­li­ciers en in­ter­ven­tion testent les ca­mé­ras por­ta­tives dans des can­tons pion­niers

SÉ­CU­RI­TÉ Un son­dage montre que les ci­toyens ap­prouvent les pa­trouilles fil­mant leurs opé­ra­tions. Plu­sieurs pro­jets pi­lotes sont en cours.

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Il a fal­lu quatre po­li­ciers pour sortir l’ex­ci­té du club. Même au froid de­hors, il de­meu­rait agres­sif. Mais dès qu’un agent a en­clen­ché sa ca­mé­ra por­ta­tive, le fê­tard s’est cal­mé illi­co.

Après coup, l’homme de la po­lice mu­ni­ci­pale de Zu­rich a dé­cla­ré que l’ap­pa­reil a été «psy­cho­lo­gi­que­ment utile». Il l’a tes­tée avec ses col­lègues du­rant six mois. 60% des po­li­ciers es­timent qu’il vaut la peine d’en uti­li­ser. La po­lice du rail a aus­si fait des es­sais en 2017. Ch­ris­tian Gin­sig, porte-pa­role des CFF, in­dique que «l’ef­fet dis­sua­sif et la pos­si­bi­li­té de conser­ver des preuves ont été plé­bis­ci­tés. Vu les résultats, la di­rec­tion de la po­lice fer­ro­viaire envisage dé­sor­mais de gé­né­ra­li­ser l’usage des bo­dy­cams.»

Les ci­toyens sont aus­si per­sua­dés de l’uti­li­té de ces en­re­gis­tre­ments. La Haute École zu­ri­choise en sciences ap­pli­quées a in­ter­ro­gé en 2018 quelque 2000 adultes de tous les can­tons. Ci­tant ce son­dage in­édit, Dirk Baier, res­pon­sable de l’ins­ti­tut sur la dé­lin­quance et la pré­ven­tion de la cri­mi­na­li­té, ré­vèle que «plus de huit per­sonnes sur dix sont plu­tôt d’accord, voire tout à fait d’accord d’au­to­ri­ser en gé­né­ral l’usage de ca­mé­ras por­ta­tives».

Nos propres in­ves­ti­ga­tions in­diquent que d’autres forces de l’ordre suivent l’exemple zu­ri­chois. Jo­na Frie­de­rich, de la po­lice can­to­nale fri­bour­geoise, dé­clare: «Les bo­dy­cams nous in­té­ressent. Notre corps de po­lice est ac­tuel­le­ment en phase de test. Nous es­pé­rons des re­tours concer­nant les avan­tages de cet ou­til et son in­fluence sur les per­sonnes fil­mées par les hommes en pa­trouille.»

Dans le can­ton de Vaud, «un pro­jet est en cours», an­nonce l’of­fi­cière et por­te­pa­role Flo­rence Maillard. Le pu­blic se­ra informé pro­chai­ne­ment. La po­lice can­to­nale tes­si­noise se tâte: «Nous étu­dions en in­terne s’il faut lancer un pro­jet pi­lote. Nous sui­vons les résultats des pro­jets qui se dé­roulent ailleurs en Suisse», ex­plique la collaboratrice scien­ti­fique Sas­kia La­ca­la­mi­ta.

Une ving­taine de can­tons n’en­tendent pas s’équi­per. Les po­lices can­to­nales zu­ri­choise et ge­ne­voise n’en voient pas l’in­té­rêt. Cer­tains craignent qu’une uti­li­sa­tion sys­té­ma­tique me­nace la re­la­tion de confiance exis­tant entre la po­lice et la po­pu­la­tion. Dirk Baier n’est guère éton­né: «Il s’agit en fin de compte de vo­lon­té po­li­tique. La ques­tion des ca­mé­ras por­ta­tives ar­rive sur le ta­pis lorsque des agents sont at­ta­qués. Ain­si en ville de Zu­rich, la conseillère com­mu­nale res­pon­sable de la Sé­cu­ri­té était op­po­sée à leur usage. Mais lors­qu’en été 2018 des po­li­ciers ont été agres­sés au bord du lac, elle a chan­gé d’avis.»

RO­LAND GAMP

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