Un res­ca­pé de la tue­rie de Zoug sou­tient à fond la loi sur les armes

Le Matin Dimanche - - SUISSE - AR­THUR GROSJEAN

L’an­cien conseiller na­tio­nal Jo­sef Lang ex­plique pour­quoi la taille des ma­ga­sins est cru­ciale. Mais n’ins­tru­men­ta­lise-t-il pas le drame de Zoug pour ga­gner la vo­ta­tion?

La tra­gé­die de Zoug en 2001, avec ses 14 par­le­men­taires tués par un for­ce­né, a mar­qué la Suisse. Elle refait par­ler d’elle à l’oc­ca­sion de la vo­ta­tion fé­dé­rale du 19 mai sur les armes. Un res­ca­pé de la tue­rie, l’an­cien député et conseiller na­tio­nal Jo­sef Lang, mi­lite à fond en fa­veur du oui. Interview.

Vous étiez pré­sent lors de la tue­rie de Zoug. Quels sou­ve­nirs en gar­dez-vous? Les tirs ont du­ré 2 minutes 34 se­condes. Je n’ai rien vu car quand ce­la a com­men­cé je me suis ac­crou­pi comme d’autres sous les pu­pitres en bois. J’ai en re­vanche tout en­ten­du. Les 91 tirs pro­ve­nant du fu­sil d’as­saut, le chan­ge­ment du ma­ga­sin, l’ex­plo­sion, le si­lence qui règne dans la salle car per­sonne ne veut at­ti­rer l’at­ten­tion, le fu­sil d’as­saut qui tombe par terre et le tir unique au pis­to­let. Rien qu’à l’oreille, j’ai pu com­prendre ce qui s’est pas­sé: le ti­reur s’est don­né la mort avec une arme d’of­fi­cier! J’ai pu dé­duire ce­la instantanément car je me suis beau­coup in­té­res­sé à la pro­blé­ma­tique des armes.

Qu’avez-vous fait en­suite?

J’ai un blanc complet pen­dant quelques minutes. Puis on me dit de sortir de la salle. Il y avait de la fu­mée suite à l’ex­plo­sion. Je n’ai pas vu qu’il y avait des morts et des bles­sés. C’est de­hors que j’ai vrai­ment me­su­ré l’am­pleur de la tra­gé­die.

Vous êtes mar­qué par cette tue­rie? Pen­dant les cinq pre­mières an­nées, il ne s’est pas pas­sé un jour sans que j’y pense. Au­jourd’hui, c’est plu­tôt une fois par se­maine. Ce­la fait par­tie de ma vie. Je ne suis pas trau­ma­ti­sé mais ce­la me touche.

Cet évé­ne­ment a-t-il ren­for­cé votre com­bat contre les armes, vous qui fai­siez dé­jà par­tie du GSSA?

Oui et non. Le fait que j’étais dans la salle n’est pas dé­ci­sif. Mais la tra­gé­die, qui a tou­ché le par­le­ment de Zoug, m’a ren­for­cé dans l’idée que la Suisse avait un grave pro­blème avec les armes.

C’est-à-dire?

Une per­sonne dan­ge­reuse pou­vait ac­qué­rir de nom­breuses armes lé­gales sans avoir de per­mis. Même un fu­sil à pompe! Il l’a ache­té chez un pri­vé à Berne neuf jours avant le drame. Ni la po­lice zu­ri­choise, où il ha­bi­tait, ni celle de Zoug, où il a com­mis son crime, n’étaient au cou­rant. Il a uti­li­sé ce fu­sil à pompe à l’ex­té­rieur du par­le­ment pour tuer la pre­mière per­sonne. Puis son arme s’est en­rayée.

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