Pom­pier à Fri­bourg, il a pé­ri dans son lo­ge­ment en feu

Le Matin Dimanche - - SUISSE - BEN­JA­MIN PILLARD

Il y a un mois presque jour pour jour, en ville de Fri­bourg, un violent in­cen­die noc­turne ra­va­geait un bâ­ti­ment classé au pa­tri­moine na­tio­nal, ôtant la vie d’un homme, dont l’iden­ti­té n’était pas for­mel­le­ment éta­blie au len­de­main du drame.

«Des voi­sins de mon frère m’ont ap­pris sa mort le di­manche 7 avril, via les ré­seaux so­ciaux», té­moigne Wa­qar Sid­dique, étu­diant pa­kis­ta­nais de 29 ans, do­mi­ci­lié au Ja­pon de­puis 2016. «Je n’ar­ri­vais pas à y croire: j’es­sayais de l’ap­pe­ler sur son por­table, ça ne fonc­tion­nait pas. J’ai alors contac­té la po­lice de Fri­bourg, et on m’a ré­pon­du que l’iden­ti­fi­ca­tion du corps – à par­tir de L’ADN – était tou­jours en cours…» Wa­qas, le dé­funt, était âgé de 32 ans.

Pom­pier vo­lon­taire dans sa ville d’adop­tion, le tren­te­naire lo­geait de­puis trois ans dans cette an­cienne bâ­tisse sise le long de la rue de Mo­rat, à 250 m des rem­parts. Construite au dé­but des an­nées 1910, cette ex-concier­ge­rie du dis­cret châ­teau de la Poya avait été di­vi­sée en plu­sieurs lo­ge­ments et mise en lo­ca­tion.

Éta­bli en Suisse de­puis 2011, Wa­qas s’était ma­rié six ans plus tard au Pa­kis­tan avec une com­pa­triote de 22 ans. «Sa femme de­vait le re­joindre à Fri­bourg cinq jours après l’in­cen­die… Elle a quand même fait le voyage, en­ceinte de lui, sou­pire Wa­qar. Elle en est à six mois de gros­sesse, ac­tuel­le­ment lo­gée dans un hô­tel de la ville. La suite s’an­nonce très dif­fi­cile, toute seule avec le bé­bé…»

Un Pa­kis­ta­nais de 32 ans est le seul des huit lo­ca­taires de la bâ­tisse à ne pas avoir pu être sau­vé à temps. Son frère lui rend hom­mage.

En­ter­ré di­manche der­nier au Pa­kis­tan

Ra­pa­triée, la dé­pouille de son frère aî­né est ar­ri­vée di­manche der­nier dans leur ville de Gha­khar, à 80 km au nord de La­hore. «Plus de 1000 ha­bi­tants ont pris part aux ob­sèques», ra­conte l’étu­diant en com­mu­ni­ca­tion d’en­tre­prise. «Wa­qas avait beau­coup de qua­li­tés. C’était un homme in­tel­li­gent, pro­fon­dé­ment al­truiste, qui a tra­vaillé dur pour lui et sa fa­mille. Cu­rieux de tout, il sa­vait par­ler cinq ou six langues.» En plus de l’an­glais et du fran­çais ap­pris sur le tas en terre fri­bour­geoise, le tren­te­naire maî­tri­sait no­tam­ment l’hin­di.

Né en Inde, le pom­pier a pas­sé sa pe­tite en­fance à New Del­hi, lorsque leur père tra­vaillait à l’am­bas­sade du Pa­kis­tan. Le jeune Wa­qas avait 24 ans lors­qu’il a quit­té la ré­pu­blique is­la­mique pour la Suisse. «Mon frère a choi­si d’y res­ter car il s’y sen­tait en sé­cu­ri­té, et il aimait beau­coup la nature», pour­suit Wa­qar Sid­dique. En té­moigne une im­por­tante somme de pho­to­gra­phies de pay­sage à l’es­thé­tique maîtrisée, pu­bliées sur le profil Facebook du dé­funt: des vues bu­co­liques et co­lo­rées, le plus sou­vent prises du haut des cimes de Suisse ro­mande: val d’an­ni­viers, de Bagnes, Préalpes fri­bour­geoises, Pays-d’en­haut, Ju­ra vau­dois, La Bré­vine (NE)… mais aus­si les rives du Lé­man, du lac de la Gruyère ou de Neu­châ­tel.

«Nous avons beau­coup d’in­ter­ro­ga­tions sur les causes de sa mort, re­prend l’étu­diant pa­kis­ta­nais. Pour­quoi tous les lo­ca­taires ont pu être éva­cués à temps sauf Wa­qas?» En cette fin de nuit du sa­me­di 6 au di­manche 7 avril, entre 4 h 30 et 5 h, cer­tains des sept voi­sins res­ca­pés – tous âgés entre 21 et 33 ans – étaient par­ve­nus à s’ex­traire de la bâ­tisse en feu avant l’ar­ri­vée des pom­piers. «Des in­ves­ti­ga­tions sont tou­jours en cours afin de dé­ter­mi­ner for­mel­le­ment l’ac­ti­vi­té de chaque per­sonne au mo­ment des faits», nous in­dique le ser­gent Ber­trand Ruf­fieux, porte-pa­role à la po­lice can­to­nale. Et de pré­ci­ser que la thèse de l’in­cen­die in­ten­tion­nelle est «a prio­ri écar­tée». Les ex­perts de l’école des sciences cri­mi­nelles de Lau­sanne, dé­pê­chés sur place, doivent en­core li­vrer leur rap­port.

«Ma fa­mille es­père que cette en­quête nous per­met­tra d’ob­te­nir les ré­ponses que nous at­ten­dons, afin que jus­tice puisse être ren­due», lance Wa­qar.

Leur père pré­voit de faire pro­chai­ne­ment le voyage jus­qu’en Suisse pour avoir un ac­cès di­rect aux en­quê­teurs.

DR - Po­lice can­to­nale fri­bour­geoise

Pom­pier vo­lon­taire, Wa­qas Sid­dique vi­vait à Fri­bourg de­puis huit ans. En­ceinte de six mois, son épouse ma­riée au Pa­kis­tan en dé­cembre 2017 de­vait le re­joindre en Suisse le 12 avril, soit cinq jours après l’in­cen­die mor­tel…

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