«Co­cotte» vous sa­lue bien

Le Matin Dimanche - - SWISS PRESS AWARD -

Ca­mille Krafft, jour­na­liste à «24 heures» vient, après le Prix Du­mur en 2017, de rem­por­ter le Swiss Press Print Award. Ce­la pour sa longue en­quête consa­crée il y a une an­née à Ch­ris­tian Cons­tan­tin dans «Le Ma­tin Di­manche».

Nous re­pu­blions ce texte en in­té­gra­li­té. Ce n’est pas tous les jours qu’un jour­nal re­pu­blie un ar­ticle pa­ru dans ses pages. Ce n’est pas tous les jours non plus qu’une jour­na­liste écrit plus de 60 000 signes sur un seul thème. Mais ce n’est pas tous les jours, en­core, que l’on rem­porte le Prix suisse du jour­na­lisme, ca­té­go­rie «print», alors qu’en 2017 on avait dé­jà été ré­com­pen­sé par le pres­ti­gieux Prix Du­mur. Voi­là pour­quoi «Le sys­tème Cons­tan­tin» vous est à nou­veau pro­po­sé cette se­maine.

Ca­mille Krafft ra­conte avoir en­quê­té plus de deux mois sur «CC». Elle l’avait pro­po­sé après avoir dé­jà ten­té l’ex­pé­rience du tra­vail de longue ha­leine sur deux autres thé­ma­tiques, celle d’une fa­mille ve­nue d’irak en Suisse, et l’af­faire «S3»: «C’est gé­nial, avoir du temps. Mais plus on creuse, plus on trouve de choses, c’est sans fin. Et à la fin, on a aus­si le sen­ti­ment d’avoir ef­fleu­ré le su­jet, qu’il y au­rait en­core mille autres pistes.»

Reste que la com­plexi­té de Cons­tan­tin n’avait peut-être ja­mais été cer­née d’aus­si près. «Il est très sym­pa­thique, tout le monde le sait, il tu­toie, cherche sans cesse à vous mettre dans son camp. Il m’a re­çue du­rant plu­sieurs heures, même s’il n’était pas en­thou­sias­mé par la ma­nière très claire avec la­quelle je lui avais pré­sen­té ce que je vou­lais faire.» Ca­mille Krafft se dit «fas­ci­née par le pou­voir in­for­mel, l’idée de toute-puis­sance que des per­son­na­li­tés comme Cons­tan­tin ont l’air de s’ar­ro­ger, par exemple au mo­ment de l’af­faire Frin­ger, sa fa­çon de l’as­su­mer.»

Elle a choi­si aus­si une écri­ture, un «tu» qui rap­pelle ce­lui de «CC» et dit sa ma­nière de jour­na­lisme à elle: «Il y a les faits, les gens à in­ter­ro­ger. Mais en­suite existe une in­ter­pré­ta­tion, ça ne sert à rien de dire qu’on est ob­jec­tif: il faut cher­cher à être hon­nête, et s’im­pli­quer. L’em­ploi du «je», ou du «tu», c’est pour ce­la, c’est de l’ordre de la mo­des­tie, et ce­la per­met au lec­teur de se mettre un peu à ma place.» C’est alors du grand jour­na­lisme, qui n’a rien chan­gé à l’hu­mi­li­té lu­mi­neuse qui est sa marque, mais nous a tous ren­dus fiers, heu­reux, en re­gar­dant Ca­mille Krafft, rem­por­ter ce prix. Car il rend op­ti­miste et es­pé­rant: oui, ce mé­tier mer­veilleux, avec un tel ta­lent, a vrai­ment de l’ave­nir. C. P.

Yvain Genevay

Ca­mille Krafft.

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