Un plan­ton non bio peut-il le de­ve­nir?

À par­tir de quel stade de crois­sance une plante peut-elle être consi­dé­rée comme bio? Tour d’horizon avec un spé­cia­liste de la ques­tion, de la graine à l’as­siette.

Le Matin Dimanche - - NATURE - VA­LÉ­RIE HOFFMEYER

Mes plan­tons de fraises ne sont pas bios, mais peuvent-ils le de­ve­nir si je les cultive sans en­grais ni pes­ti­cides? Épi­neuse ques­tion que celle-ci. Jo­ce­lyne, 100% ac­quise aux méthodes de jar­di­nage les plus na­tu­relles, trouve l’as­sor­ti­ment cer­ti­fié bio­lo­gique des jar­di­ne­ries lo­cales un peu maigre. Ces beaux plan­tons bien vi­gou­reux mais is­sus de l’hor­ti­cul­ture conven­tion­nelle, qui ont pous­sé et sont ven­dus à deux pas de chez elle, la tentent. Mais quid des éven­tuels ré­si­dus chi­miques? Com­bien de temps restent-ils dans la plante? Les fruits de l’an­née, voire la des­cen­dance de ces plan­tons se­ront-ils por­teurs ad vi­tam ae­ter­nam de produits de syn­thèse ou peuvent-ils de­ve­nir bios par la seule grâce de soins adap­tés et dé­pour­vus de tout in­trant non bio­lo­gique? Et qu’en est-il des graines en sa­chet? Pe­tit tour d’horizon à l’heure des se­mis et autres re­pi­quages.

Les se­mences

«Pour les pro­duc­teurs pro­fes­sion­nels, le ca­hier des charges de Bio Suisse* est très clair, répond Antoine Bes­son, en­sei­gnant en agro­no­mie à la Haute Ecole du pay­sage, d’in­gé­nie­rie et d’ar­chi­tec­ture de Genève: les se­mences uti­li­sées en agri­cul­ture bio­lo­gique doivent être cer­ti­fiées bios, même si des dé­ro­ga­tions sont pos­sibles dans cer­tains cas très spé­ci­fiques. Il faut savoir que les graines non bios peuvent être en­duites après ré­colte de toutes sortes de poudres de per­lim­pin­pin, pour as­su­rer leur conser­va­tion ou em­pê­cher la ger­mi­na­tion dans l’em­bal­lage, par exemple. Elles peuvent aus­si être trai­tées avec des in­sec­ti­cides, dont les fa­meux néo­ni­co­ti­noïdes. Ceux-ci sub­sistent dans toutes les par­ties de la fu­ture plante, jusque dans son pol­len. Ce­la les rend très nui­sibles pour les in­sectes pol­li­ni­sa­teurs, en par­ti­cu­lier les abeilles.» Voi­là donc pour les se­mences: porter son choix sur des graines bio­lo­giques semble une évi­dence pour le jar­di­nier sou­cieux de l’en­vi­ron­ne­ment, même s’il n’est pas sou­mis au strict ca­hier des charges de Bio Suisse!

Les plan­tons

On com­prend bien que le plan­ton is­su de graines non bios risque de conte­nir des traces de ces trai­te­ments, mais per­sis­ten­telles vrai­ment jus­qu’à l’as­siette? «Tout dé­pend des produits, se­lon Antoine Bes­son. Il se­rait éton­nant qu’on en re­trouve dans un plant de deux ou trois ans de culture sans trai­te­ment. Il y a for­cé­ment un ef­fet de di­lu­tion au fil des cycles de vé­gé­ta­tion et donc une dé­gra­da­tion pro­gres­sive.» Mais si elles ne sont pas ou plus dé­tec­tables dans les fruits consom­més, ces sub­stances ne se sont pas en­vo­lées comme par en­chan­te­ment: elles se nichent quelque part, no­tam­ment dans les sols, puis s’écoulent dans les eaux sous forme de mi­cro­pol­luants, ces ré­si­dus si dif­fi­ciles à in­ter­cep­ter

La culture

Une fois les plan­tons re­pi­qués, la ques­tion à se po­ser est celle de la né­ces­si­té des trai­te­ments en cours de culture, de l’an­ti­li­mace en gra­nules bleus par exemple ou aux in­sec­ti­cides et autres en­grais de syn­thèse. Quel est leur in­té­rêt dans un jar­din pri­vé, lors­qu’on n’a pas d’ob­jec­tifs éco­no­miques? «Trai­ter chi­mi­que­ment son po­ta­ger est tout simplement idiot», af­firme l’in­gé­nieur agro­nome. D’abord parce qu’il existe une mul­ti­tude de so­lu­tions pour amé­lio­rer ses cultures avec des produits na­tu­rels, comme les pu­rins de plantes, le com­pos­tage, la préparation du sol. Jar­di­ner n’est pas juste mettre en terre un plan­ton et consom­mer ses fruits puis re­com­men­cer l’an­née sui­vante. C’est un cycle plus large, qui in­clut com­plè­te­ment le jar­di­nier. «Et puis, si une to­mate ou une fraise n’est pas belle, on la met au compost! Est-ce grave?» in­ter­roge le spé­cia­liste, qui rap­pelle au pas­sage que la pre­mière vic­time des trai­te­ments de syn­thèse, c’est la per­sonne qui les ap­plique. «Tout comme les pay­sans, le jar­di­nier est bien plus ex­po­sé aux ef­fets toxiques des produits de syn­thèse lors­qu’il les épand que lors de la consom­ma­tion de ses ré­coltes. Les cueilleuses de feuilles de thé en Asie ou de concombres en Es­pagne en savent quelque chose.»

* Con­sul­table en ligne: https://www.bio­suisse.ch/media/vundh/re­gel­werk/2019/ Fr/rl_2019_1.1_f_­ge­samt__4.2.2019.pdf

Oli­ver Hoffmann/ala­my Stock Pho­to

À condi­tion d’être culti­vé sans trai­te­ment chi­mique, un plan­ton, même non bio, de­vrait être qua­si exempt de tout ré­si­du au bout de deux trois ans. dans les sta­tions d’épu­ra­tion. Au­tre­ment dit: elles risquent de fi­nir dans nos or­ga­nismes, d’une ma­nière ou d’une autre.

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