À Ge­nève, la PPE ré­tré­cit à l’achat

Le Matin Dimanche - - SUISSE - CHRISTIAN BERNET

Il est prof de math, la cin­quan­taine dé­bon­naire, ma­rié et père de trois filles. Et bien sûr lo­ca­taire, comme la plu­part des Ge­ne­vois. «Mais avec les taux bas, ça vaut la peine d’ache­ter, d’au­tant plus que je sens que mes ados vont traî­ner en­core un mo­ment à la mai­son.» Il s’est donc por­té can­di­dat pour ac­qué­rir un 6 pièces dans le fu­tur quar­tier de l’étang, à Ver­nier. 140 m2 pour 1,1 mil­lion de francs. Une au­baine.

Ces ap­par­te­ments, on se les ar­rache, car ils bé­né­fi­cient de prix contrô­lés par l’état. «J’ai eu une sa­crée veine d’être re­te­nu, s’ex­clame ce ma­thé­ma­ti­cien. Mais heu­reu­se­ment que ma femme, elle, sait comp­ter. Car les 140 m2 qu’on nous an­nonce n’y sont pas. Il en manque même pas mal. On a donc re­non­cé.»

Le quar­tier de l’étang a osé une pre­mière en Suisse. La cen­taine de pro­prié­tés par étage (PPE) a pu être ré­ser­vée sur in­ter­net se­lon le prin­cipe: pre­mier ar­ri­vé, pre­mier ser­vi. Plus de mille can­di­dats se sont connec­tés le 20 mars pour ten­ter de dé­cro­cher le saint Graal.

Pre­miers sur la liste, le prof de math et sa femme ont com­pa­ré la «sur­face ha­bi­table» in­di­quée sur la vi­gnette et les plans. Le ré­sul­tat est sans équi­voque. Alors que la «sur­face ha­bi­table» men­tion­née s’élève à 140 m2, on n’en me­sure que 120 sur les plans. Les quatre autres PPE qui res­tent à vendre pré­sentent les mêmes écarts. Par exemple, un 4 pièces de 110 m2 n’en compte que 92. Un 5 pièces à 121 m2 se li­mite à 105 m2.

Les sur­faces réel­le­ment ha­bi­tables ne re­pré­sentent à chaque fois qu’en­vi­ron 85% de ce qui est pro­po­sé à la vente. Et voi­là com­ment on perd un gros dixième de m2 utile. Au­rait-on vou­lu trom­per le client?

«Ab­so­lu­ment pas, ré­agit Gré­go­ry Mar­chand, di­rec­teur des ventes chez Gé­ro­fi­nance. Il n’y a au­cune vo­lon­té de trom­pe­rie. Vous ima­gi­nez bien que ces élé­ments de sur­face sont dis­cu­tés lors des ren­contres entre les clients et les ven­deurs, puis avec le no­taire. S’il y avait le moindre pro­blème, il ap­pa­raî­trait tout de suite.»

Des ap­par­te­ments sont ven­dus avec des sur­faces plus pe­tites qu’an­non­cé. Trom­pe­rie ou erreur?

Comp­ter les murs

Après avoir vé­ri­fié la pré­sen­ta­tion sur le site, il re­con­naît tou­te­fois une erreur. «Le li­bel­lé sur la vi­gnette est faux puis­qu’il évoque une sur­face ha­bi­table. J’ai de­man­dé à mes ser­vices de le cor­ri­ger. Mais je le ré­pète, il n’y a au­cune vo­lon­té de faire croire aux clients qu’ils achètent plus grand qu’en réa­li­té.» En fait, la con­fu­sion est as­sez simple. Les aires qui sont men­tion­nées cor­res­pondent à la «sur­face PPE». La dif­fé­rence? Elle in­clut dans le cal­cul les murs in­té­rieurs, les fa­çades et la moi­tié des murs mi­toyens. «Avec des iso­la­tions tou­jours plus épaisses, nous ar­ri­vons par­fois à un écart de 15%», note un géo­mètre of­fi­ciel qui sou­haite gar­der l’ano­ny­mat, la pu­bli­ci­té lui étant in­ter­dite.

«La no­tion de su­per­fi­cie ha­bi­table n’existe pas dans la loi, pour­suit ce der­nier. À Ge­nève, on n’uti­lise que la sur­face PPE, et ce­la de­puis des dé­cen­nies.» Mais il tient à ras­su­rer: «Chose unique en Suisse, un géo­mètre contrôle toutes les cotes à l’is­sue du chan­tier. Par ailleurs, toutes les sur­faces, pri­vées ou com­munes, sont ré­per­to­riées avec pré­ci­sion dans les re­gistres fon­ciers. Le can­ton offre la sé­cu­ri­té ju­ri­dique la plus pré­cise du pays en ma­tière PPE.»

En­core faut-il que le client sache de quoi on parle et que les ven­deurs ne jouent pas sur les am­bi­guï­tés. De nom­breuses PPE sont aus­si à vendre dans l’opé­ra­tion im­mo­bi­lière des Com­mu­naux d’am­billy, à Thô­nex. Ici, les in­di­ca­tions sont plus claires. Mais il faut se ré­fé­rer à un pe­tit as­té­risque pour sa­voir que la di­men­sion in­di­quée ex­prime la sur­face PPE. Sur les plans, c’est en­core ce chiffre qui est mis en va­leur, la sur­face nette étant en abré­gé.

«Nous in­di­quons la sur­face PPE car c’est celle que l’on va re­trou­ver dans tous les actes de ventes et celle que le client va ache­ter, ex­plique Yan­nos Ioan­nides au Comp­toir Im­mo­bi­lier. Ne pas la men­tion­ner se­rait l’in­duire en erreur. L’in­di­ca­tion de la sur­face nette est mal­ai­sée car il existe de nom­breuses ma­nières de la cal­cu­ler. Nous l’avons af­fi­chée, en sa­chant que l’es­sen­tiel, ce sont les ex­pli­ca­tions que les cour­tiers pro­diguent aux clients. D’une ma­nière gé­né­rale, le maxi­mum de transparence est dans l’in­té­rêt de tous.»

DR

Sur plan, les ap­par­te­ments pré­sentent en fait une sur­face ha­bi­table in­fé­rieure à celle des an­nonces de vente.

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