L’UDC veut que les au­to­ri­tés puissent sai­sir le mo­bile des ré­fu­giés

Le Matin - - SUISSE - Deux élus UDC veulent contraindre les re­qué­rants à don­ner leur té­lé­phone por­table en cas de doute sur leur iden­ti­té. La ques­tion de la sphère pri­vée est en jeu.

Asile Faut-il obli­ger les re­qué­rants d’asile à four­nir leur té­lé­phone por­table, ta­blette ou or­di­na­teur aux au­to­ri­tés suisses si celles-ci n’ar­rivent pas à éta­blir leur iden­ti­té avec exac­ti­tude? C’est en tout cas la vo­lon­té de deux conseillers na­tio­naux UDC alé­ma­niques. Ils ont dé­po­sé il y a dix jours une ques­tion au Par­le­ment, re­layée dans Blick. Pe­ter Kel­ler et Gre­gor Rutz veulent mieux lut­ter contre la fraude à l’asile. Elle consiste pour un re­qué­rant sans pa­piers d’iden­ti­té à pré­tendre ve­nir d’un pays par­ti­cu­lier dans le but d’avoir plus de chances d’ob­te­nir l’asile ou de de­ve­nir in­ex­pul­sable.

Pour ten­ter d’y mettre fin, les deux conseillers na­tio­naux se sont ins­pi­rés d’une idée al­le­mande: don­ner la pos­si­bi­li­té au Se­cré­ta­riat d’État aux mi­gra­tions (SEM) de contrô­ler dans les ap­pa­reils élec­tro­niques des ré­fu­giés leur ori­gine, et ce même sans leur consen­te­ment. «Le Mi­nis­tère al­le­mand de l’in­té­rieur es­time que, l’an­née der­nière, 50% à 60% des re­qué­rants d’asile au­raient pu faire l’ob­jet de cette me­sure des­ti­née à contrô­ler si un ré­fu­gié a in­di- qué une fausse iden­ti­té afin d’évi­ter le re­fou­le­ment ou d’ob­te­nir in­dû­ment des pres­ta­tions so­ciales», font va­loir les deux élus de Nid­wald et de Zu­rich.

«Que l’on change la loi!»

Lun­di, le Conseil fé­dé­ral a ré­pon­du que la me­sure était en­core à l’étude en Al­le­magne. Mais sur­tout qu’elle né­ces­si­te­rait une mo­di­fi­ca­tion lé­gis­la­tive. Car ac­tuel­le­ment «une telle ac­tion consti­tue une at­teinte im­por­tante à la vie pri­vée de la per­sonne concer­née». En ef­fet, pro­cé­der à une ana­lyse ap­pro­fon­die d’un té­lé­phone por­table né­ces­site l’aval d’un pro­cu­reur.

«Eh bien, que l’on change la loi! ap­puie le conseiller na­tio­nal Jean-Luc Ad­dor (UDC/VS). L’ob­jet est suf­fi­sant pour la créa­tion d’une telle base lé­gale. On a sou­vent peu de moyens de vé­ri­fier les dires des uns et des autres. Cette mé­thode en est un. Les don­nées conte­nues dans les té­lé­phones por­tables sont ac­ces­sibles et per­mettent de ma­nière simple de sa­voir si des per­sonnes se moquent de nous ou non. L’en­jeu à la fin est quand même d’ob­te­nir le droit de res­ter chez nous. Ce n’est pas rien.»

Le Conseil fé­dé­ral rap­pelle tou­te­fois que les re­qué­rants sont dé­jà te­nus de co­opé­rer avec les au­to­ri­tés au risque de voir leur de­mande d’asile ge­lée. De plus, le SEM uti­lise un ou­til d’ana­lyse ap­pe­lé Lin­gua. Il vé­ri­fie, ai­dé par des ex­perts, l’usage lexi­cal et pho­no­lo­gique des de­man­deurs d’asile. Ain­si, leur lieu de pro­ve­nance peut être dé­ter­mi­né pré­ci­sé­ment.

Ou­tils «sa­tis­fai­sants»

«Les ins­tru­ments ac­tuels me pa­raissent sa­tis­fai­sants, ré­agit la conseillère na­tio­nale Va­lé­rie Piller Car­rard (PS/FR). L’am­pleur du phé­no­mène ne me semble pas suf­fi­sam­ment im­por­tante pour que l’on at­teigne à la sphère pri­vée des per­sonnes.» Se­lon les chiffres de Blick, quatre de­man­deurs d’asile sur cinq sont ar­ri­vés en Suisse sans pa­piers d’iden­ti­té, soit en­vi­ron 20 000 per­sonnes.

Dar­rin Zam­mit Lu­pi/Reu­ters

Lire le conte­nu d’un té­lé­phone est une at­teinte à la vie pri­vée.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.