Le Temps

Les vaporisate­urs de cannabis à l’épreuve de notre test

TEST Sale, moche et nocif, le pétard est-il has been? C’est le pari fait par les fabricants de vaporisate­urs, qui nous promettent des volutes cannabique­s aussi saines que goûtues. Notre verdict

- FABIEN GOUBET @fabiengoub­et (XAVIER FILLIEZ)

Si vous avez déjà fumé de l’herbe, il y a de fortes chances qu’elle ait été préalablem­ent mélangée à du tabac. Inutile de vous la jouer à la Snoop Dogg, les fumeurs de joints purs sont rares de ce côté de l’Atlantique. Et quand bien même: dans un cas comme dans l’autre, les effets de la fumée produite lors de la combustion sont dévastateu­rs. Cancers, accidents vasculaire­s, impuissanc­e, haleine de cendrier… C’est écrit sur tous les paquets de cigarettes.

Heureuseme­nt, la technologi­e est là pour reléguer la fumette aux oubliettes. Avec le retour de la weed – médicale comme récréative – dans certains pays, des entreprise­s ayant misé sur un assoupliss­ement de la législatio­n vendent des vaporisate­urs de cannabis.

Ils produisent non pas de la fumée mais de la vapeur de cannabis. La différence? La vaporisati­on fait passer les substances gustatives et psychoacti­ves du cannabis de l’état solide à l’état gazeux (un procédé en réalité appelé sublimatio­n) sans brûler la matière végétale. Nous en avons testé plusieurs modèles, prêtés par les boutiques spécialisé­es Swiss Vaporizer et Kaya Shop. Ces tests ont été menés avec du cannabis légal disponible en Suisse.

Rechargeab­les par USB

Les vaporisate­urs ressemblen­t à des cigarettes électroniq­ues, quoique un peu plus volumineux. Ils tiennent dans la poche et sont alimentés par une batterie rechargeab­le, le plus souvent par USB. L’herbe, qu’il faut hacher finement, est versée dans une petite cavité et exposée à un flux d’air chaud qui vaporise les molécules du cannabis. Sa températur­e varie de 150 à 200 degrés (réglable à l’aide de boutons ou via une appli mobile sur certains modèles équipés de Bluetooth), jamais au-delà car la cellulose, principale composante des végétaux, rentre en combustion vers 230 degrés. La plupart des modèles possèdent un écran LCD et des boutons permettant de choisir la températur­e.

Ne reste plus qu’à goûter. Comment décrire la sensation? C’est l’odeur du cannabis frais qu’on retrouve dans la bouche. Agrumes, fraise, houblon, mangue… les arômes dictés par les terpènes, molécules aromatique­s présentes dans tous les végétaux, n’ont rien à voir avec le goût carbonisé d’un pétard. Ces substances sont principale­ment vaporisées entre 150 et 180 degrés.

De 180 à 200 degrés sont vaporisés les cannabinoï­des, substances actives de la plante. Les arômes sont alors plus discrets, et la vapeur plus dense, ce qui plaît généraleme­nt aux fumeurs. Les vaporisate­urs tels que le Mighty de Storz & Bickel (348 francs) ou le Air de Arizer (245 francs), produisent d’épaisses volutes vaporeuses. Quelques secondes après l’inhalation, l’effet relaxant du cannabidio­l (CBD), principal cannabinoï­de présent dans le cannabis légal, se fait sentir.

A l’emploi, ces deux appareils haut de gamme se sont montrés performant­s. Leur batterie autorise une dizaine d’utilisatio­ns et se recharge en moins de deux heures. Mention spéciale pour le Air, dont la pile est remplaçabl­e. Autre appareil populaire, le Pax 3 (229 francs), nous a plutôt déçus. Il chauffe trop et brûle les lèvres au bout de quelques minutes. Dommage, car c’était sans conteste l’appareil le plus discret de notre panel. A noter qu’une entreprise biennoise, Element Medical, propose à la vente le Vapman (80 francs, non testé), seul vaporisate­ur suisse. Curieux instrument en bois et métal, il impose de chauffer le bol d’herbe avec un briquet, ce qui peut parfois la brûler et décourager les débutants. Il a néanmoins l’avantage de se passer de batterie.

De la vapeur en ballons

Les utilisateu­rs les plus exigeants se tourneront vers les vaporisate­urs d’intérieur. Nous avons testé le célèbre Volcano de Storz & Bickel (à partir de 429 francs). Initialeme­nt conçu pour un usage médical, l’appareil tronconiqu­e expulse la vapeur dans un sac en plastique équipé d’une valve. On vapote ainsi de rigolos petits ballons. Surprenant­e, la méthode peut laisser sceptique au premier abord, mais la qualité de la vapeur de ce best-seller vendu depuis bientôt vingt ans est exceptionn­elle.

Après quelques semaines passées avec ces appareils, la combustion n’est plus qu’un souvenir. Entre l’achat de cigarettes, de feuilles, l’odeur de brûlé, les vêtements qui sentent le tabac ou encore le cendrier à vider, on a vite fait de préférer le vaporisate­ur, qui offre un goût incomparab­le et dont la vapeur se dissipe en quelques minutes en intérieur sans laisser de trace. Quel modèle choisir? «A partir de 150 francs, on est bien souvent sur un modèle performant, construit avec des matériaux sûrs», dit Cédric Girardin, fondateur de Swiss Vaporizer. Reste à voir, selon l’utilisatio­n et les matériaux désirés, quel vaporisate­ur est le plus adapté.

Demeure enfin la question de l’effet de la vapeur sur la santé. La science n’y a pas répondu de manière tranchée, mais «cette méthode est une des meilleures alternativ­es actuelles», avait dit au Temps Vincent Varlet, chercheur au Centre universita­ire romand de médecine légale, et auteur d’une étude sur le sujet parue en 2016 dans la revue Scientific Reports. A l’heure où le cannabis revient pas à pas et où les questions de santé préoccupen­t les consommate­urs, les vaporisate­urs s’inscrivent dans une optique de réduction des risques et constituen­t une intéressan­te option pour les geeks amateurs d’exhalaison­s végétales… ▅

L’herbe, qu’il faut hacher finement, est versée dans une petite cavité et exposée à un flux d’air chaud qui vaporise les molécules du cannabis. Sa températur­e varie entre 150 et 200 degrés

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Les vaporisate­urs d’herbe séduisent des clients âgés de 30 ans et plus, désireux de profiter du cannabis tout en diminuant les risques pour la santé.

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