Dans la peau d’Alain Ber­set, avec le pho­to­graphe Nicolas Bro­dard

Le Temps - - LA UNE - PAR CAROLINE STEVAN @Ca­ro­li­neS­te­van www.conseiller­fe­de­ral.ch www.ni­co­las­bro­dard.com

Nicolas Bro­dard a sui­vi Alain Ber­set du­rant six mois, sans ja­mais le pho­to­gra­phier mais en mon­trant ce qu’il voyait. Un es­sai do­cu­men­taire sur la fonc­tion po­li­tique plus que la per­sonne, à l’heure du re­nou­vel­le­ment ré­cent du Con­seil fé­dé­ral

Une main ap­puie sur la page blanche, tan­dis que l’autre écrit à la plume. L’oeil suit les lettres en train de se for­mer: «Ala…» L’oeil, c’est ce­lui du spec­ta­teur, du pho­to­graphe, ou peut-être d’Alain Ber­set. Parce que, du­rant six mois, Nicolas Bro­dard a sui­vi le conseiller fé­dé­ral – avant son an­née pré­si­den­tielle – glis­sant ses pas dans les siens, po­sant son re­gard au même en­droit que lui. Alain Ber­set n’ap­pa­raît sur au­cune image mais cha­cune montre son point de vue. C’est l’ori­gi­na­li­té du tra­vail du pho­to­graphe. «Ayant beau­coup tra­vaillé comme re­por­ter à l’étran­ger, je me suis in­ter­ro­gé sur notre sys­tème po­li­tique suisse et j’ai eu en­vie de dé­ve­lop­per un pro­jet per­son­nel sur ce thème, note Nicolas Bro­dard. Je vou­lais me pen­cher sur le som­met du pou­voir, à sa­voir un Con­seil fé­dé­ral, mais sans lui ser­vir la soupe. D’où l’idée de ne pas le mon­trer. C’est la fonc­tion que je do­cu­mente, pas l’homme.»

Nicolas Bro­dard songe à Alain Ber­set, mi­sant sur la solidarité fri­bour­geoise et les bonnes dis­po­si­tions pour la pho­to­gra­phie que de­vrait avoir un mi­nistre de la Culture. Le Dé­par­te­ment de l’in­té­rieur ac­cepte la pro­po­si­tion à une seule condi­tion: que les en­fants du conseiller ne fi­gurent pas sur les images. Pour le reste, Nicolas Bro­dard a ac­cès à tout, choi­sis­sant les évé­ne­ments qui l’in­té­ressent dans l’agen­da fé­dé­ral. Le pro­jet dé­marre en mars 2017 et les dé­buts sont dif­fi­ciles. «J’étais trop loin, il y avait trop d’angle. Je me suis de­man­dé plu­sieurs fois pour­quoi je m’étais im­po­sé de telles contraintes tech­niques.» Une bière par­ta­gée à Ve­nise est l’oc­ca­sion de s’en ou­vrir à Alain Ber­set, qui pro­pose au pho­to­graphe de s’ap­pro­cher plus près, voire de s’ap­puyer sur son épaule en cas de be­soin. Evi­dem­ment, ce re­por­ter col­lé au conseiller fé­dé­ral in­trigue sou­vent les per­sonnes pré­sentes. Nicolas Bro­dard est mal à l’aise, Alain Ber­set ex­plique: «C’est un ar­tiste…»

Au fi­nal, le pho­to­graphe trouve la bonne dis­tance. Et les images ra­content. La ten­sion de la cheffe de la com­mu­ni­ca­tion, qui ob­serve der­rière une vitre, les nom­breux dé­lé­gués in­ter­na­tio­naux lors d’un som­met, le ma­quillage de Ch­ris­tian Lü­scher avant un face-à-face té­lé­vi­sé, la po­pu­la­tion qui ré­clame son lot d’at­ten­tion et de sel­fies. Sel­fie qui per­met au pas­sage d’aper­ce­voir Alain Ber­set… et Nicolas Bro­dard dans le fond.

Comme dans le tra­vail de Niels Acker­mann sur Pierre Mau­det, l’es­thé­tique, ou plu­tôt l’at­mo­sphère, évoque le cinéma. «L’es­thé­tique s’est im­po­sée à moi, puisque je ne pou­vais pas choi­sir le point de vue, ce qui est bi­zarre pour un pho­to­graphe. En re­vanche, c’est dans le re­ca­drage et la sé­lec­tion des images qu’une ligne s’est des­si­née», note le Fri­bour­geois. Une ligne à contem­pler dans un livre qui pa­raî­tra en fé­vrier chez Till Schaap.

«C’est la fonc­tion que je do­cu­mente, pas l’homme»

NICOLAS BRO­DARD, PHO­TO­GRAPHE

(PHO­TOS NICOLAS BRO­DARD)

Si­gna­ture du livre d’or de l’UDC Jürg Stahl, alors pré­sident du Con­seil na­tio­nal.

Sel­fie avec la bo­dy­buil­deuse Fan­ny Cla­vien à l’oc­ca­sion de l’an­ni­ver­saire des 100 ans de la Chambre de com­merce va­lai­sanne. La seule image où l’on voit le vi­sage du conseiller fé­dé­ral… et ce­lui du pho­to­graphe!

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