«L’exé­cu­tif vau­dois a be­soin d’un re­gard de droite»

Le Temps - - SUISSE - PROPOS RECUEILLIS PAR JU­LIA RIPPSTEIN @Ju­liaRipp­stein

Pour bri­guer le siège de Pier­reYves Maillard au Conseil d’Etat, les dé­lé­gués de l’UDC ont pré­fé­ré Pas­cal Des­sauges, pré­fet du Gros-de-Vaud, au dé­pu­té Phi­lippe Jo­bin. Ob­jec­tif: fé­dé­rer la droite et lui re­don­ner la ma­jo­ri­té à l’exé­cu­tif

Après deux es­sais in­fruc­tueux en 2011 et 2016, le Vau­dois Pas­cal Des­sauges (54 ans) a été dé­si­gné haut la main par les dé­lé­gués de l’UDC jeu­di soir à Ecu­blens (VD) comme can­di­dat pour l’élec­tion com­plé­men­taire au Conseil d’Etat, face au dé­pu­té et chef de groupe Phi­lippe Jo­bin. L’ac­tuel pré­fet du Grosde-Vaud ten­te­ra de ra­me­ner une ma­jo­ri­té de droite au sein du gou­ver­ne­ment can­to­nal le 17 mars, pro­fi­tant du dé­part du so­cia­liste Pierre-Yves Maillard, qui pren­dra la tête de l’Union syn­di­cale suisse (USS).

Agri­cul­teur de for­ma­tion, Pas­cal Des­sauges a été membre de la Cons­ti­tuante, mu­ni­ci­pal puis syn­dic de Naz, près d’Echal­lens (VD). Il a aus­si di­ri­gé l’UDC Vaud pen­dant deux ans avant d’être nom­mé pré­fet de Morges puis du Gros-de-Vaud. Père de trois en­fants, il pos­sède le grade de co­lo­nel et est en­ga­gé dans plu­sieurs so­cié­tés lo­cales. Le par­ti af­firme que son pou­lain «pré­sente toutes les qua­li­tés et l’ex­pé­rience po­li­tique pour bri­guer un man­dat au Conseil d’Etat».

Vous aviez dé­jà ten­té votre chance à deux re­prises, sans suc­cès. Mais hier soir, vous avez rem­por­té 89 voix face à votre concur­rent Phi­lippe Jo­bin, qui n’en a ré­col­té que 53, alors qu’il a été net­te­ment plus pré­sent sur la scène mé­dia­tique ces der­nières se­maines et par­tait fa­vo­ri. Qu’est-ce qui a fait la dif­fé­rence?

Je pense que la ma­nière de me pré­sen­ter a convain­cu. Je pos­sède des ex­pé­riences dans dif­fé­rents do­maines (mi­li­taire, associatif, po­li­tique), ce qui a per­mis de me for­ger une per­son­na­li­té d’exé­cu­tif. J’ai à coeur de prendre les avis de chaque par­tie tout en as­su­mant mes dé­ci­sions. En tant que pré­fet, j’ai de bonnes connais­sances des com­munes et de leur fonc­tion­ne­ment, je vis au jour le jour leur réa­li­té. Si j’ai échoué les deux fois pré­cé­dentes, c’est parce que je n’étais pas consi­dé­ré comme étant le can­di­dat à pou­voir ra­tis­ser le plus large. Cette fois, j’ai été sol­li­ci­té par plu­sieurs membres de la droite, qui m’ont en­cou­ra­gé à me pré­sen­ter. Ma fonc­tion de pré­fet a aus­si pu jouer un rôle, car elle im­plique de ne pas mettre ses af­fi­ni­tés po­li­tiques en avant.

Même si vous avez mis votre fonc­tion de pré­fet entre pa­ren­thèses de­puis hier soir, cette «éti­quette» ne risque-t-elle pas de vous bri­der pour me­ner la cam­pagne?

Non, je ne pense pas. J’aime que les choses avancent, ce se­ra une cam­pagne tout à faire nor­male pour moi. Etant quel­qu’un de res­pec­tueux, je ne vais at­ta­quer per­sonne, mais je ne vais pas m’em­pê­cher d’abor­der les points que je sou­haite dé­fendre et les choses en place ac­tuel­le­ment que j’ai­me­rais chan­ger.

Vous avez émis hier votre vo­lon­té d’ins­tau­rer une po­li­tique «res­pon­sable et réa­liste». Celle du gou­ver­ne­ment ac­tuel ne l’est donc pas?

Je ne dis pas qu’elle est ir­res­pon­sable, mais il faut faire en sorte que les pres­ta­tions of­fertes, no­tam­ment dans la san­té et l’ac­tion so­ciale, soient fi­nan­çables sur le long terme. Or les dé­penses dans ce sec­teur sont beau­coup trop éle­vées: elles sont net­te­ment su­pé­rieures à celles de la for­ma­tion, ce qui est aber­rant. L’édu­ca­tion des jeunes est pri­mor­diale, à mes yeux. Il faut ab­so­lu­ment re­voir cette ré­par­ti­tion et je pense que, pour ce­la, un re­gard de droite est né­ces­saire. Les charges dans la san­té et l’ac­tion so­ciale ne peuvent conti­nuer à aug­men­ter, au risque de pe­ser de ma­nière in­sou­te­nable sur les contri­buables vau­dois.

Le can­ton a pour­tant consen­ti à une baisse d’im­pôts dès cette an­née. Ce­la ne vous suf­fit pas?

La baisse d’im­pôts an­non­cée est dé­jà un très bon signe. Tou­te­fois, il reste à voir com­ment ce­la va se tra­duire. Ce que j’en­tre­vois pour le mo­ment, c’est qu’on di­mi­nue les im­pôts au ni­veau can­to­nal, tan­dis que ceux-ci aug­mentent au ni­veau com­mu­nal. Un simple trans­fert du can­ton aux com­munes, dont cer­taines sont en grande dif­fi­cul­té, n’est pas sou­hai­table ni viable à long terme. Il faut mettre en place un réel équi­libre. Cette asy­mé­trie dé­coule de la ma­jo­ri­té ac­tuelle de gauche, qui dé­fend ses idéaux en don­nant da­van­tage de pou­voir au can­ton. La si­tua­tion et les prio­ri­tés chan­ge­raient si la droite de­vait re­ga­gner la ma­jo­ri­té.

Jus­te­ment, l’UDC n’est plus re­pré­sen­tée à l’exé­cu­tif vau­dois de­puis la mort de JeanC­laude Mer­moud, en 2011, et la perte de la ma­jo­ri­té de droite qui s’est en­sui­vie. Le PDC a lan­cé Axel Ma­rion, ce qui ne fa­ci­lite pas les choses, et le PLR n’a pas en­core dé­fi­ni sa stra­té­gie. Com­ment s’im­po­ser face au PS?

Une can­di­da­ture unique de droite au­rait été idéale, c’est cer­tain. Il est néan­moins com­pré­hen­sible que le PDC veuille se mettre en avant en vue des élec­tions fé­dé­rales à l’au­tomne. Je conçois que le siège ne soit pas ga­gné d’avance, il fau­dra dis­cu­ter avec le centre droit. Mais j’ai bon es­poir que le PLR dé­cide de sou­te­nir ma can­di­da­ture mer­cre­di pro­chain. En­semble, nous pour­rons dé­fendre d’au­tant plus ef­fi­ca­ce­ment l’at­trac­ti­vi­té éco­no­mique du can­ton afin de pré­ser­ver les em­plois, c’est prio­ri­taire se­lon moi.

Le com­bat est donc per­du d’avance sans le sou­tien du PLR?

Si rien n’est im­pos­sible, ce se­ra in­con­tes­ta­ble­ment plus dif­fi­cile. Mais il semble évident qu’une al­liance centre-droite est né­ces­saire pour ob­te­nir un maxi­mum de voix et ten­ter de pas­ser de­vant la gauche.

(JEAN-CHRISTOPHE BOTT/KEYS­TONE)

Pas­cal Des­sauges a été nom­mé jeu­di soir par l’UDC Vaud comme can­di­dat à la course au Conseil d’Etat.

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