Il n’est ja­mais trop tard: conseils pour votre cure dé­tox

Le Temps - - CONVERSATION - JEAN GA­BRIEL JEANNOT MÉ­DE­CIN blogs.le­temps.ch/ dr-jean-ga­briel-jeannot

Après les ex­cès de fin d’an­née, que consom­mer pour pu­ri­fier votre or­ga­nisme? Ins­pi­rons-nous d’une sé­rie de tweets pu­bliés par As­clé­pios, le pré­sident du col­lec­tif Fa­kemed, une as­so­cia­tion dont le but est la pro­mo­tion de la mé­de­cine, des soins et des thé­ra­peu­tiques, fon­dées sur des preuves scien­ti­fiques. Mer­ci à lui de m’avoir au­to­ri­sé à pu­blier ses re­cherches sur les ali­ments dé­tox. Re­prise de ses tweets:

«J’ai dé­cou­vert en cher­chant sur Google que tous les ali­ments sont «dé­tox», sans au­cune ex­cep­tion.»

«Le ka­ki est un peu mé­con­nu, exo­tique mais as­su­ré­ment dé­tox. La ba­nane est aus­si dé­tox. Si vous ai­mez les courges, ras­su­rez-vous, elles sont aus­si dé­tox. Les pa­tates? Aus­si.»

«La chou­croute est éga­le­ment un ali­ment dé­tox. Mais a prio­ri, il faut en­le­ver la viande (quoique cer­tains sites disent qu’avec la viande ce se­rait dé­tox quand même).»

«Si vous avez car­ré­ment re­non­cé à man­ger des trucs co­mes­tibles, il y a aus­si de nom­breuses re­cettes à base de cac­tus. Vous pou­vez aus­si su­cer le jus d’un arbre quel­conque: sa­pin, bou­leau ou un arbre in­dien va­gue­ment mys­té­rieux.» […]

«Ce qui est ri­go­lo, c’est le laïus se­lon le­quel il fau­drait uti­li­ser dif­fé­rents ali­ments en smoo­thies ou en jus éti­que­tés dé­tox pour trans­for­mer notre corps en sta­tion d’épu­ra­tion. Sous l’ap­pa­rence d’un dis­cours san­té est dis­crè­te­ment sug­gé­rée l’idée que l’in­toxi­ca­tion de votre corps vient du monde ex­té­rieur.»

«Je vous rap­pelle sim­ple­ment que votre foie et vos reins n’ont pas be­soin de vous pour éli­mi­ner les toxines. Que les ré­gimes res­tric­tifs et ul­tra-sé­lec­tifs sont juste des moyens de cap­ter des gens vul­né­rables et de vous faire faire des achats in­utiles.»

«Et que sys­té­ma­ti­que­ment, ils servent de vi­trines à des ven­deurs de com­plé­ments ali­men­taires bios. Ou de la­bos peu scru­pu­leux qui vous four­nissent les pro­duits pour nour­rir votre vo­lon­té de de­ve­nir un centre de re­cy­clage de dé­chets.»

«Un vé­ri­table «ef­fet de mode» mar­ke­té par des pseu­do-thé­ra­peutes qui vous in­ventent une in­toxi­ca­tion pour jus­ti­fier leur laïus et les séances qu’ils vous pro­posent.»

«Un bu­si­ness gro­tesque et fleu­ris­sant sur la cré­du­li­té des gens que Le Fi­ga­ro a dé­non­cé.»

Qu’est-ce que le col­lec­tif Fa­kemed?

C’est un groupe de pro­fes­sion­nels de san­té aux spé­cia­li­tés et aux modes d’exer­cice très di­vers. Leur point com­mun est de pen­ser que la mé­de­cine doit adap­ter ses pra­tiques aux faits, ils cherchent à dif­fu­ser ces faits en les vul­ga­ri­sant via des vi­déos YouTube, des blogs, ou en­core par le biais des ré­seaux so­ciaux.

En 2018, ce col­lec­tif a pu­blié dans Le Fi­ga­ro une tri­bune dont le titre était «Com­ment agir contre les Fake Mé­de­cines?» (li­sible sur Fa­ke­me­de­cine. blog­spot.com). Le dé­bat en­traî­né par la pu­bli­ca­tion de cette tri­bune a me­né ce col­lec­tif à créer une as­so­cia­tion, ou­verte à tous, qui a pour ob­jet la pro­mo­tion de la mé­de­cine, des soins et des thé­ra­peu­tiques, fon­dées sur des preuves scien­ti­fiques et la lutte ac­tive contre les pra­tiques de soins non scien­ti­fiques, dé­viantes, dé­lé­tères, alié­nantes ou sec­taires.

Ce mou­ve­ment ne s’est mal­heu­reu­se­ment pas éten­du à la Suisse. En Hel­vé­tie, on n’en­tend que le si­lence des pro­fes­sion­nels de la san­té et des au­to­ri­tés. Au­cun ques­tion­ne­ment. Au­cune in­for­ma­tion ni mise en garde des ci­toyens, ni pour les cures dé­tox, ni pour les nom­breuses thé­ra­pies dou­teuses qui es­saiment sur le web. Un smoo­thie cac­tus?

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