Der­rière le «mur jaune»

Le Temps - - La Une - CLÉ­MENT LE FOLL, DORT­MUND

Avec ses 24 000 places de­bout, la Süd­tribüne du stade du Bo­rus­sia Dort­mund, qui ac­cueille mar­di le PSG en hui­tième de fi­nale de la Ligue des cham­pions, est la plus grande tri­bune d’Eu­rope. Au coeur de ce «mur jaune», éri­gé par la fer­veur des sup­por­ters, l’extrême droite tente de tis­ser sa toile. Re­por­tage.

GROU­PUS­CULES La Süd­tribüne du stade du Bo­rus­sia Dort­mund, qui ac­cueille mar­di le PSG en hui­tième de fi­nale de la Ligue des cham­pions, est connue pour sa fer­veur. Les 24 000 places de­bout de son «mur jaune» en font la plus grande tri­bune d’Eu­rope, mais aus­si un lieu de pou­voir tra­ver­sé par des luttes d’in­fluence

Les joueurs ju­bilent, les chopes de bière volent et les gra­dins fré­missent sous le poids des mil­liers de fans qui exultent. Ce 10 no­vembre 2018, la nuit est tom­bée sur la Ruhr lorsque le «mur jaune» s'em­brase. Vain­queur 3-2 du Bayern Mu­nich, le Bo­rus­sia Dort­mund prend sept points d'avance sur son ad­ver­saire du soir au som­met de la Bun­des­li­ga. Mais dans les cou­lisses de la plus grande tri­bune d'Eu­rope, l'am­biance a d'abord été élec­trique. Deux hoo­li­gans bien connus, per­so­na non gra­ta au West­fa­lens­ta­dion de­puis plu­sieurs an­nées, se sont im­mis­cés au coeur de la Süd­tribüne.

Queue-de-che­val noire, car­rure im­po­sante et bras re­cou­vert de ta­touages, le pre­mier est Sven Kah­lin, néo­na­zi d'une tren­taine d'an­nées, lié au par­ti d'extrême droite Die Rechte. Par­mi ses faits d'armes: le pas­sage à ta­bac de deux jeunes Turcs au mar­ché de Noël de Dort­mund en 2011, ou l'ho­mi­cide in­vo­lon­taire du punk Tho­mas Schultz en 2005, qui lui va­lut 7 ans de pri­son. A ses cô­tés, Ti­mo Kers­ting, un com­bat­tant de MMA in­ter­dit de stade pen­dant cinq ans en 2012. Il avait bran­di dans la Süd­tribüne une ban­de­role «So­li­da­ri­té avec le Na­tio­na­ler Wi­ders­tand Dort­mund», un par­ti néo­na­zi in­ter­dit quelques jours au­pa­ra­vant par le mi­nis­tère de Rhé­na­nie-du-Nord-West­pha­lie.

Le duo s'en­gouffre dans la tri­bune et se pré­sente de­vant le bloc 13, ce­lui où s'égo­sillent un week-end sur deux les fans les plus in­con­di­tion­nels du BVB. Les deux hoo­li­gans forcent une poi­gnée de main avec les ul­tras, avant de leur faire pas­ser un mes­sage: plus au­cune ban­de­role contre le ra­cisme, l'ho­mo­pho­bie ou toute forme de dis­cri­mi­na­tion, qui fleu­rissent de­puis quelques an­nées dans la tri­bune, ne doit être af­fi­chée. Une me­nace à peine voi­lée, comme le dé­taille Ro­bert Claus, spé­cia­liste du hoo­li­ga­nisme, qui a conseillé entre 2013 et 2019 le BVB sur ce su­jet. «S'ils sont ve­nus, c'est pour mon­trer leur pou­voir et étendre leur in­fluence. Ils ap­par­tiennent tous deux au groupe de hoo­li­gans North­side, qui pré­fère se battre que ve­nir au stade.» Kah­lin et Kers­ting pas­se­ront le reste de la ren­contre en tri­bune avec d'autres North­si­ders. Suite à cet évè­ne­ment, la po­lice de Dort­mund a in­di­qué au Temps ne pas avoir ou­vert d'en­quête, faute de «com­por­te­ment cri­mi­nel per­ti­nent», et qu'au­cune in­ter­dic­tion de stade n'avait été prise à l'en­contre des deux hoo­li­gans.

Le foot à Dort­mund, une sous-culture de masse

Lau­réat en 2019 du prix #EqualGame de l'UEFA pour son en­ga­ge­ment contre les dis­cri­mi­na­tions, le Bo­rus­sia Dort­mund n'a ja­mais pu to­ta­le­ment im­mu­ni­ser ses tra­vées contre une idéo­lo­gie as­sez ré­pan­due en ville. D'après l'as­so­cia­tion Back-up, qui conseille les vic­times de vio­lences ra­cistes, Dort­mund dé­tient le re­cord du nombre d'agres­sions ra­cistes en Al­le­magne (32 cas en 2018), no­tam­ment en marge de ma­ni­fes­ta­tions néo­na­zies. Parce qu'il est à la fois le re­pré­sen­tant d'une sous-culture et un ci­ment lo­cal, le club de foot­ball est une cible de choix pour les mi­li­tants d'extrême droite, qui ont tou­jours ten­té de re­cru­ter dans ses gra­dins. «Tous les hoo­li­gans ne sont pas des ex­tré­mistes, mais leur idéal de «loi du plus fort» in­té­resse ces par­tis», éclaire Ro­bert Claus.

Les liens entre hoo­li­gans et extrême droite s'éta­blissent dès les an­nées 1980, sous la fé­rule de Mi­chael Küh­nen. Vi­sage éma­cié et coupe en brosse, l'homme est l'un des pre­miers Al­le­mands à avoir em­bras­sé le na­zisme après la Se­conde Guerre mon­diale et ap­pe­lé à la créa­tion d'un Qua­trième Reich. Lorsque le Bo­rus­sen Front, pre­mier groupe de hoo­li­gans du BvB, naît en 1983, Küh­nen s'en rap­proche pour en faire le bras ar­mé de son par­ti, le Frei­heit­li­chen Deutsche Ar­bei­ter­par­tei (FAP).

Dans les an­nées 1980 et 1990, ces hoo­li­gans contrôlent la Süd­tribüne et mul­ti­plient les ba­garres, mais ils vont pro­gres­si­ve­ment perdre leur main­mise, no­tam­ment grâce au tra­vail an­ti-dis­cri­mi­na­tion du Fan-Pro­jekt de Dort­mund – une struc­ture in­dé­pen­dante pré­sente dans 59 clubs al­le­mands qui uti­lise le foot­ball pour fa­ci­li­ter l'in­té­gra­tion so­ciale des fans –, fon­dé en 1987 et sou­te­nu par de nom­breux sup­por­ters. L'émer­gence des groupes ul­tras du BVB – Des­pe­ra­dos en 1999, The Unity en 2001 et Ju­bos en 2005 – les fait dé­fi­ni­ti­ve­ment tom­ber dans l'ou­bli. Au­jourd'hui, tout signe dis­tinc­tif du Bo­rus­sen Front est in­ter­dit dans l'en­ceinte du West­fa­lens­ta­dion. Le groupe de­meure un mythe à Dort­mund, à l'image de son lea­der, Sieg­fried Bor­chardt. Ce­lui qui ré­pond au so­bri­quet de SS-Gi­gi s'est éga­le­ment en­ga­gé en po­li­tique, par­ti­ci­pant aux élec­tions ré­gio­nales et lan­çant le par­ti néo­na­zi Ka­me­rad­schaft Dort­mund.

Avec le re­trait du Bo­rus­sia Front dans les an­nées 2000, le Bo­rus­sia Dort­mund pen­sait en avoir fini avec les hoo­li­gans et l'extrême droite. Si quelques si­gnaux d'alerte conti­nuaient de s'al­lu­mer, «les ac­coin­tances entre ces deux mi­lieux étaient alors com­pli­quées à éta­blir, es­time Daniel Lörcher, res­pon­sable du dé­par­te­ment des ques­tions tou­chant aux sup­por­ters du BVB entre 2013 et 2019, au­jourd'hui à la tête du dé­par­te­ment Cor­po­rate Res­pon­si­bi­li­ty. Le club es­ti­mait que les pro­blèmes émer­geaient de l'extrême droite et que c'était à la ville de s'en char­ger. La mu­ni­ci­pa­li­té ju­geait, au contraire, que c'était du hoo­li­ga­nisme et donc l'af­faire du BVB.» Une faille dans la­quelle les groupes ex­tré­mistes de droite vont ra­pi­de­ment s'en­gouf­frer.

Prise de conscience et en­ga­ge­ment

En août 2012, lors d'un pre­mier tour de Coupe d'Al­le­magne, les hoo­li­gans des North­side af­fichent un mes­sage «Ri­co Malt – in­ou­bliable», en ré­fé­rence à un néo­na­zi dé­cé­dé en 2007 après un af­fron­te­ment avec un mi­li­tant an­ti­fas­ciste. Quelques jours plus tard, pour le match d'ou­ver­ture de la Bun­des­li­ga face au Wer­der Brême, une ban­de­role «So­li­da­ri­té avec le Na­tio­na­ler Wi­ders­tand Dort­mund», par­ti néo­na­zi ré­cem­ment in­ter­dit, est dé­ployée en Süd­tribüne. La coupe est pleine et elle va dé­bor­der en mars 2013, lorsque deux sup­por­ters liai­son of­fi­cers (SLO) du Bo­rus­sia Dort­mund sont pas­sés à ta­bac par des mi­li­tants d'extrême droite lors d'un dé­pla­ce­ment à Do­netsk en Ligue des cham­pions.

Le club change alors ra­di­ca­le­ment de po­si­tion et fait face à ses res­pon­sa­bi­li­tés. Une vi­déo met­tant en scène les joueurs sous le slo­gan «le Bo­rus­sia Dort­mund ras­semble» est pu­bliée quelques jours après cette agres­sion. Des ban­de­roles «Na­zi Raus» s'af­fichent en tri­bune. Le club ren­force ses équipes dé­diées à la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions et recrute un al­lié de poids, Daniel Lörcher. An­cien membre du groupe ul­tra The Unity – of­fi­ciel­le­ment apo­li­tique, mais qui vé­hi­cule sou­vent des mes­sages contre le ra­cisme –, il a or­ga­ni­sé en 2011 avec d'autres sup­por­ters une vi­site à Au­sch­witz. Un pro­jet sou­te­nu de­puis par le BVB qui, chaque an­née, fi­nance un voyage pour sen­si­bi­li­ser les sup­por­ters à l'Ho­lo­causte.

D'autres ini­tia­tives prennent forme, pour faire com­prendre aux ex­tré­mistes qu'ils ne sont pas les bien­ve­nus. Ce­la va des sous-verres avec l'ins­crip­tion «pas de bière pour les ra­cistes» aux af­fiches «BVB contre les na­zis» met­tant en scène les joueurs, en pas­sant par la créa­tion d'un maillot spé­cial por­tant l'ins­crip­tion «Le Bo­rus­sia ras­semble toutes les gé­né­ra­tions, les femmes et les hommes de toutes les na­tio­na­li­tés». Les fans s'en­gagent éga­le­ment. Fon­dé en 2014, Ball­spiel.ve­reint! ras­semble près de 40 fan-clubs du BVB et or­ga­nise des confé­rences sur la to­lé­rance. «Notre ob­jec­tif, à terme, est de créer une at­mo­sphère sans dis­cri­mi­na­tion au sein du stade et de ses en­vi­rons», dé­taille Lena Sch­weighö­fer, l'une des représenta­ntes de ce mou­ve­ment.

Une cen­taine d’in­ter­dits de stade

S'ils ne se po­si­tionnent pas clai­re­ment po­li­ti­que­ment, les groupes ul­tras – qui sont les plus nom­breux et les plus in­fluents en termes de membres dans la Süd­tribüne – ont mul­ti­plié les mes­sages an­ti-dis­cri­mi­na­tion. Le groupe Des­pe­ra­dos de­meure plus contro­ver­sé, ses membres flir­tant par­fois avec les membres de l'extrême droite et les hoo­li­gans. En marge d'un dé­pla­ce­ment à Ham­bourg il y a quelques an­nées, les Des­pe­ra­dos avaient dé­ployé un mes­sage de bon an­ni­ver­saire aux hoo­li­gans de North­side.

Pour com­plé­ter les dif­fé­rents moyens de sen­si­bi­li­sa­tion mis en place, le Bo­rus­sia Dort­mund s'est at­ta­ché les ser­vices de conseiller­s ex­té­rieurs, comme le spé­cia­liste du hoo­li­ga­nisme et de l'extrême droite Ro­bert Claus, afin de mieux cer­ner le pro­blème. Le club a no­tam­ment in­ter­dit de stade 100 sup­por­ters iden­ti­fiés comme proches de l'extrême droite. La po­lice de Dort­mund met l'ac­cent sur la né­ces­si­té de cette col­la­bo­ra­tion. «Les in­ter­dic­tions de stade (au ni­veau na­tio­nal ou lo­cal) sont exa­mi­nées et en­cou­ra­gées au BVB dès qu'une per­sonne a un com­por­te­ment dan­ge­reux ou com­met un dé­lit en marge d'un match de foot­ball. Nous pou­vons im­mé­dia­te­ment en­ga­ger une pro­cé­dure pé­nale.» Si ces me­sures ont fa­ci­li­té l'éloi­gne­ment des fas­cistes des tri­bunes de­puis 2013, elles n'ont pas pour au­tant éra­di­qué le pro­blème.

Car à par­tir de 2015, un nou­veau groupe de hoo­li­gans aux contours flous sème le trouble dans les gra­dins du Bo­rus­sia Dort­mund. Son nom: Riot 0231. «Il était com­po­sé d'an­ciens ul­tras adeptes du coup de poing et de com­bat­tants re­cru­tés dans les salles de sport», ré­vèle Ro­bert Claus. Sans qu'on puisse di­rec­te­ment éta­blir leurs liens avec l'extrême droite, ces hoo­li­gans se font no­tam­ment re­mar­quer lors du tra­jet re­tour de la fi­nale de Coupe d'Al­le­magne 2016, en­ton­nant des chants an­ti­sé­mites dans le train ré­ser­vé par les sup­por­ters du BVB. Ils me­nacent éga­le­ment de mort deux sa­la­riés du BVB très im­pli­qués dans la lutte contre l'an­ti­sé­mi­tisme: le pré­sident gé­né­ral Hans-Joa­chim Watzke et Daniel Lörcher, qui se sont ré­cem­ment ren­dus au mé­mo­rial de Yad Va­shem puis à Au­sch­witz pour com­mé­mo­rer les 75 ans de la li­bé­ra­tion du camp de concen­tra­tion.

«Evi­dem­ment, tous les hoo­li­gans ne sont pas des ex­tré­mistes, mais leur idéal de «loi du plus fort» in­té­resse ces par­tis»

RO­BERT CLAUS, SPÉ­CIA­LISTE DU HOO­LI­GA­NISME

En oc­tobre 2015 face à Aug­sbourg, ces hoo­li­gans ont dé­ployé une ban­de­role «Lörcher ton heure est ve­nue» dans la Süd­tribüne. «J’étais se­rein car j’ai im­mé­dia­te­ment re­çu le soutien du club et de nom­breux sup­por­ters, mais j’avais aus­si l’an­goisse de me faire agres­ser. Aux alen­tours du stade, je ne me dé­pla­çais ja­mais seul», se sou­vient Daniel Lörcher, qui pré­cise ne ja­mais avoir été agres­sé par ce groupe. Quelques mois plus tard, l’odys­sée des Riot 0231 prend fin. Alors qu’ils se rendent en bus à Darm­stadt pour as­sis­ter à un match du BVB, une cen­taine d’entre eux sont ar­rê­tés par la po­lice, qui sai­sit poings amé­ri­cains, ba­la­cla­vas et gants de com­bat.

Des re­crues dans les salles de MMA

Comme les autres groupes de hoo­li­gans de North­side ou Bo­rus­sen Front, les Riots 0231 ne sont pas les bien­ve­nus au West­fa­lens­ta­dion. Plu­sieurs sup­por­ters in­ter­ro­gés par Le Temps ont confié que cer­tains de leurs membres conti­nuent de se rendre en tri­bune à titre in­di­vi­duel. Le club et la po­lice ne peuvent rien faire, ces mi­li­tants n’ayant au­cun com­por­te­ment ré­pré­hen­sible dans l’en­ceinte du stade et n’af­fi­chant pas de mes­sages po­li­ti­sés. Chez les fans, leur pré­sence gé­nère mal­gré tout de la mé­fiance. «J’ai croi­sé les Riot à plu­sieurs re­prises par le pas­sé, mais je pré­fé­rais les évi­ter», se sou­vient Alexandre, membre du fan­club Con­foe­de­ra­tio Hel­ve­ti­ca Bo­rus­sia. La plu­part des fans que nous avons consul­tés se mé­fient tou­te­fois da­van­tage des jour­na­listes et re­fusent de ré­pondre par dé­fiance en­vers les mé­dias. D’autres en­core craignent de s’ex­pri­mer sur ce su­jet sen­sible. Ils s’ac­cordent ce­pen­dant sur une chose: «Ils ne nous dé­rangent pas tant qu’ils sup­portent le BVB et ne font pas de po­li­tique.»

C’est bien tout le pro­blème. Ces groupes d’extrême droite tentent tou­jours d’in­fu­ser leurs idées dans les têtes de sup­por­ters du BVB. Le champ de ba­taille idéo­lo­gique s’est dé­pla­cé dé­sor­mais aux alen­tours du stade. De nom­breuses ma­ni­fes­ta­tions d’extrême droite s’y dé­roulent les jours de match, sur le par­cours des sup­por­ters pour se rendre en tri­bune. Il y a quelques mois, en marge d’une ren­contre face au Bayer Le­ver­ku­sen, un ap­pel com­mun du BVB-Fa­nab­tei­lung, du fan­zine Sch­watz­gelb.de, de Ball­spiel.ve­reint! et du Fan­club Hein­rich Czer­kus a été lan­cé contre une ma­ni­fes­ta­tion or­ga­ni­sée par le par­ti d’extrême droite Die Rechte, connu par sa proxi­mi­té avec les hoo­li­gans de North­side. «Il était évident pour nous de faire une contre-ma­ni­fes­ta­tion avec les autres ac­teurs du ré­seau an­ti-dis­cri­mi­na­tion du BVB, pour mon­trer que, même en de­hors du stade, ils ne sont pas les bien­ve­nus», dé­taille Lena Sch­weighö­fer, re­pré­sen­tante du mou­ve­ment Ball­spiel.ve­reint!.

Cette ma­ni­fes­ta­tion a ras­sem­blé plu­sieurs cen­taines de per­sonnes et a été sou­te­nue par le club, qui a remercié les par­ti­ci­pants sur un pan­neau pu­bli­ci­taire du stade du­rant la ren­contre face à Le­ver­ku­sen. En mars 2018, le quo­ti­dien ré­gio­nal Ruhr Na­chrich­ten ré­vé­lait qu’une ba­garre avait op­po­sé une tren­taine de North­si­ders à une cin­quan­taine de membres de The Unity, le prin­ci­pal groupe ul­tra du BVB, à l’est de Dort­mund. Si le Bo­rus­sia s’investit plei­ne­ment pour lut­ter contre ses sup­por­ters les plus ex­trêmes, il reste conscient que ce com­bat n’est pas près de s’ache­ver. «Le BVB a ré­cem­ment été ci­té par la presse car l’un de ses ste­wards était af­fi­lié à l’extrême droite, re­lève Lena Sch­weighö­fer. Et il ne faut pas ou­blier les autres formes de dis­cri­mi­na­tion: l’an­ti­sé­mi­tisme, l’ho­mo­pho­bie et le sexisme.»

Au-de­là des tri­bunes, l’extrême droite lorgne de­puis une di­zaine d’an­nées vers les salles de sport, avec comme ob­jec­tif de re­cru­ter des adeptes de sports de com­bat. L’un des clubs de MMA al­le­mand le plus connus pour sa proxi­mi­té avec l’extrême droite est Kampf der Ni­be­lun­gen. En 2018, il or­ga­ni­sait un tour­noi de MMA pen­dant le fes­ti­val néo­na­zi Shield and Sword, qui cé­lé­brait la date de nais­sance d’Adolf Hit­ler. Par­mi ses membres, Sven Kah­lin et Ti­mo Kers­ting, les deux hoo­li­gans ve­nus mettre la pres­sion aux ul­tras en 2018.

Le bloc «drölf», coeur de la Süd­tribüne

Contrac­tion de 12 (zwölf en al­le­mand) et 13 (drei­zehn en al­le­mand), le bloc «drölf» est le coeur de la Süd­tribüne. C’est ici que les dra­peaux flottent, les mains s’agitent et les cordes vo­cales vibrent. Les dif­fé­rents groupes ul­tras The Unity, Ju­bos et Des­pe­ra­dos squattent sa par­tie in­fé­rieure. Un per­choir cen­tral est ins­tal­lé au bas du bloc 12. Lors de chaque ren­contre, deux ca­pos de The Unity s’y hissent et lancent les chants pour l’en­semble de la tri­bune. Ce per­choir oc­ca­sionne par­fois une «guerre» entre les groupes ul­tras, y avoir ac­cès si­gni­fiant «contrô­ler» la tri­bune.

La par­tie su­pé­rieure de ces blocs est oc­cu­pée par des fan-clubs ain­si que des fans nor­maux, à l’image de tous les autres es­paces de la tri­bune. Les abonnés com­posent la qua­si-in­té­gra­li­té du «mur jaune». La liste d’at­tente pour y ob­te­nir son pré­cieux sé­same peut dé­pas­ser les dix ans. Seules quelques places in­di­vi­duelles re­viennent aux fan­clubs re­con­nus par le club lors de cer­tains matchs.

De­puis quelques an­nées, les sup­por­ters his­to­riques notent une baisse d’am­biance dans la tri­bune. Avec la po­pu­la­ri­té gran­dis­sante du Bo­rus­sia Dort­mund, beau­coup d’étran­gers dé­boursent jus­qu’à 300 eu­ros au mar­ché noir pour as­sis­ter à un match dans la plus grande tri­bune d’Eu­rope, alors qu’une place y coûte moins de 20 eu­ros. Des per­sonnes qui ne connaissen­t pas les codes du «mur jaune» et ne par­ti­cipent pas aux chants. Pour re­mé­dier à cette baisse d’am­biance, les groupes ul­tras Des­pe­ra­dos et Ju­bos ont quit­té cette sai­son leur bloc 12 pour se pla­cer entre les blocs 13 et 14. Un élar­gis­se­ment de la zone ul­tra cen­sé boos­ter les autres sup­por­ters. ▅

«J’avais l’an­goisse de me faire agres­ser.

Aux alen­tours du stade, je ne me dé­pla­çais ja­mais seul»

DANIEL LÖRCHER, AN­CIEN MEMBRE DU GROUPE UL­TRA THE UNITY

D’une lon­gueur de 100 mètres et d’une hau­teur de 40, la Süd­tribüne abrite 24 454 fans en Bun­des­li­ga contre 12 000 lors des matchs de Ligue des cham­pions, l’UEFA im­po­sant l’ins­tal­la­tion de sièges.

(MARTIN MEISSNER/AP)

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