Le Temps

Armin Laschet, l’homme du rebond

- DELPHINE NERBOLLIER, BERLIN

Armin Laschet est souvent décrit comme l’homme politique que personne n’attend et qui, pourtant, réussit à surprendre, à rebondir après ses échecs et finalement à s’imposer. Cela sera-t-il le cas, le 26 septembre, lors des élections législativ­es allemandes? C’est en surfant sur cette narration que l’intéressé poursuit sa difficile campagne électorale alors que sa famille politique, l’Union chrétienne-démocrate (CDU/CSU), est menée dans les intentions de vote.

Souvent qualifié de résilient, le candidat à la succession d’Angela Merkel, âgé de 60 ans, a encaissé plusieurs défaites dans sa carrière. En 1998, le député fédéral échoue à se faire réélire dans sa circonscri­ption d’Aix-la-Chapelle. Ayant grandi à la frontière avec la Belgique et les Pays-Bas, cet Européen convaincu se retranche sur le Parlement de Bruxelles. Certes, la décision est prise par défaut mais ce juriste de formation et ancien journalist­e pour la presse catholique y fait ses armes et se spécialise dans la politique étrangère. En 2010, autre défaite: il échoue à prendre la tête de la CDU dans sa région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

S’il pense alors abandonner la politique, la défaite de la nouvelle équipe chrétienne-démocrate, deux ans plus tard, aux élections régionales, fait repartir sa carrière. En 2017, à la surprise générale, et alors que les sondages le disent perdant, il emporte la région, la plus peuplée d’Allemagne, et en devient ministre-président. Certes, sa majorité ne tient qu’à une voix au parlement régional mais elle fait de lui l’un des chrétiens-démocrates sur lesquels il faut désormais compter.

L’homme «des secondes chances» parviendra-t-il à renverser une nouvelle fois la tendance?

Son manque de charisme et sa mollesse, que lui reproche sa base dans la course à la Chanceller­ie, sont aussi des constantes qui ont fait d’Armin Laschet un permanent «sous-estimé». Catholique pratiquant, père de trois enfants et représenta­nt l’aile modérée de la CDU, il préfère pondérer plutôt que mener. «Armin Laschet n’est pas un dominant mais un homme d’équipe», constate Tobias Blasius, auteur d’une biographie sur lui. «Il connaît très bien la CDU de l’intérieur et sait faire attention aux diverses sensibilit­és, dans son parti et au sein de sa coalition, à Düsseldorf. Il sait ainsi donner de la place à ses partenaire­s libéraux», rappelle ce journalist­e.

Représenta­nt d’une CDU «merkelisée», ayant glissé au centre de l’échiquier politique, Armin Laschet a le contact facile, autant avec la population qu’avec la concurrenc­e politique. Surnommé «Armin le Vert» pour ses liens avec certains écologiste­s, il deviendra «Armin le Turc», une fois ministre de l’Intégratio­n dans sa région, en 2005. Il est le premier à occuper un tel poste en Allemagne, sa notoriété décolle. Dix ans plus tard, il soutiendra sans mollir la politique migratoire d’Angela Merkel. Difficile dans ce contexte de comprendre son fou rire, en juillet dernier, sur les lieux des inondation­s. Un incident qui a plombé sa campagne électorale. «Il n’a jamais donné d’importance à ses sorties publiques», constate Tobias Blasius. «Or en tant que candidat à la Chanceller­ie, c’est une faute profession­nelle que les Allemands ne peuvent pardonner, surtout après les seize années de pouvoir d’Angela Merkel. La chancelièr­e a toujours su se dominer», rappelle-t-il.

L’homme «des secondes chances» parviendra-t-il à renverser une nouvelle fois la tendance lors des législativ­es du 26 septembre? Une chose est sûre: s’il échoue à placer sa famille politique en tête du scrutin, il pourra faire une croix sur sa carrière politique. Dans la course à la Chanceller­ie, personne n’a jamais eu de deuxième chance. ■

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