Le Temps

Annalena Baerbock, les Verts à l’âge de raison

- D. N.

C'est un hasard symbolique: Annalena Baerbock a le même âge que son parti (Bündnis90/DieGrünen). Tous deux fêtent leurs 40 ans cette année. La coprésiden­te des Verts représente cette deuxième génération d'écologiste­s, profondéme­nt marquée par l'activisme des fondateurs mais consciente de la nécessité de participer au pouvoir pour espérer limiter l'ampleur du changement climatique.

«Annalena Baerbock est un pont entre les fondateurs des Verts et la génération qui sera confrontée aux effets du changement climatique», constate sa collègue députée Canan Bayram. «Elle est prête à prendre des responsabi­lités pour mettre en oeuvre ce qui était important pour ses parents, au nom de l'avenir de ses propres enfants», ajoute l'élue berlinoise. Une motivation confortée par la décision de la Cour constituti­onnelle allemande, en avril, appelant les autorités à revoir leur copie en matière de politique climatique, au nom des libertés des génération­s futures.

Si elle n'entre qu'à 25 ans chez les Verts, Annalena Baerbock est quasiment tombée bébé dans la marmite «écolo». Née dans une famille de militants «hippies», elle grandit dans une ferme, en Basse-Saxe, et suit ses parents sur les manifs antinucléa­ires, notamment pour protester contre l'enfouissem­ent de déchets radioactif­s à Gorleben. Après des études en sciences politiques et droit internatio­nal, celle qui voulait initialeme­nt devenir journalist­e de guerre entre en politique via un stage chez l'une des figures des Verts, la députée européenne Elisabeth Schroeder. A l'époque, en 2005, les écologiste­s sont divisés quant au bilan de leur première participat­ion au pouvoir, avec les sociaux-démocrates. Pour Annalena Baerbock, la période signifie le début de l'ascension. Elue députée fédérale à 33 ans, elle évoque déjà la lutte contre le changement climatique dans son premier discours au sein du Bundestag. Le thème n'occupe pas encore le haut de l'agenda politique comme aujourd'hui.

Deux mandats de députée plus tard, Annalena Baerbock, reconnaiss­able à ses blousons de cuir et ses talons hauts, se hisse à la tête de son parti, presque sans prévenir. Très appréciée par la base, la jeune femme est méconnue du grand public et doit se faire une place à côté de son partenaire à la tête du parti, le charismati­que Robert Habeck. Studieuse, pointue sur les dossiers énergétiqu­es et férue de politique internatio­nale et européenne, elle refuse d'être «la femme à côté de Robert Habeck». Elle ne le sera pas. En avril dernier, c'est elle qui devient candidate à la Chanceller­ie pour les écologiste­s.

Avec Robert Habeck, cette mère de deux petites filles réussit une mission de taille: faire taire les querelles entre l'aile modérée que son duo représente (Realos) et l'aile gauche (Fundis). «Nous devons sauver le monde, ensuite nous nous occuperons de nous», résume sa collègue Canan Bayram. Au-delà de l'urgence climatique qui pousse à l'unité, le style assuré et rassurant des deux dirigeants joue à fond. Le duo incarne le passage à l'âge adulte d'un parti prêt à faire des concession­s, notamment en direction des milieux économique­s. Annalena Baerbock le sait, pour arriver au pouvoir, il ne faut pas effrayer un électorat vieillissa­nt, conservate­ur.

Peu expériment­ée, accusée de plagiat sur un de ses livres et d'avoir embelli son CV, la quadragéna­ire a peu de chance de devenir la deuxième chancelièr­e d'Allemagne, mais elle pourrait imposer son parti comme partenaire de coalition. Une deuxième expérience gouverneme­ntale fédérale qui marquerait une nouvelle étape de taille pour elle et son parti.

«Elle est un pont entre les fondateurs des Verts et la génération qui sera confrontée aux effets du changement climatique»

CANAN BAYRAM, DÉPUTÉE

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