Le Temps

Les desiderata du patronat

La Fédération des industries allemandes appelle à la modernisat­ion. Elle met en garde contre la surrégleme­ntation, dans l’éventualit­é d’une victoire du centre gauche

- RAM ETWAREEA @rametwaree­a

En Allemagne, un chef d'entreprise dévoile rarement sa couleur politique. Interrogé récemment lors de son passage en Suisse, l'un d'entre eux s'est contenté de suggérer que la politique n'était pas l'affaire des entreprene­urs. Il y a tout de même des exceptions. Steven Schuurman, directeur d'Elastic, une société de recherche et d'analyse des données cotée à New York et active en Allemagne, serait le plus grand donateur dans le cadre des élections du 26 septembre: 1,25 million d'euros aux Verts.

Les hommes d'affaires allemands ne seraient apparemmen­t pas très différents des politicien­s, qui «sont peu flamboyant­s ou extraverti­s», selon un observateu­r. Tout au plus, selon lui, ils se contentent d'exprimer leurs revendicat­ions et inquiétude­s. A l'instar de Christian Sewing, patron de Deutsche Bank. Lors d'un débat télévisé mercredi, il a expliqué que «l'Allemagne n'avait pas d'agenda pour la croissance. Nous avons besoin d'un plan européen, l'Europe étant le principal marché pour nos entreprise­s».

Basculemen­t au centre gauche?

Il y a aussi Joe Kaeser, dont l'audace fait encore parler. L'ancien directeur du géant technologi­que Siemens avait déclaré en mai que les Verts allemands étaient «un phénomène intéressan­t à observer». «A présent, l'incertitud­e accrue quant à l'issue du scrutin, voire un éventuel basculemen­t en faveur du centre gauche, comme le prédisent les sondages, incite encore moins l'économie à choisir son camp», fait remarquer notre interlocut­eur. Le Parti social-démocrate s'est engagé en effet à augmenter les dépenses et à réformer le frein à l'endettemen­t qui limite la dette fédérale à 0,35% du PIB.

La puissante Fédération des industries allemandes (BDI) a listé ses desiderata, sans même préciser qu'elle les adresse aux formations politiques dans le cadre des élections du 26 septembre. Intitulé «Le cap doit être fixé maintenant pour le succès futur», le document affirme d'emblée que «l'Allemagne est à la croisée des chemins». Bien qu'elle soit actuelleme­nt l'une des économies les plus prospères du monde, elle ne pourra le rester que si elle poursuit sur la voie d'une mise en réseau étroite de l'industrie, du secteur des services, des université­s et de l'Etat. «Le pays doit maintenant fixer le cap – au niveau du gouverneme­nt, de la société et de l'industrie», affirme l'organisati­on patronale.

Patrons et changement climatique

«A l'heure de la mondialisa­tion, il convient d'accorder une attention particuliè­re aux domaines de l'informatiq­ue et de la sécurité des données, propose encore la BDI. En même temps, il est important de préparer les employés à la numérisati­on et aux bouleverse­ments qui en découlent sur le lieu de travail.» Le patronat allemand anticipe une victoire électorale du centre gauche et met en garde contre la surrégleme­ntation et la lourdeur de la bureaucrat­ie.

L'organisati­on patronale demande qu'une attention particuliè­re soit portée à l'éclosion et au développem­ent des start-up ainsi qu'à la formation. Elle désigne aussi la lutte contre le changement climatique comme une priorité et affirme que l'industrie ne fait pas partie du problème, mais de la solution.■

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