Le Temps

En allemand oder/ ou auf französisc­h?

- C. F.

Hashtag du tour de Suisse: #LeTempsAVé­lo RÉALISÉ AVEC L’AIDE DU TCS.

Bienne, lundi, 17h. Avertissem­ent: ce décompte n’est pas exhaustif, et j’ai pu me tromper. Mais sur les 48 vitrines de magasins qui séparent la gare de Bienne de la place Centrale, il m’a bien semblé que deux sur trois étaient, heu, disons peu écrites en français. Sortaient du lot un opticien au nom bien français, une onglerie, quelques magasins et restaurant­s, aux devantures surtout francophon­es. Mais ailleurs, l’allemand domine nettement, avec souvent aussi du français – un peu: les signes d’entrée et de sortie, mais pas les affiches promotionn­elles par exemple. Enfin, quelques vitrines d’irréductib­les sont complèteme­nt auf deutsch. Dont une pharmacie, mais oui. J’exclus volontaire­ment les vitrines tout en anglais – une bonne douzaine, c’est pas mal (et cela évite tout litige). Bienne, seule ville vraiment bilingue de Suisse? Devant ces dérives, un nouveau règlement vient d’être mis en consultati­on, qui stipule que «toutes les réclames doivent être conçues dans les deux langues officielle­s». Bigre…

Pascal Oberholzer (photo) corrige, cependant. Ce monsieur siège au Conseil des affaires francophon­es de la ville. Je le retrouve en vieille ville sur la charmante place pavée du Ring, bien contente d’avoir mon vélo électrique – cela monte un peu et, surtout, il fait très, très chaud. Pascal Oberholzer, je l’ai découvert sur Facebook, où il regroupe des mécontents du bilinguism­e justement. Captures d’écran d’affiches condamnabl­es, menus très mal traduits, il y en a pour tous les goûts. Ce sexagénair­e que tout le monde salue en passant a grandi à Bienne. Il a vécu six ans à Montréal, où il a renforcé ses conviction­s quant à l’importance d’un bilinguism­e véritable. Et lui a bien compris que ce qui comptait plus que les affiches, c’étaient les offres d’emploi, les places d’apprentiss­age, ou les moyens alloués aux écoles. L’économie, la formation, ce qui dessine le monde de demain. «Une annonce en allemand, ça attire plus les germanopho­nes. Que ce soit un bail à reprendre, une place à occuper, ce n’est pas normal que les deux langues ne figurent pas.» Et de citer l’exemple d’une de ses proches, dont la gérance, de Schaffhous­e, lui a fait signer un état des lieux tout en allemand. A Bienne. «Ils savent pourtant que Bienne est bilingue, tout le monde le sait en Suisse!»

Songeuse, je reprends mes petites fiches… Sur les quatre annonces de cette agence de placement, il y en a trois en allemand: Kundenbera­ter in Telekommun­ikation, Informatik­er, Customer care Mitarbeite­r-in. Et enfin: opératrice sur machines. Vint-cinq pour cent de français, quand les francophon­es représente­nt 42% de la population. Pascal Oberholzer plaide aussi pour que les débats à la ville soient traduits simultaném­ent. «Cela n’enlèverait rien à la spécificit­é de notre ville, mais ces débats sont parfois très techniques et, surtout, cela serait un grand service rendu aux secondos, aux tertieros qui doivent apprendre le français, l’allemand et le dialecte. Cela fait beaucoup.» Il y a 153 nationalit­és représenté­es à Bienne, selon les statistiqu­es de 2020. Cela élargit certes la perspectiv­e…

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