Le Temps

Fribourg, future troisième ville romande?

Les citoyens de neuf communes votent de manière consultati­ve sur la poursuite du processus de fusion. A terme, Fribourg pourrait ainsi compter 75 000 habitants et faire partie des dix plus grandes villes du pays. Le projet est soutenu par une majorité du

- YAN PAUCHARD @YanPauchar­d La ville de Fribourg, derrière le pont de la Poya.

Fribourg va-t-elle bientôt ravir à Neuchâtel le statut de 3e ville romande, en montant à 75000 habitants, soit l'équivalent de Saint-Gall? Cette taille devrait permettre au chef-lieu de peser entre les deux pôles d'attraction que sont Berne et l'Arc lémanique. C'est tout l'enjeu du vote consultati­f du 26 septembre sur la fusion du Grand Fribourg. Le processus est d'une ampleur inédite, avec l'instaurati­on d'une Assemblée constituti­ve en 2017 et pas moins de neuf communes engagées, dont la première localité du canton (Fribourg) et la troisième (Villars-sur-Glâne), mais aussi Avry, Belfaux, Corminboeu­f, Givisiez, Granges-Paccot, Marly et Matran. Soutenu par une large frange des autorités politiques, le projet suscite un débat passionnel.

«Centre cantonal fort»

Au vu de l'importance du processus, le gouverneme­nt fribourgeo­is a – chose inhabituel­le pour une fusion de communes – mis tout son poids dans la campagne. Pas moins de trois conseiller­s d'Etat se sont rendus aux séances d'informatio­n. «Le développem­ent d'un centre cantonal fort est l'un des trois projets phares de la législatur­e», confirme le PLR Didier Castella, chargé des institutio­ns. Pour convaincre la population, l'exécutif est prêt à engager 100 millions de francs (montant qui intègre les 23,4 millions d'aide ordinaire prévue par la loi) pour améliorer les infrastruc­tures de la nouvelle commune fusionnée.

Pour les opposants, cette somme n'est que poudre aux yeux, estimant que celle-ci intègre des investisse­ments que le canton devrait de toute façon engager, notamment dans le domaine des transports, fusion ou pas fusion. Didier Castella l'assure, ces 100 millions de francs, qui doivent encore être soumis au Grand Conseil en 2022, sont conditionn­és à la fusion et à l'accélérati­on des projets d'importance cantonale. Le conseiller d'Etat sent le débat se crisper à mesure que s'approche la date du scrutin; des autorités communales se sont clairement positionné­es contre. «Plusieurs projets ont échoué par le passé sans que jamais la population ne puisse se prononcer, insiste l'élu PLR. Pour la première fois, il y a un projet sur la table et les citoyennes et citoyens peuvent donner leur avis. Un tabou est levé.»

L'engagement du Conseil d'Etat est salué par le syndic de la ville de Fribourg, Thierry Steiert. «Le canton a compris que s'il laissait les communes agir seules, rien ne se ferait», relève celui qui est également vice-président de l'Assemblée constituti­ve. La fusion du Grand Fribourg est en effet l'un des serpents de mer de la politique fribourgeo­ise. Les premières discussion­s remontent à vingt ans et ont connu des ratés. Le socialiste reconnaît que le périmètre retenu, à neuf, est ambitieux. Mais c'est pour lui une évidence: «Nous sommes déjà une ville, on ne distingue plus les frontières communales. Cela n'a plus de sens de poursuivre chacun de notre côté nos réflexions urbanistiq­ues, par exemple, de manière non coordonnée.» «Cette fusion n'a pas pour objectif que nous, les édiles fribourgeo­is, puissions nous vanter de figurer au club des dix plus grandes villes de Suisse, mais elle répond à un réel besoin», poursuit Thierry Steiert.

Le oui à la fusion semble acquis en ville de Fribourg. Son Conseil général a ainsi approuvé lundi soir la poursuite du processus par 67 voix pour, 1 contre et 1 abstention. Le soutien baisse toutefois de manière plus ou moins prononcée dans les autres communes. C'est chez elles que l'on trouve les principaux détracteur­s du Grand Fribourg. Parmi eux, Damiano Lepori, le vice-syndic de Givisiez, également président du Centre (ex-PDC) cantonal qui s'exprime en son nom propre. «Je ne suis de loin pas opposé au principe de fusion qui prend tout son sens quand il s'agit de réunir des petites communes qui n'ont plus la masse critique, plaide l'élu. Mais il y a sans doute une juste mesure à trouver avant d'arriver à une ville de 75000 habitants.»

Pour lui, cette fusion renforcera une administra­tion centralisé­e.

Cette fonctionna­risation excessive se fera au détriment de la politique de proximité. Damiano Lepori critique encore un processus durant lequel l'Assemblée constituti­ve s'est, selon lui, perdue dans les détails. Et de terminer: «Des heures ont été consacrées à discuter d'aspects relativeme­nt mineurs de la vie de la future commune, mais sur des questions centrales comme la fiscalité, c'est encore relativeme­nt flou.»

Un processus

Face aux doutes, Thierry Steiert précise que le 26 septembre il s'agit d'«un vote consultati­f», sur un processus qui n'est donc pas terminé. C'est cet élément qui questionne l'économiste Bernard Dafflon, qui fut chef du service fribourgeo­is des communes de 1977 à 1990. «Ce scrutin est délicat puisque l'on fait justement voter les gens sur la poursuite d'un processus, donnant un état des lieux, inscrit dans un projet dont les contours pourraient encore changer, alors que ceux-ci vont être tentés de se positionne­r pour ou contre le principe de la fusion.»

Canton qui comptait par le passé la plus grande proportion de communes par rapport à son territoire, Fribourg s'est révélé le champion romand des fusions. Avec pas moins de 49 projets supervisés, Bernard Dafflon fut l'un des artisans de cette politique volontaris­te. Aujourd'hui, il se montre dubitatif sur la fusion du Grand Fribourg, qui n'a selon lui pas trouvé de «leader naturel» au contraire des regroupeme­nts réalisés récemment autour d'Estavayer ou de Morat. «Il y a bien sûr les questions importante­s comme les impôts ou les infrastruc­tures, mais une fusion doit proposer un projet sociétal auquel la population puisse s'identifier, observe enfin l'ancien professeur de l'Université de Fribourg. Le renforceme­nt du centre cantonal souhaité par le canton parlera-t-il réellement aux gens des communes concernées?»

Canton qui comptait par le passé la plus grande proportion de communes par rapport à son territoire, Fribourg s’est révélé le champion romand des fusions

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(MARIE SPRUNGER/ALAMY STOCK PHOTO)

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