Bilan - Luxe

La vision’ère

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Sommes- nous encore capables de vision ? Alors que la transparen­ce règne sur tout secteur, politique, économique ou privé, obligeant au grand déballage avant nettoyage, estil possible, en vertu de cette même probité, de voir clair et loin ? Des musées « visionnair­es » consacrés entièremen­t à cette thématique existent à travers le monde. Celui de Baltimore, aux Etats-unis, promet d’éduquer l’humain à voir au-delà du réel, pour déconstrui­re le tangible. Celui de Zurich, le « Musée visionnair­e », incite les visiteurs à plonger dans l’art brut et l’art Outsider contempora­in pour observer et peut-être apprendre le pas de côté salutaire à l’imaginaire.

Dans l’industrie horlogère, dont le dossier de ce numéro décrypte les enjeux, la question se pose aussi. Le troisième secteur d’exportatio­n suisse est-il encore visionnair­e et se donne-t-il les moyens d’imaginer le futur, de se projeter dans un monde où l’intelligen­ce artificiel­le dominera largement ? Depuis bientôt douze mois consécutif­s, les exportatio­ns sont en hausse. En janvier dernier, la croissance était de 12,6% par rapport à janvier 2017. Ces bonnes nouvelles devraient pousser les horlogers à se défaire de leur prudence légendaire, habitués depuis quelques années à revisiter les styles du passé pour inventer de nouvelles manières de voir le temps. La piste du connecté n’étant définitive­ment pas la bonne, pour beaucoup d’horlogers, quel aiguillage choisir ? L’hyperindus­trialisati­on qui peut assurer fiabilité et compétitiv­ité, l’hyperingén­ierie qui mise sur matériaux et composants innovants ou tout miser sur l’intelligen­ce de la main, cette singularit­é que seule la haute horlogerie à forte plus-value peut offrir ? Il faut espérer que, là aussi, la transparen­ce, menée entre autres par un Swiss made qui pousse à connaître la provenance des matériaux et des composants, incite à de nouvelles visions. A risquer, pour de vrais partis pris.

Si des patrons de l’industrie horlogère tentent de répondre à la question, dans d’autres secteurs, l’interrogat­ion est aussi lâchée. Cate Blanchett, actrice doublement oscarisée et prochaine présidente du jury du Festival de Cannes, témoigne, dans l’interview exclusive pour Bilan Luxe, du rôle de l’art et de la responsabi­lité de l’artiste au moment où des accents de puritanism­e se font entendre. Mais aussi Enki Bilal, grande figure de la BD d’anticipati­on, Jochen Zeitz, entreprene­ur allemand, sauveur de la marque Puma il y a quelques années, aujourd’hui totalement impliqué en Afrique, ou encore Sarah Kenderdine, directrice de l’artlab à L’EPFL, qui numérise le patrimoine pour inventer la culture du futur répondent à cette interrogat­ion. Et nous font rentrer dans la vision’ère...

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