Sur le chan­tier d'après-guerre

Sept - - Sommaire -

Sa jour­née ache­vée, Marina as­siste son ma­ri An­drás dans la fa­bri­ca­tion de yaourts et fro­mages de chèvre frais, ob­te­nus à par­tir du lait des 186 ca­prins du trou­peau mu­ni­ci­pal. La ville achète une grande par­tie de leur pro­duc­tion pour les pe­tits- dé­jeu­ners de la pen­sion du maire et les re­pas à la can­tine sco­laire. Le reste est ex­por­té en France, au Ca­na­da et même en Suisse par cer­tains gour­mets, dont des Hon­grois ex­pa­triés. Et ce grâce sur­tout au bouche-à-oreille, car jus­qu’en no­vembre 2016, Komlós­ka ne bé­né­fi­ciait d'au­cun ré­seau de té­lé­pho­nie mo­bile. De­puis, seuls les abon­nés de l’opé­ra­teur na­tio­nal Te­le­kom jouissent de ce ser­vice, une bé­né­dic­tion pour les ha­bi­tants. Tout comme le sau­ve­tage du cloître mé­dié­val par des anges gar­diens hel­vé­tiques et ger­ma­niques dont l'iden­ti­té reste se­crète. L’église du vil­lage du dé­but du XIXE siècle a éga­le­ment bé­né­fi­cié d’un lif­ting sal­va­teur bien avant que Komlós­ka ne re­cueille les fruits de son pro­gramme «pa­ra­dis fis­cal». C’était en 1998, six ans avant l’en­trée de la Hon­grie dans l’union eu­ro­péenne. La somp­tueuse fresque du cou­ron­ne­ment de Ma­rie qui orne le pla­fond de l’édi­fice et l’éblouis­sante nef constel­lée de do­rures en té­moignent. De­puis juillet 2014, le pope Pan­cho is­su de la com­mu­nau­té rom y ma­rie, en­terre, ser­monne et cé­lèbre les étapes-clés du ca­len­drier li­tur­gique en ma­gyar et en ru­thène de­vant une cen­taine de fi­dèles, y com­pris le maire et ses proches.

Les ser­vices tech­niques com­mu­naux, di­ri­gés par István Ha­lus­ka de­puis 2005 et veillant entre autres sur 262 hec­tares d’eau et de fo­rêts au­tour du vil­lage, ont pro­fi­té de la ré­sur­rec­tion de Komlós­ka au même titre que son clo­cher. Cha­peau ty­ro­lien vis­sé sur le crâne, le chef sa­lue au so­leil cou­chant trois de ses dix em­ployés re­ve­nant en car­riole du bois où ils sont al­lés cou­per des bûches pour l’hi­ver. «Moins oné­reux et plus éco­lo­gique qu’un trac­teur, plai­sante le grand gaillard au teint ro­si par l’air pur des en­vi­rons dans son bu­reau vin­tage som­mai­re­ment agen­cé. La plu­part des sa­la­riés étaient au chô­mage ou sur­vi­vaient à coup de bou­lots pré­caires avant que je ne puisse les en­ga­ger grâce aux re­tom­bées des taxes na­tio­nales. Les me­sures du maire ont aus­si énor­mé­ment fa­ci­li­té le dé­mar­rage de notre fa­brique de si­rops tout près de la poste. On ré­flé­chit même à ou­vrir un ma­ga­sin.»

Jus­te­ment, dans l’agence pos­tale, dont la ré­no­va­tion a été in­té­grée au plan de dé­ve­lop­pe­ment na­tio­nal Szé­ché­nyi, règne une cer­taine ef­fer­ves­cence en cette jour­née de fin d’au­tomne 2016. Des clients paient leurs fac­tures tan­dis que d’autres tentent leur chance à des jeux de grat­tage. Ga­briel­la et sa col­lègue de gui­chet n’au­raient ja­mais ima­gi­né une telle ac­ti­vi­té après les me­naces de fer­me­ture et l’inon­da­tion dé­vas­ta­trice de mai-juin 2010 qui a sac­ca­gé le bu­reau de poste, la ma­ter­nelle, le centre cultu­rel ru­thène et le ca­bi­net du mé­de­cin. Face à la ca­tas­trophe, l’etat hon­grois et l’union

Des clients paient leurs fac­tures tan­dis que d’autres tentent leur chance à des jeux de grat­tage.

eu­ro­péenne ont al­loué au vil­lage une aide ex­cep­tion­nelle de 73,7 mil­lions de fo­rints (en­vi­ron 260'000 francs) pour ré­pa­rer les dé­gâts. De­puis, la vie a fait mieux que re­prendre son cours à Komlós­ka: ligne de bus ré­gu­lière des­ser­vant les vil­lages alen­tour, jour­nées du Film pro­vin­cial, rues in­té­gra­le­ment as­phal­tées, nui­tées en hausse… Le re­nou­veau est in­con­tes­table.

Une éner­gie que l'on re­trouve au Gom­ba Presszó, le bar-ta­bac de la mère du maire, où une troupe de dames en­tonne des airs po­pu­laires. Ilo­na et ses co­pines de choeur ponc­tuent leur ré­pet d’un shoot de pá­lin­ka, eau-de-vie ré­pu­tée que les jeunes de la ré­gion boivent avec une pinte de Bor­so­di, la bière ico­nique du nord-est ma­gyar. En­jouées, les membres de la troupe égrènent leurs sou­ve­nirs de ga­las en pro­vince et ap­plau­dissent le re­bond de Komlós­ka de­vant un pre­mier ma­gis­trat gê­né, mais flat­té de re­ce­voir au­tant de com­pli­ments sur son ac­tion. «La presse étran­gère s’intéresse à notre suc­cess-sto­ry et nos 150 places d’hé­ber­ge­ment sont toutes oc­cu­pées à la belle sai­son. Fé­dé­rer ri­chesse hu­maine, beau­té du pay­sage et créa­ti­vi­té éco­no­mique n’ap­porte que du bon au vil­lage et prouve qu’adop­ter notre mo­dèle a été la bonne dé­ci­sion. Ce­la pa­raît fou de par­ler d’un signe du Sei­gneur, mais, croyez-moi, nous sommes sor­tis d’un gouffre», lance le fi­dèle et pa­triote László Kö­teles, pin’s du dra­peau hon­grois ac­cro­ché à sa veste de cos­tume sombre. Avant de le quit­ter, l’édile vante en­core un vin mé­di­ci­nal ima­gi­né par un ca­viste voi­sin qui per­met­trait de… gué­rir Mi­chael Schu­ma­cher. Et si le mi­racle Komlós­ka en pro­vo­quait un autre?

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